Un café-contacts pour retrouver un emploi

Chômeurs de plus de 50 ansL’initiative de la fondation Qualife permet à des chômeurs de sortir de l’isolement et de créer des réseaux pour rebondir.

Ambiance studieuse, jeudi, au café-contacts de la fondation Qualife qui vient en aide aux chômeurs.

Ambiance studieuse, jeudi, au café-contacts de la fondation Qualife qui vient en aide aux chômeurs. Image: Georges Cabrera

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Plus de 80 personnes se sont pressées jeudi matin au café-contacts organisé par la fondation Qualife, à la Jonction. L’une des missions de celle-ci (financée par le mécène Wilsdorf) consiste à aider bénévolement les personnes de plus de cinquante ans qui ont perdu leur emploi et qui arrivent parfois en fin de droits. Comment dynamiser leur employabilité? Tel était le thème abordé ce jeudi.

«Il ne faut surtout pas se dire qu’après 50 ans, on ne retrouvera plus rien et se positionner en victime», indique Annick Deschamps, consultante en transition de carrière chez Oasys Consultants. Elle conseille de continuer à lire, à se renseigner, à demeurer curieux pour rester dans le coup. «Votre état d’esprit, votre moral va jouer un rôle sur votre attractivité. Ne vous positionnez pas en demandeur d’emploi, mais en quelqu’un qui offre ses compétences.»

Hymne à l’adaptabilité

Alain Steinauer, responsable RH chez UBS (20 000 employés en Suisse), commence par une citation inspirée de Darwin: «Les survivants d’une espèce ne sont pas les plus forts ni les plus intelligents, mais ceux qui s’adaptent le mieux au changement.» Cet homme, chargé notamment de la formation des employés de plus de 45 ans au sein de sa banque, insiste sur l’importance de la formation continue et des certifications professionnelles «qui obligent à se remettre en question» afin de garder toutes ses chances sur le marché du travail. Même discours de la part de Serge Sironi, associé fondateur de Capital Seniors et proche des milieux de la construction: «Il faut rester actif durant toute sa vie professionnelle, ne pas s’endormir sur ses lauriers et ne jamais confier à d’autres le soin de garantir son propre avenir professionnel.» Tous ces bons conseils ne sont-ils cependant pas un brin paternalistes et culpabilisants pour des personnes qui se sont retrouvées du jour au lendemain à la porte suite à une restructuration ou une délocalisation?

L’angoisse de la précarité

«C’est un peu du rabâchage», indique Annie, 62 ans, active dans le trading avant que son entreprise ne soit délocalisée il y a deux ans. Dotée d’un CFC d’employée de bureau, Isabel, chômeuse en fin de droits de 55 ans, apprécie les café-contacts et leur chaleur humaine: «On y reçoit un tas d’informations intéressantes et utiles, car je suis bien consciente que je dois renforcer certaines de mes compétences. Aujourd’hui, je ne me suis cependant pas sentie à ma place parmi des personnes nettement plus qualifiées que moi. J’ai le sentiment qu’il y a un fossé entre les entreprises, leurs discours et la réalité.»

Entre café et croissant, Lena, 60 ans, nous confie qu’elle redoute d’arriver prochainement en fin de droits. Elle a aimé la séance du jour, «et l’énergie positive que dégagent les représentants de Qualife, mais, ajoute-t-elle, cela ne m’empêche pas de rester très inquiète pour mon avenir, bien que je sois vive d’esprit, détentrice d’un diplôme de marketing, que je parle couramment 5 langues et que j’aime travailler». «Depuis 2010, date de mon divorce, je galère et j’ai rogné jusqu’à mes derniers centimes pour pouvoir d’abord payer les études de ma fille et ensuite survivre, nous raconte-t-elle. Je ne trouve plus de travail fixe, je vais de périodes de travail à des périodes de chômage. Je vis dans la crainte la plus absolue! Je ne dois ma survie qu’à mes amis et à ma sœur.»

Les participants sont reconnaissants à Qualife, qui leur vient en aide par le biais de ces rencontres. Mais, hier, la réalité vécue par certains d’entre eux semblait loin des discours assez formatés tenus par les intervenants du jour. Surtout lorsqu’on sait que ni la formation continue ni les bonnes paroles n’empêchent les banques comme les patrons de la construction de renvoyer à tour de bras les quinquagénaires. «Le marché du travail n’est pas Heidi Land, admet Alain Steinauer. Il faudrait que le politique et l’économique réfléchissent ensemble sur le travail des plus de 50 ans. Il y a des entreprises qui ne se comportent pas bien avec les employés seniors, dont les charges LPP sont plus lourdes. Or on a besoin de tous les âges et de toutes les compétences en entreprise.»

«Pas une maladie»

La banque embauche-t-elle des quinquagénaires? «Nous avons engagé une dame de 52 ans dernièrement à Morges, répond Alain Steinauer. Mais il est vrai que les collaborateurs chargés du recrutement sont jeunes et ont tendance à engager des jeunes…» Le cadre d’UBS évoque aussi la flexibilisation du travail à partir d’un certain âge: «Ce n’est pas une maladie de vouloir baisser son temps de travail en fin de carrière.» Joëlle Mathey, directrice de Qualife pour les moins de 25 ans, abonde: «Freiner alors son rythme de travail est considéré comme quelque chose de normal dans les pays nordiques, contrairement à chez nous.»


Moins seuls

Responsable du programme 50 + de Qualife et directeur, Éric Étienne apprécie le succès de ces cafés-contacts: «On en organise un chaque quinzaine avec nos participants (15 à 20 personnes) et on les élargit trois fois par an à un public plus large.» Tel était le cas jeudi. «Nos objectifs restent toujours les mêmes: sortir ces gens de l’isolement et leur permettre d’échanger.» Ces rencontres démarrent avec des thématiques liées à la recherche d’emploi et à la meilleure façon de garantir sa promotion: «On parle de mentorat, de ce que l’on doit faire après l’élaboration d’un CV…» Sérieux, ces rendez-vous n’en demeurent pas moins conviviaux, souligne Éric Étienne: «On ne fait pas de la discussion de bistrot, mais tout se termine autour d’un café-croissants destiné à faciliter le réseautage. Nos participants nous échappent alors et on s’en réjouit. Ils s’organisent et s’entraident pour mieux prendre en main leur destin. Ils se sentent moins seuls.» L.B./C.F.

Créé: 31.05.2018, 20h43

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