Un couple de Genevois a tout plaqué pour passer vingt-cinq ans sur les mers

PéripleEn 1993, Mireille et Olivier Gampert ont troqué leur maison de Cologny et leur travail contre un voilier. Ils sont de retour. Récit.

Olivier et Mireille Gampert de retour à Genève après avoir sillonné les mers durant vingt-cinq ans avec leur voilier.

Olivier et Mireille Gampert de retour à Genève après avoir sillonné les mers durant vingt-cinq ans avec leur voilier. Image: LAURENT GUIRAUD

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Durant un quart de siècle, ils ont effectué deux voyages, disent-ils. L’un intérieur, l’autre extérieur. Mireille et Olivier Gampert ont surtout réalisé leur rêve en vivant un étonnant périple. En 1993, alors âgés tous deux d’une cinquantaine d’années, ils ont largué les amarres. Quitté leur emploi, vendu leur maison de Cologny et laissé derrière eux leur fils et leur fille (24 et 22 ans) pour partir en couple à l’assaut des mers du Sud sur Olimir, un dériveur intégral.

Ils sont revenus cet été à Genève. Éprouvaient-ils le mal du pays? «Notre vie serait aujourd’hui en Polynésie s’il n’y avait pas nos enfants et, désormais, nos sept petits-enfants», glisse Mireille. Qui, pendant toutes ces années et malgré une vue de plus en plus déficiente, a consciencieusement tenu un livre de bord, riche de mille et une péripéties. Qu’elle a choisi de partager. Un ouvrage est publié ces jours. Son titre: «Vingt-cinq ans sur les mers, aventures d’un voilier solitaire».

Peur oui, panique non

Ce voilier-là est un Maracuja de 42 pieds (soit environ 13 mètres). Un sloop (bateau à un mât) à coque en aluminium. C’est avec lui que le couple Gampert va traverser deux fois l’Atlantique et quatre fois le Pacifique, franchir le canal de Panama, doubler le cap Horn, affronter bobos plus ou moins sérieux, avaries, cyclones et tempêtes alors que Mireille soignait son mal de mer chronique (véridique!) à coups de médicaments…

«Si nous avons eu peur? Oui parfois, reconnaît Olivier. Par exemple, dans les vagues déferlantes entre La Réunion et l’Afrique du Sud. Ou quand Mireille, qui s’était gravement blessée en tombant sur le bateau, a dû être hélitreuillée au large de la Nouvelle-Zélande.» Elle rit: «Le sauveteur était un beau mec!»

Le 16 avril 2006, dans les canaux de Patagonie, loin de tout, c’est une voie d’eau qui s’ouvre dans la coque d’Olimir après avoir heurté un rocher. «Mais nous n’avons jamais paniqué pendant tout le voyage, reprend Olivier. Vous savez, pour un tel projet, si on réfléchit trop, on ne part jamais, car tout peut arriver. Il faut une part d’inconscience. Mais alors, cela devient une fantastique école de vie.»

Un projet «pas raisonnable»

La vie du couple, elle, semblait toute tracée avant ce voyage au (très) long cours. Olivier dirigeait une étude de notaire, il avait été maire de Cologny; Mireille était directrice d’un cirque – le Cologny Circus – et d’une école de clown pour enfants. Mais le virus de la navigation les a submergés. D’abord sur des canaux tranquilles en France, puis sur le Léman, parfois lors de régates, et enfin sur les mers et les océans.

«Quand nous avons quitté notre fille qui nous avait accompagnés jusqu’à Madère, en 1993, je crois que c’est nous qui avons dû couper le cordon ombilical», se souvient Mireille. «Notre projet n’était pas raisonnable, mais nous n’aimons pas ce mot, ajoute Olivier. Alors nous avons retourné la question: était-ce raisonnable de ne pas réaliser notre rêve?»

La première engueulade

Du rêve à la réalité, il y a parfois un abîme. «On venait de partir de Madère, j’ai dit à mon mari de penser à fermer les hublots parce que la mer était grosse, raconte Mireille. Moi je suis allée me coucher… et je me suis réveillée la tête sous l’eau! Il avait oublié, j’étais furieuse! Ça a été la première engueulade de notre vie.»

Mais ça ne pouvait pas durer. «Alors dans ce huis clos que nous avions choisi, nous avons inventé un troisième personnage que nous avons appelé «on». Et c’est lui qui dorénavant a pris les engueulées», poursuit-elle. «Ce «on» me ressemblait tout de même beaucoup…» sourit Olivier.

Époux, équipiers, amants…

N’empêche, c’est un couple de plus en plus soudé qui a navigué durant vingt-cinq ans, ne s’octroyant que sept retours à Genève pour la naissance de ses petits-enfants. «Nous restions alors quelques semaines avant de repartir.»

Destination soleil la plupart du temps. Les tropiques. La Polynésie, l’Amérique du Sud, l’Australie et des myriades d’îles aux noms parfois enchanteurs. Dont celle de Suwarrow, déserte, dans l’archipel des Cook où ils resteront quelques jours, seuls au monde. «À deux sur un bateau de 13 mètres de long, on est dépendant l’un de l’autre, on nage dans une perpétuelle entraide, relève Mireille. On apprend la tolérance, les sentiments sont plus forts. En plus d’être mari et femme, on se découvre amis, équipiers, amants…»

Des amis, ils en ont aussi découvert tout au long de leur périple, partageant des moments inoubliables à Tahiti comme au Chili, dans les îles de la Société comme aux Marquises «où les gens nous ont réservé un accueil merveilleux», disent-ils. De quoi donner des envies de repartir? «En tout cas, prévient Mireille, nous n’allons pas nous contenter de feuilleter nos albums de photos!»

«Vingt-cinq ans sur les mers, aventures d’un voilier solitaire» Mireille Gampert Zermatten, aux Éditions Slatkine. Présentations le 23 novembre au Café Slatkine (18 h) et les 5 et 6 décembre à Cologny (salle du Manoir, 18 h). (TDG)

Créé: 20.11.2018, 15h47

«Olimir» (ici dans les canaux de Patagonie), le voilier des Gampert. (Image: DR)

Pêche au rhum et hélice baladeuse

On imagine bien qu’en vingt-cinq ans, Mireille et Olivier Gampert ont vécu d’innombrables péripéties. Ils ont par exemple:

- vu Olimir partir à la dérive alors qu’ils étaient seuls sur l’île de Suwarrow. La bouée à laquelle il était amarré n’était pas fixée au corps-mort. Grosse frayeur. Ils sont allés le récupérer en zodiac.

- Appris diverses techniques de pêche, y compris au rhum! «Quand un gros poisson est ferré et à fleur d’eau, on lance du rhum dans sa gueule et sur ses ouïes, explique Mireille. Cela provoque un coma éthylique et il ne se débat plus.»

- Perdu leur hélice en allant au cap Horn. Olivier l’a remplacée par une nouvelle. L’opération, effectuée en apnée, a duré plus d’une heure dans une eau glaciale.

- Appris à jongler aux Indiens de l’île du Tigre. Mireille a trimbalé durant tout le voyage son matériel de jonglage, de magie et ses déguisements de clown…

- Été victimes d’un vol de carburant. Ils partaient faire leurs courses à terre en Jamaïque, les pompistes ont rempli leur réservoir avant de siphonner le tout (800 litres)! Le couple ne s’en est rendu compte qu’en pleine mer, trop tard…

- Organisé un concours de déguisements avec les indigènes dans la grotte de l’île Robinson Crusoé (Pacifique Sud).

- Participé, en 2018, au grand concours de ukulélé à Tahiti.

X.L.

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