Un audit tance l’Aéroport dans sa gestion de l’aile est

DéveloppementUn rapport confidentiel pointe de multiples problèmes dans le projet d’extension de Cointrin. Son directeur s’explique.

Robert Deillon, directeur général de Genève Aéroport.

Robert Deillon, directeur général de Genève Aéroport. Image: Laurent Guiraud

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«L’ampleur et la complexité du projet ont été sous-estimées par Genève Aéroport.» L’auditeur KPMG analyse avec sévérité la gestion, par la régie publique, de son ambitieux plan d’extension. Lancé en 2009, ce projet d’aménagement de la zone est, estimé à 620 millions de francs, qui doit aboutir à la construction d’un bâtiment de 520 mètres de long pour accueillir les gros-porteurs, connaît des turbulences. On a même craint des actes frauduleux. Les signaux étant au rouge, le bureau du conseil d’administration de Genève Aéroport (GA) a mandaté KPMG pour y voir plus clair. Son rapport daté de janvier, que nous avons pu obtenir, a-t-il permis de redresser la trajectoire? Robert Deillon, directeur général de GA, annonce des mesures correctives.

1. Structure décisionnelle floue

«Les variations des coûts et de la définition du projet sont souvent insuffisamment détaillées et rendent difficile le suivi de l’évolution du projet et de la maîtrise des coûts», relève KPMG, qui regrette que le comité de pilotage (Copil) soit impliqué tant dans le processus opérationnel que décisionnel. Deux structures distinctes ont été mises en place, détaille Robert Deillon: «La direction de projet, désormais placée sous ma responsabilité, gère tous les aspects opérationnels, avec un nouveau chef de projet, l’ingénieur Dominique Blanc, engagé en juin. Le Copil, composé notamment de la présidente du conseil d’administration, gère la partie stratégique et de surveillance.»

2. Variation des coûts

La gestion du budget manque de rigueur, selon l’auditeur, qui pointe le «manque de moyens et de compétences dans le contrôle des coûts du projet aile est». Le budget dévolu au bâtiment d’acier et de verre a décollé en cours de route, avant d’être fixé à 450 millions de francs. Pour répondre aux besoins, GA a engagé il y a quelques semaines un économiste de la construction, explique Robert Deillon. Un logiciel de gestion financière adapté aux projets d’envergure a été acquis. Et un bureau spécialisé dans la gestion de ce type d’ouvrage sera mandaté pour soutenir le responsable financier du projet.

3. Gestion difficile du projet

Depuis le lancement du concept, «nous recensons quatre chefs de projet différents et deux contrôleurs financiers successifs», relève KPMG. Les changements de personnes clés «entraînent potentiellement des pertes de connaissances importantes liées au projet». D’autre part, «la définition précise de l’objet et des attentes envers ce projet n’a pas été suffisamment élaborée». Et les ressources mobilisées par GA «ont été insuffisantes». Dont acte. «Nous avons renforcé l’équipe qui compte aujourd’hui une quinzaine de personnes, au lieu de six ou sept l’an passé», indique Robert Deillon. Comment expliquer la valse des chefs de projet? Le premier est parti à la retraite, le second s’est vu confier d’autres aspects du dossier, le troisième, voulant tout reprendre de zéro, a été remercié. Le quatrième aura donc fort à faire.

4. Compétences insuffisantes

«Les personnes successivement en charge du projet pour le compte de GA ne disposaient pas des compétences suffisantes, en matière aéroportuaire et de gestion de projet, pour piloter un projet aussi complexe», analyse KPMG. «Le dossier a été ouvert au moment où l’architecte et l’ingénieur de l’aéroport, disposant d’une trentaine d’années d’expérience, sont partis en retraite anticipée, remarque Robert Deillon. Des spécialistes aux compétences aéroportuaires sont difficiles à trouver. Nous avons dû former les nouveaux venus à l’interne.»

5. Soupçons de fraude écartés

L’audit écarte le problème le plus grave, celui d’une fraude ou d’une surfacturation, qui a fait l’objet d’une dénonciation anonyme à la police. Pour éviter tout risque à l’avenir, un système de contrôle interne spécifique est actuellement mis en place.

Après un décollage poussif de l’aile est, les mesures prises suffiront-elles à mener à bien le plus important plan de développement de Genève Aéroport? «Il faut rappeler que le projet est complexe, car nous ne disposons pas de place pour construire. Nous avons pu réaliser de gros travaux préparatoires, comme l’enfouissement de la route douanière, la création d’une plate-forme, et cela sans retard, souligne, confiant, Robert Deillon. Les treize oppositions au projet ont été levées. Aujourd’hui, le projet du bâtiment est scellé. Les appels d’offres vont être lancés.» Les travaux pourraient débuter en 2017, avec une ouverture prévue en 2020. La nouvelle infrastructure a pourtant longtemps été annoncée pour 2016.

Créé: 21.09.2015, 20h12

Pierre Maudet: «La situation a été redressée»

La création de salles d’embarquement pour les gros-porteurs, destinées à remplacer celles datant des années 70, connaît des turbulences. Genève Aéroport (GA) a sous-estimé la complexité du projet. Comment analyser les erreurs commises? «Comme dans tout projet d’envergure, la phase de démarrage peut amener un certain nombre de difficultés et, à cet égard, le projet de l’aile est n’y a pas échappé. Le dimensionnement de l’équipe a sans doute dégradé la mise en route», observe Pierre Maudet, conseiller d’Etat chargé de l’Economie, qui a proposé au conseil de direction de GA de lancer l’audit. Le magistrat se montre confiant pour la suite: «Les décisions prises, que ce soit au niveau du renforcement des équipes ou le rattachement du projet directement au directeur général, ont permis de redresser la situation, sans perte de temps sur le calendrier du programme.» La trajectoire a-t-elle été adaptée à temps? «Oui. Il était notamment très important de constater qu’aucune fraude ou malversation n’a été détectée par les auditeurs. Le chantier va donc pouvoir se poursuivre sereinement, selon le plan initialement prévu.» Les difficultés sont derrière, estime aussi Corine Moinat, présidente du conseil d’administration de GA, en poste depuis le début de l’année. «La barre a été redressée à temps», relève celle qui a agrandi Balexert voilà quelques années. Des sanctions seront-elles prises? «Si les recommandations sont correctement suivies, je ne pense pas.» Avec l’aile est, Cointrin a pris conscience, tardivement, de son passage dans une nouvelle ère. «L’aéroport prend une autre dimension. Ces travaux représentent une phase d’apprentissage pour d’autres projets bien plus importants.» Lesquels? «Ce ne sera pas une deuxième piste d’atterrissage», glisse-t-elle, sans en dire davantage.
S.R.

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