Un élu rêve de logements sur le dépôt des TPG

JonctionUn député propose de construire sur un dépôt à la Jonction. Une étude dit que c’est possible. Mais le coût refroidit les ardeurs.

Vues aériennes de Genève depuis un hélicoptère.

Vues aériennes de Genève depuis un hélicoptère. Image: Olivier Vogelsang

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«On s’enlise, sur cette pointe de la Jonction. A la première difficulté, tout le monde bat en retraite et on finira par ne rien y faire.» Patrick Saudan refuse, lui, de se donner battu. Le député libéral-radical rêve de construire des logements sur ce site enchanteur. Et pas n’importe où. Il veut les réaliser… sur le centre d’entretien des TPG. Son idée n’a pas pour le moment reçu le soutien qu’il attend, mais il ne désespère pas.

Zurich l’a fait, pourquoi pas Genève? Sur la Limmat, une coopérative a construit une centaine de logements sur un dépôt de trams (lire ci-dessous). Pour Patrick Saudan, c’est le modèle qui pourrait enfin mettre tout le monde d’accord. Car si les politiques et les bâtisseurs en herbe foisonnent d’idées pour ce lieu, aucune n’a jamais abouti.

L’écueil principal, ce sont les TPG et leurs installations. La première, c’est un grand hangar ouvert qui abrite les bus à l’extrémité de la pointe. Il sera libéré vers 2018. Mais ce triangle, coincé entre les deux rivières, ne se prête pas à la construction. On envisage d’en faire un parc.

Déménagement très cher

La deuxième installation, c’est le centre d’entretien des trolleybus. Le déménagement de ce dépôt a été étudié. Mais il faudrait trouver un terrain au centre-ville pour éviter aux bus de longs et coûteux trajets. Et, vu la rareté des terrains, on construirait en sous-sol. Bref. Déménager le dépôt coûterait très cher. Et comme les TPG sont au bénéfice d’un droit de superficie jusqu’en 2038, ils ne sont pas pressés de partir.

Alors? «Alors construisons dessus», répond en substance Patrick Saudan, qui vise 600 logements. Soutenu par ses collègues de parti, il a déposé un projet de loi pour obtenir un crédit d’étude de 500?000?francs. Une somme trop élevée pour le conseiller d’Etat Antonio Hodgers, chef du Département de l’aménagement. Avec les moyens du bord, il a toutefois fait réaliser une première étude, sous la houlette de l’architecte Philippe Bonhôte.

Cette étude établit d’abord un diagnostic des lieux, en rappelant les multiples contraintes existantes, touchant à la faune, à la flore, à la géologie ou encore à la gestion des eaux et à la pollution des sols. Bonne nouvelle, les terrains sont de bonne qualité pour construire (un seul sous-sol, car après il y a la nappe) et les risques d’inondations, limités.

Ajouter des structures

En revanche, le dépôt des TPG ne supporterait pas la charge de logements. Il faudrait construire des structures supplémentaires. Et c’est là que cela se gâte. Car, en ajoutant des murs porteurs dans la halle, on entrave la circulation des 130 véhicules qui y sont stationnés. En clair, plus on construit, plus on réduit son exploitation.

Sur la base de ces contraintes, plusieurs variantes ont été étudiées, toujours sur le dépôt. La plus simple consisterait à construire une simple barre le long du Rhône. Les autres variantes viendraient occuper progressivement tout le pourtour du dépôt. On arriverait ainsi à réaliser entre 100 et 500 logements.

Toutefois, l’étude écarte la variante la plus ambitieuse car trop pénalisante pour les TPG. Elle préconise les solutions à 144 ou 262 logements. Pour accueillir ces nouveaux habitants, l’étude insiste sur l’importance de créer un parc à la pointe ainsi que sur une partie des installations actuelles des TPG. Elle relève aussi qu’un grand équipement public n’est pas adapté, pour des questions d’accessibilité, le secteur étant en cul-de-sac.

Crédit refusé

Cette étude a alimenté les réflexions de la Commission des travaux, qui a étudié le projet de loi de Patrick Saudan durant le printemps. Le crédit d’étude qu’il réclamait a été refusé. En bonne partie pour des raisons de coûts. L’adaptation des structures du dépôt rendrait l’opération trop onéreuse, en tout cas pour des logements économiques.

Antonio Hodgers est d’ailleurs lui aussi réticent à aller de l’avant: «La Jonction est un site exceptionnel et elle doit d’abord être un lieu public de détente, nécessaire à un quartier déjà très dense. Si on construit sur le dépôt, on le pérennise et on s’empêche à l’avenir de réaliser un vrai projet intéressant. Je préfère donc préserver ce potentiel pour l’après-TPG. Ce sera le projet de la prochaine génération.»

Patrick Saudan, lui, veut y croire. Au Grand Conseil, il espère bien convaincre une majorité de députés. Construire sur un dépôt, Zurich l’a bien fait. (TDG)

Créé: 25.08.2015, 18h31

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Le lieu était à l’origine un parking ouvert pour les trams. La ville a cédé le terrain en droit de superficie à une coopérative, la chargeant d’intégrer un dépôt dans son projet. La construction forme un vaste îlot triangulaire de quatre à huit étages, dans lequel se loge le dépôt. Les rez-de-chaussée sur rue sont occupés par des bureaux, des commerces et les accès pour les trams. Les logements (une centaine) sont dans les étages. Au-dessus du dépôt, une grande cour est ouverte au public, accessible par un vaste escalier.

La coopérative a conçu son projet sur un mode très participatif, privilégiant les espaces communautaires. On y trouve des ateliers, un cinéma, une pension et des «espaces joker», à utiliser selon les besoins. Les loyers y sont économiques.

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