Trip cycliste version postindustrielle

Le canton à vélo (3/5)Lassé des balades champêtres? Un fil d’Ariane de pistes secrètes permet de se téléporter entre l’autoroute, l’aéroport et un troublant parc oublié. Allergiques au parfum du kérosène s’abstenir.

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Loin d’ici, dans la touffeur de métropoles tentaculaires, les passerelles piétonnes deviennent souvent fil d’Ariane pour le visiteur de passage. À Hongkong ces «flyovers» rarement indiqués sur les plans sautent d’une tour à l’autre et permettent de survoler le centre sur des kilomètres – sans redescendre sur terre: rentrer dans un centre commercial, ressortir dans un square, traverser le hall d’un hôtel… Drone à deux pattes, le piéton ne force plus le trafic à lui céder le passage au feu: il l’ignore.

Étape 1: de Balexert à Cointrin

Six fuseaux horaires en arrière, à Genève, ces passerelles restent rares. Mais certaines pistes cyclables peuvent prendre des airs de ligne de vie, se faufilant entre cités, zone industrielle et aéroport. Un exemple avec ce petit trip cycliste en milieu (apparemment) hostile. La plongée débute en pente douce, le long du parking de Balexert, sous le tunnel du centre commercial. Avenue bruyante, la route de Meyrin se descend sur une large contre-allée cyclable – pas une pauvre bande jaune frôlée par les camions. Elle longe l’enfilade des immeubles des Avanchets qui ne dépareillerait pas ailleurs, très loin, dans une ex-colonie par exemple. En face, les marges de la ville. Les nœuds autoroutiers. Et la barrière du Jura.

Demi-tour conseillé, sauf à… repérer ce passage secret qui bascule en toboggan sinueux derrière le garage Mercedes de l’Athénée. Au-dessus des frondaisons éclatent les murailles jaunes de la cité multicolore. Au terme de la glissade, à droite toute, pour fuir un chemin de l’Étang sillonné par les camions de chantier et s’enfoncer dans le quartier des villas (en sursis) de Cointrin. Calme d’une banlieue oubliée, confort du trottoir cyclable à contresens du chemin du Ruisseau. Trop chaud déjà? La piscine des Ailes et sa terrasse digne d’un country club sont à deux coups de pédale.

Pour poursuivre, il faudra cependant découvrir un second couloir ouvrant sur le chemin Taddeoli, entre des haies de thuyas. Une rumeur enfle, la lumière éblouit, un «flyover» apparaît. Dessous, le trafic compact s’écoule sur six voies. Autoroute. Horreur, fuir plein nord, dégringoler un autre toboggan – attention, piétons – avant d’être arrêté net par la route de Pré-Bois. Pas d’autre choix que d’attendre au feu pour traverser à gué, hypnotisé par les hangars de l’aéroport. Les choses sérieuses commencent.

Étape 2: au bord de l’autoroute

Vert. Sur l’autre rive, une piste cyclable bidirectionnelle trace vers les terminaux passagers. Face aux poids lourds, la barrière de sécurité n’est pas de trop. Les jets sifflent, parfum de kérosène. Mais que fait-on ici? Passé l’ancienne aérogare des années 50, la voie pour vélo dépasse les premiers voyageurs traînant leur valise pour prendre fin de manière abrupte, en plein virage.

Il est temps de se téléporter. Mais pour cela il faut identifier le sas: de l’autre côté de la route, une flèche marron indiquant «Palexpo», masquée par la végétation. Délicate – les taxis déboulent à l’aveugle –, la traversée requiert de mettre pied à terre pour rejoindre le passage piéton entre les deux arrêts de bus «Genève-Aéroport WTC».

Prêt, Spock? Quittant le bosquet, le chemin cyclable se fait corridor, sinuant entre les parkings du niveau Arrivée, façon Aqualand. Un stop et cela repart plein nord. Derrière le muret de béton, un flot rugissant. Autoroute, encore. Au bout d’une centaine de mètres, un parking souterrain pour deux-roues, connu des seuls employés du terminal et de «frequent flyers» adeptes d’un terminal accessible en une demi-heure de vélo du centre. Même un vendredi à 17 heures. Une pause? Pizza très aéroportuaire dans la galerie marchande juste au-dessus. Plus chic, tapas sur la terrasse qui domine le tarmac… à condition de trouver son ascenseur invisible.

Étape 3: dans la jungle de Palexpo

Retour en selle. La balade vire au cyberpunk lorsque la voie semi-souterraine file à contresens de l’autoroute, se glisse sous les bretelles d’accès, longe la Migros de la gare CFF, se dirige vers les rampes des parkings. Goulet en vue.

Il est temps de faire apparaître une porte sur l’autre monde: un boyau piétonnier qui se faufile sous l’autoroute pour rejoindre le parc entourant Palexpo. Rais de lumière, du vert partout, le trafic comme une lointaine rumeur. Lapin d’Alice, la piste de béton s’enfuit sous la végétation avant de s’éclipser le long de l’espace naturel de Préjins, le plus troublant des parcs urbains. Une mare, des libellules, un banc vide.

Le cycliste est redéposé dans le monde réel à l’improviste, au milieu de la rue d’une zone villa. Un peu plus haut, les barres du Grand-Saconnex, qui s’accrochent comme elles peuvent à leur standing des années 60. Lui, il a tout oublié.

Adresses Centre sportif de Cointrin, chemin des Ailes 26 Al Volo, galerie marchande CFF Le Chef, terrasse de l’aéroport

Créé: 09.07.2019, 19h27

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