Trop de chantiers! Le gérant du Café des Voyageurs plie bagage

Eaux-VivesLe resto mythique va perdre son âme. La faute aux années de travaux, ceux du CEVA notamment, dans le secteur de la gare des Eaux-Vives.

Image: Laurent Guiraud

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Jean-Luc Leroux n’est pas amer. «J’ai un projet, nous souffle-t-il. Mais sans ça, je serais vraiment triste.» En cause, les années de travaux qui ont petit à petit usé la patience du gérant du Café des Voyageurs, situé en face de l’ancienne gare des Eaux-Vives. À tel point qu’il a décidé de plier bagage.

Ce restaurant mythique dont il tient les rênes depuis vingt-deux ans, «sans compter huit ans comme serveur», précise-t-il, fait face aux énormes chantiers qui ont poussé comme des champignons ces dernières années. «Il y a celui du CEVA (ndlr: liaison ferroviaire Cornavin-Eaux-Vives-Annemasse) et de la nouvelle gare, bien sûr, et maintenant ceux de CFF Immobilier, relève le gérant. Il y aura bientôt des bâtiments de sept étages devant ma terrasse, on n’aura plus de soleil.»

Cerise sur le gâteau, «une centrale à béton a été érigée il y a deux mois à vingt mètres de mon établissement, peste le restaurateur. Quand elle fonctionne, c’est l’enfer! Et ça va durer encore au moins deux ans. S’il n’y a pas de retard…»

L’enfer du décor

Il est vrai que le décor du quartier n’invite pas à la rêverie. Incessant ballet de camions, poussières tenaces, bruit omniprésent… Mais deux ans, ce n’est pas si long? «C’est ce que disent les constructeurs et les promoteurs. Il faut tenir le coup. Mais pour moi qui ai 65 ans, c’est trop. À cause de cette centrale à béton qui tourne tout le temps, je ne me vois pas ouvrir ma terrasse au printemps prochain. Or à Genève, la terrasse, c’est l’âme d’un restaurant.»

À cela s’ajoutent les problèmes de parking. Un casse-tête quotidien, nuit et jour. «Le quartier est devenu impossible, assure Jean-Luc Leroux. Il est arrivé ces derniers mois que des clients me décommandent une table depuis leur voiture, parce que ça fait trois quarts d’heure qu’ils tournent sans parvenir à se garer.»

Certains soirs, le gérant a même déplacé des barrières de chantier «afin de faire de la place pour des clients. Je vous rassure, j’ai tout remis en ordre après», rigole-t-il. Car malgré la fin de l’aventure, en mars prochain, le restaurateur normand conserve une dose de bonne humeur.

Les assiettes du Plateau

«Les Voyageurs, c’est surtout trente ans de bonheur, je n’ai pas de mauvais souvenirs, relève ainsi Jean-Luc Leroux. J’ai une clientèle fidèle, des employés compétents en salle comme en cuisine. Plusieurs d’entre eux vont d’ailleurs me suivre au Café du Plateau, dont je suis propriétaire. Notamment mon chef de cuisine, Samuel Plaud, un Vendéen avec lequel je travaille depuis quinze ans, et son second.»

Une centrale à béton a été érigée il y a deux mois à vingt mètres de mon établissement. Quand elle fonctionne, c’est l’enfer

Jean-Luc Leroux, gérant du Café des Voyageurs

Dans les assiettes du Plateau, on retrouvera donc les plats qui ont fait la réputation des Voyageurs. En particulier les filets de perche du Léman et les «oreilles d’éléphant» taillées dans la noix de veau, géantes et panées comme il se doit. «Le restaurant se trouve tout près de la gare CEVA de Chêne-Bourg. En fait, je troque une gare pour une autre», sourit Jean-Luc Leroux.

Premiers cafés à 5 h 30

La proximité d’une gare explique aussi le succès des Voyageurs, dont les murs sont ornés de nombreuses affiches d’époque vantant Chamonix, le Salève ou encore Thonon-les-Bains, destinations qui furent atteignables en train.

«Quand la gare SNCF des Eaux-Vives existait encore, il y a trois ans environ, les frontaliers venaient boire le café chez nous. Idem en fin de journée, indique le gérant. Nous étions ouverts dès 5 h 30 du matin pour l’arrivée du premier train.» Contre 5 h 45 aujourd’hui. Sauf que désormais, la recette n’est plus la même. «En effet, à l’époque, on faisait 700 à 800 francs de 5 h 30 à 11 h. Maintenant, ça oscille entre 200 à 300.»

«Je ne me plains pas»

Le chiffre d’affaires global a donc chuté, comme pour la plupart des commerces bordant le chantier du CEVA. «En deux ans, j’ai perdu 22 à 23%, reconnaît Jean-Luc Leroux. Mais je ne me plains pas, j’ai toujours pu payer mes employés à la fin du mois.»

N’aurait-il pas pu demander un dédommagement? «À qui, à l’État, aux CFF? Non. Des commerçants l’ont d’ailleurs fait, la plupart sans succès. Moi, ce que je regrette, c’est que personne ne soit venu nous voir. Pour s’enquérir de nos besoins, pour des aménagements concernant le parcage. Là, rien.»

Du coup, Jean-Luc Leroux se réjouirait presque de quitter ce quartier qu’il a pourtant énormément apprécié. «Pour l’instant, ça va. Mais à la fin de mars, il y aura un bon coup de nostalgie, prévoit-il. Il sera néanmoins atténué par la perspective d’ouvrir au Plateau avec une bonne partie de mes employés. J’aurais été ennuyé de fermer sans rien avoir à leur proposer. Car la réputation des Voyageurs, c’est aussi eux qui l’ont forgée.» Quant au restaurant eaux-vivien, il pourrait perdurer, peut-être sous une autre forme. Et avec une nouvelle équipe.

(TDG)

Créé: 03.12.2017, 16h41

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