Un cycle et un collège seraient menacés de fermeture

EcolePour désengorger le postobligatoire, l’Etat songerait à réallouer le Collège de Candolle à l’Ecole de culture générale et à utiliser le Cycle de la Seymaz pour reloger des collégiens. Tollé chez les usagers

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Photo d'illustration. Image: Steeve Iuncker-Gomez

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Colère, incompréhension et déception. Tels sont les sentiments qui dominent la septantaine d’enseignants et de parents d’élèves réunis hier après-midi devant les bureaux du Département de l’instruction publique (DIP). Ils sont venus manifester contre la possible fermeture du Cycle de la Seymaz et celle du Collège de Candolle pour la rentrée 2016. Ces informations relayées par les médias, qui ont créé un vent de panique, ne sont pour l’instant pas confirmées par le DIP. Celui-ci se borne à répéter «qu’aucune décision n’a été prise», point barre. Mais il y a bien anguille sous roche, une anguille grosse au point d’enjoindre le département à convoquer mercredi enseignants, directeurs, syndicats, parents et élèves en séance extraordinaire…

Tout a commencé mardi, lorsque la RTS révèle qu’un cycle de la rive gauche pourrait disparaître pour être réaffecté au secondaire II (postobligatoire). Le média évoque alors la Gradelle ou la Seymaz, situés à Chêne-Bougeries et Chêne-Bourg. Puis, jeudi, l’annonce se précise: le DIP jouerait aux vases communicants avec ses établissements. Il envisagerait de fermer le Collège de Candolle pour y installer des élèves de l’Ecole de culture générale. Les collégiens seraient, quant à eux, déplacés dans le Cycle de la Seymaz, soit à 5 kilomètres de leur établissement d’origine. Enfin, les élèves de ce cycle seraient dispersés dans d’autres établissements.

Ce jeu de chaises musicales vise un objectif: désengorger le secondaire II, qui est en sureffectif. Ce n’est pas la première fois que le DIP s’essaie à élaborer des plans pour répondre à ce problème (lire encadré). Mais cette fois-ci, le «plan» prend une envergure inédite puisque, s’il se confirme, ce sont au moins quatre établissements, et des centaines d’élèves et d’enseignants, qui seraient touchés.

«On est juste des pions?»

Les usagers des établissements concernés ont appris la nouvelle par les médias. Ann, enseignante de sciences humaines à la Seymaz, raconte: «En arrivant au cycle mardi matin, j’ai trouvé mes collègues affolés: il paraît que notre école va fermer! Apprendre une nouvelle si importante de cette manière, c’est un manque de respect de la part du DIP, un manque de considération. On est quoi, juste des pions?» Elle ajoute: «Notre école fonctionne bien et on veut casser tout ça?» D’où le coup d’éclat des enseignants et des parents d’élèves sous les bureaux du DIP, où se tenait une réunion entre les directeurs des cycles et la conseillère d’Etat. Les collaborateurs de la Seymaz ont également déposé un préavis de grève pour mercredi.Alessandro Conti, de l’Association des maîtres et du personnel du cycle de la Seymaz, regrette une «information brutale» qui «n’a été précédée d’aucune concertation ni avec les directions, ni avec les enseignants, ni avec les associations de parents, ni avec le personnel administratif et technique.»

Raquel, maman d’une élève en 9e à la Seymaz, se dit «estomaquée». «Où vont aller les élèves de la Seymaz, ils seront envoyés dans d’autres cycles, qui sont déjà pleins?» Susanne, mère d’une élève de 10e année, renchérit: «Ma fille est rentrée de l’école en pleurs, elle ne veut pas perdre ses camarades, ses enseignants, ses repères. Si c’est pour que le DIP la mette dans des classes surbookées, alors je préfère encore la retirer du système genevois, on ira en France, en Italie, dans le privé s’il le faut!»

Les élèves aussi se mobilisent. Au Collège de Candolle, les étudiants lanceront une pétition lundi et préparent diverses actions de protestation. «Nous sommes un petit collège, c’est comme une famille! rapporte Marlène, élève de 4e année et membre de l’association d’élèves. On ne comprend pas cette décision, pourquoi déplacer autant d’élèves d’un coup? Si le département a besoin de place pour l’ECG, il suffirait simplement de déplacer ses élèves à la Seymaz, pourquoi inclure Candolle dans l’équation?»

La manière fâche les usagers

Au-delà du projet de réorganisation, c’est la manière qui fâche. Raquel poursuit: «On en sait moins que les médias alors que nous sommes les principaux concernés, ce n’est pas normal!»

La Fédération des associations des maîtres du cycle (Famco), s’indigne aussi: «Sur le fond, sur ce projet de réorganisation, nous n’avons pas encore d’avis car rien n’est officiel, indique Salima Moyard, présidente. Sur la forme en revanche, nous sommes outrés! La conseillère d’Etat se vante d’être proche du terrain, à l’écoute de ses collaborateurs. Mais là c’est tout le contraire qui se passe. C’est elle qui aurait dû leur annoncer que leur lieu de travail allait être supprimé! De plus, il n’y a aucune concertation avec les partenaires sur cette question des bâtiments.» (TDG)

Créé: 06.03.2015, 08h24

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Les bâtiments, un casse-tête pour le DIP

Le Département de l’instruction publique (DIP) concède qu’il travaille depuis plusieurs mois sur des scénarios destinés à répartir la surpopulation au secondaire II, saturé depuis des années. La plupart des écoles, particulièrement les écoles de culture générale (ECG), ont largement dépassé la capacité des bâtiments. Par exemple, l’ECG Jean-Piaget, prévue pour 880 élèves, est aujourd’hui occupée par 1131 élèves, et l’ECG Henry-Dunant, prévue pour 972 élèves, en compte 1229… Les raisons de cet engorgement sont multiples: hausse démographique, généralisation de la recherche d’un titre du secondaire II, projets de construction d’écoles qui n’aboutissent pas, nouvelle attractivité de l’ECG qui propose désormais de multiples perspectives de formation et un accès aux Hautes écoles, entre autres.Pour désengorger ces établissements, le DIP tente de trouver des solutions. Il lorgne du côté des bâtiments du cycle, qui sont un peu moins saturés que leurs homologues du secondaire II. C’est justement le cas du Cycle de la Seymaz, qui a un taux de remplissage bas, notamment parce que la zone de logements prévue – les Communaux d’Ambilly – ne s’est pas concrétisée. En 2011, le DIP envisage de déplacer des élèves de l’école de commerce dans une aile de la Seymaz. Il prévoit le même scénario pour des élèves de l’ECG dans le Cycle de Drize. Des jeunes de 12 à 20 seraient alors mélangés. Les parents et les maîtres s’y opposent farouchement, ce projet de mixité est abandonné.Puis, en 2013, le département revient à la charge, en présentant un nouveau scénario pour gagner des locaux. Il souhaite centraliser l’ECG Ella-Maillart – qui est éclatée sur six sites – sur un seul campus à Plan-les-Ouates. Pour cela, 450 élèves de l’ECG seraient déplacés dans le bâtiment voisin, soit l’Ecole de commerce Aimée-Stitelmann. En contrepartie, des apprentis seraient chassés dans un pavillon à Carouge. Au final, la centralisation de l’ECG n’a pas eu lieu. Mais une partie de ses effectifs a intégré Aimée-Stitelmann.Si le DIP joue aux vases communicants, c’est parce qu’il est forcé de composer avec l’existant. Et le parc actuel est vieillissant: de nombreux établissements datent des années 70, voire 60, et tombent en ruine, pour ne citer que les cycles du Renard et de Budé ou le Collège Rousseau. Et la situation risque bien de durer encore: le prochain bâtiment à sortir de terre, l’Ecole de commerce de Frontenex, est prévu pour 2017. Au plus tôt.

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