Un automobiliste gravement blessé attaque Tesla en justice

AccidentLe Genevois, qui souffre de graves séquelles, met en cause le pilotage automatique de la marque américaine. Celle-ci se défend en affirmant donner des informations claires.

Me Robert Assaël. L’avocat écoute son client qui décrit 
son accident, photos à l’appui.

Me Robert Assaël. L’avocat écoute son client qui décrit son accident, photos à l’appui. Image: Lucien Fortunati

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Albert*, un entrepreneur de la place, attaque Tesla devant la justice civile genevoise après un grave accident l’an dernier au volant d’une voiture disposant d’une conduite assistée. La «Tribune de Genève» a appris que le Tribunal de première instance (TPI) vient d’ordonner une expertise qui portera sur la collision survenue en France. Une première à Genève et probablement en Suisse. Comme le relève l’ordonnance, rendue le mois dernier, le constructeur devra «remettre à l’expert l’épave du véhicule ainsi que les données» enregistrées par la voiture.


Découvrez le dessin d'Herrmann: Un Genevois poursuit Tesla après un accident


Jusqu’à ce drame, la vie souriait à ce quadragénaire. Grand sportif, féru de marathon et de montagne, ce chef d’entreprise avait des projets plein la tête. Pour sa famille et sa société d’ingénierie financière. À l’occasion des vacances de Pâques 2017, il décide de se rendre en France au volant d’une Tesla «Model S». Le 12 avril, il embarque ses jeunes enfants et met le cap sur Paris. À mi-chemin, sur l’autoroute, il roule avec le système de pilotage automatique.

Au loin, sur la gauche, se trouve, immobile, un camion de signalisation routière indiquant par une flèche lumineuse la présence de travaux et le rabattement sur l’autre voie. «Je faisais confiance à la technologie promise, qui devait adapter vitesse et trajectoire, s’arrêter en cas d’obstacle et signaler le moindre problème.» Pourtant, dit-il, alors qu’il circule sur la voie de gauche et dépasse des voitures, son véhicule ne ralentit pas. «La voiture ne m’informe pas de l’obstacle, ne l’évite pas et ne freine pas. Le système anticollision n’a pas davantage fonctionné que celui de l’Autodrive.» Survient alors le choc.

Les secours évacuent d’urgence les enfants en larmes, apeurés et traumatisés. Albert se débat dans son enfer de tôle et ne sent plus ses jambes. Grièvement blessé, il doit être désincarcéré. Hospitalisé une semaine à Dijon, il est transféré aux HUG. «J’ai subi sept opérations depuis, dit-il en boitant bas et en montrant sa cheville encore tuméfiée.

Après trois mois en chaise roulante, j’ai pu enfin marcher. Mais encore aujourd’hui, j’éprouve de grandes difficultés à me déplacer. Le sport? C’est fini.» Concernant la vitesse, le constructeur estime qu’Albert roulait à 140 km/h. «Entre 110 et 120 km/h», relatent un chauffeur de poids lourds et un automobiliste. Dans l’ambulance, le Genevois aurait dit, groggy par la douleur et les médicaments administrés par les secours, qu’il se serait assoupi avant la collision. Albert le conteste.

Une expertise privée

Pour confirmer les soupçons de dysfonctionnements de la voiture, Me Robert Assaël, avocat d’Albert, mandate un expert privé: «Le professeur Claude Laurgeau, spécialiste mondial du véhicule autonome, démontre cette année, après un examen des données de l’ordinateur de la voiture, qu’Albert ne s’est pas assoupi. Cet expert retient surtout un dysfonctionnement du radar longue distance et de la caméra ainsi que du système de freinage assisté et de détection d’obstacles.»

Fort de ce rapport rendu en mars, Me Assaël dépose une requête en expertise devant le TPI: «J’ai été choqué par la position de la marque, qui a contesté tous défauts et s’est opposée à la légitime requête en expertise de mon client. Qu’avait-elle à cacher? J’attendais au contraire qu’elle l’appuie avec le souci d’améliorer sa technologie et garantir la sécurité des personnes s’installant dans ses véhicules. Heureusement, le tribunal y a vu clair. C’est une première en Suisse!»

Albert ajoute que depuis des mois, la presse se fait l’écho d’accidents parfois mortels dans la même configuration, «avec guidage par des lignes et radars inopérants ou des véhicules percutant un obstacle immobile». Une class action, soit une action collective d’automobilistes contre le constructeur a même été récemment engagée aux États-Unis, précise la requête en justice d’Albert.

Mais dans les médias, la marque rappelle souvent que la technique est là pour assister et non pour conduire à la place de l’automobiliste. Autrement dit, l’Autopilot n’est pas un système de conduite automatique et la Tesla n’est pas un véhicule autonome. Au sujet des class actions, la marque estime de manière générale que le sujet porte «sur la disponibilité des fonctionnalités pour certaines versions de véhicules et non sur l’efficacité du système».

Qu’à cela ne tienne, Albert salue aujourd’hui la réaction de la justice: «Une année et demie après l’accident qui aurait pu coûter la vie à mes enfants et moi-même, je me félicite que le tribunal ait décidé d’une expertise qui va permettre de faire la lumière sur la défaillance de la technologie.» Son avocat estime que le dommage subi est énorme: «Mais mon client agit surtout pour que Tesla cesse de commercialiser des véhicules dont la technologie n’est pas au point, provoquant des accidents graves, voire mortels.

Le problème est que le radar et la caméra ne détectent pas les objets et les véhicules immobiles sur l’autoroute, ce que Tesla n’a jamais dit à mon client. Ainsi, l’accident qu’il a subi s’est déjà produit plusieurs fois et se reproduira sans aucun doute si rien ne change. Je suis déterminé à me battre au maximum pour que la responsabilité de Tesla soit judiciairement retenue.»

«Informations claires»

Contacté, un porte-parole de la marque basée en Californie réagit ainsi: «Nous espérons sincèrement que les personnes impliquées dans cet incident soient rétablies dès que possible.» L’entreprise américaine dit n’avoir aucune raison de penser que le système de «pilotage automatique ait été défaillant ou qu’il n’ait pas fonctionné comme il a été conçu pour le faire». Et de préciser: «Quand le système Pilotage automatique est activé, il en va de la responsabilité du conducteur de rester attentif à son environnement et d’être prêt à reprendre le contrôle du véhicule à tout instant.»

Tesla affirme avoir toujours indiqué que le système Pilotage automatique ne prémunit pas le véhicule de tous les accidents: «Tesla fournit également des informations claires sur le fonctionnement du système Pilotage automatique au moment de l’activation du système et à chaque utilisation. Ces instructions sont également incluses dans le manuel d’utilisation.»

* Prénom d’emprunt

(TDG)

Créé: 18.12.2018, 07h18

WhatsApp ou conduire, il faut choisir

Albert est probablement le premier à saisir la justice civile pour une telle affaire en Suisse. Pour l’instant la démarche vise à mandater une expertise.

À ce stade, il ne s’agit pas pour les juges de déterminer des responsabilités mais bien de soumettre des questions à un spécialiste.

L’an dernier, en Suisse alémanique, un automobiliste a tenté, en vain, de se disculper sur le plan pénal en affirmant que le système de freinage automatique n’avait pas fonctionné. Son accident remonte à 2016. Le conducteur de la Tesla roule entre Soleure et Berne. Le régulateur de vitesse ainsi que le guidage automatique sont enclenchés. Confiant, le chauffeur envoie un WhatsApp. «Ce faisant, il a détourné son attention de la route et du trafic», note la justice. Or des panneaux signalent la présence prochaine d’un engin de chantier, fermant ainsi la voie de gauche. Précédé d’un van, le conducteur ne bronche pas «durant les deux minutes précédant l’accident», dit la boîte noire de la voiture intelligente. Celle-ci roule entre 90 km/h et 110 km/h. Voyant la route barrée, le van décélère et braque à droite. En réaction, le régulateur de vitesse freine durant une seconde et, voyant l’obstacle arriver, enclenche l’alerte anticollision. Le choc intervient, ne faisant aucun blessé.

Me Assaël réagit vivement: «Ce cas est totalement différent de celui d’Albert qui, lui, portait l’attention nécessaire. De plus dans notre affaire, la voiture n’a pas détecté un camion immobile sur la chaussée, n’a pas freiné et l’a percuté à pleine vitesse alors même que l’Autodrive était enclenché. Il y a un défaut de conception et une carence d’information de Tesla.»

En Floride, un quadragénaire a perdu la vie en 2016 au volant d’une Model S. Son véhicule, muni de la conduite assistée, avait percuté un semi-remorque malgré des messages d’alerte émis par l’automobile. Ce cas avait fait frémir le fabricant avant qu’un rapport de l’Agence américaine chargée de la gestion de catastrophes aériennes et routières ne blanchisse le pilote automatique. F.M.

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