Toujours plus de locataires désertent les parkings

StationnementCertains immeubles hors du centre-ville n’arrivent plus à louer leurs places. Mais que faire avec des parkings souterrains vides?

Aux Vergers, à Meyrin, le promoteur Patrick Pillet a tout juste réussi à écouler ses 85 places.

Aux Vergers, à Meyrin, le promoteur Patrick Pillet a tout juste réussi à écouler ses 85 places. Image: Lucien Fortunati

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Certains propriétaires en ont presque des cheveux blancs. Ils ne louent plus leurs places de parc. Ils en ont trop construit ou alors leurs locataires les boudent. Résultat: ils se retrouvent avec des souterrains à moitié vides. Le phénomène épargne le centre-ville mais se fait sentir dans la proche périphérie.

La Société coopérative d’habitation (SCHG) de Vieusseux en a fait les frais. Elle vient de réaliser deux immeubles. L’un se trouve au Mervelet, près de Balexert. Sur les 60 places, une dizaine n’a pas été louée. L’autre est aux Charmilles. Ici, une quinzaine de places sur 117 sont restées vides. Pour ne pas perdre de l’argent, la SCHG les a louées à des sociétés privées.

Cette vacance, une première, est vécue comme un signal d’alarme. «Elle nous incite à nous interroger sur le changement d’habitudes des gens et sur la quantité de parkings dans nos projets», relève Pierre Chappuis, son directeur.

Un gros manque à gagner

A la caisse de retraite des fonctionnaires, la CPEG, c’est pire. Sur ses 8000 places, près de 500 ne trouvent pas preneur. «Cela représente un manque à gagner annuel qui frise le million de francs», note John Latteo. Le responsable immobilier y voit surtout un héritage du passé: «Les règlements nous ont longtemps contraints à construire beaucoup de parkings, qui n’ont pas tous trouvé preneur.» Il était courant de compter 1,5 place de parc par logement, voire plus. Depuis, les taux ont été fortement revus à la baisse.

Est-ce suffisant? Le promoteur Patrick Pillet a construit d’innombrables immeubles depuis trente ans. «La demande n’a cessé de baisser au fil des ans. La deuxième voiture est devenue un luxe pour beaucoup. Et les jeunes, qui partent en vacances en avion, louent une Mobility si nécessaire.»

Pour les 85 appartements qu’il a vendus aux Vergers, à Meyrin, il a tout juste écoulé ses 85 places. «Je n’ai eu que deux demandes pour une deuxième place. C’est très peu.»

Moins de voitures, moins d’argent, et la tentation des macarons. On préfère parfois se garer dans les zones bleues, solution facile en périphérie. A l’inverse, dans l’hypercentre, la situation est plus tendue. «Dans certains quartiers, comme aux Eaux-Vives, la pénurie est forte», relève Frédéric Fancello, directeur du département gérance chez Naef. Sur les 10 000 places que loue la régie, seules 200 sont vacantes. «Anecdotique.» Damien Zuber, directeur d’exploitation à la Fondation des parkings, fait le même constat: «Plus on s’approche du centre, plus la demande est forte.»

Places pour pendulaires

Ce n’est pas surprenant. Les immeubles anciens sont peu pourvus en parkings et les places sur la voirie sont plus rares. Mais ces parkings se remplissent aussi grâce aux pendulaires qui travaillent en ville. Aucun chiffre n’exprime ce phénomène, mais un indice. La Ville de Genève réserve ses parkings aux habitants et ne les loue pas aux pendulaires, du moins dans l’hypercentre. Résultat: sur 4000 places, 800 sont vides!

Toujours est-il que la Ville de Genève tente de limiter les places dans les immeubles neufs. Pour une raison simple: une forte baisse du taux de motorisation. En 2000, 29% des ménages en ville n’avaient pas de voiture. Dix ans plus tard, ils étaient 41%. La Municipalité le fait d’autant plus volontiers quand il s’agit de logements sociaux, dont la population est moins motorisée.

La demande est aussi plus faible dans certaines coopératives, qui cherchent des solutions plus radicales. «Pour un petit immeuble que nous réalisons à la Servette, nous allons chercher des places dans des immeubles voisins plutôt que de construire un parking», explique Eric Rossiaud, de la coopérative Codha.

Piste iconoclaste

Les questions de coûts poussent aussi à la prudence. Un parking souterrain coûte cher. Entre 40'000 et 60'000 francs la place, voire plus selon les contraintes techniques. Les plans financiers étant calculés au plus près, on ne peut se permettre des vacances.

Que faire de ces places vides? Certains propriétaires comptent sur des constructions voisines pour les remplir. Sinon, leur trouver une autre affectation n’est pas facile. En faire des dépôts? Il faut pour cela régler des questions de sécurité et d’accès. La SCHG a transformé une partie d’un sous-sol pour en faire des locaux pour de jeunes musiciens.

Patrick Pillet défend une idée iconoclaste. «Pourquoi ne pas construire les futurs parkings en surface, sur plusieurs étages? Nous pourrions ainsi les reconvertir plus facilement à l’avenir.» Une idée qui fera peut-être son chemin si on veut éviter de se retrouver avec du vide sous nos immeubles. (TDG)

Créé: 14.02.2017, 22h39

Le promoteur Patrick Pillet défend une idée iconoclaste. «Pourquoi ne pas construire les futurs parkings en surface, sur plusieurs étages? Nous pourrions ainsi les reconvertir plus facilement à l’avenir.» (Image: ©pascal frautschi)

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Pourquoi régler le parking privé

L’Etat fixe des règles quant au nombre de places à offrir dans chaque immeuble. Pour les habitants, des minima sont fixés «pour éviter que les résidents n’occupent trop l’espace public», explique Chrystelle Charat à la Direction des transports. Les quotas ont été revus à la baisse en 2015 et dépendent des secteurs. Au centre (par exemple aux Pâquis), on compte 0,5 place par logement, et une place à la périphérie (Onex par exemple). Pour les logements sociaux, on compte 30% de moins. Pour les employés, des maxima sont fixés, afin d’éviter d’aspirer trop de véhicules au centre.

«Des dérogations sont possibles et nous appliquons le règlement avec souplesse», indique Chrystelle Charat.

Exemple aux Vergers, à Meyrin. Il y a été autorisé 0,8 place par logement au lieu de 1, explique l’urbaniste Philippe Maag. Les PPE ont pris une place par appartement, les coopératives 0,6. Les places visiteurs ont été mutualisées, ainsi que certaines places habitants. Au final, le quartier a construit 1200 places, soit 500 de moins que prévu. Une grande économie. C.B.

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