Sur le web, le déclin du clic

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Dans les tout premiers temps de l’extension des médias traditionnels sur le web, l’objectif absolu était de générer des clics. Combien pour telle information, pour telle image, pour telle vidéo? Les plates-formes médiatiques comptaient leurs clics comme les gamins d’autrefois comptaient leurs billes à la fin de la récréation.

Ouvrir la «boîte noire» des rédactions pour associer le public

Des outils plus sophistiqués se sont bientôt mis en place, permettant de suivre sur écran, minute par minute, la fréquentation des contenus d’actualité affichés sur les sites. Le procédé avait pour effets d’identifier les sujets les plus attractifs et d’inciter les rédactions en ligne à prêter une attention suivie aux thèmes de prédilection des internautes. Cette audimétrie permanente impliquait une tendance à l’uniformisation et amorçait une inversion progressive du rapport de force entre les rédactions et les internautes. Elle a donné naissance à une culture du clic.

Les «sismographes» du web présentaient deux défauts originels. Le premier tenait à l’enregistrement d’une perception immédiate, sans rendre compte de l’intérêt pour un contenu dans la durée. Le second à l’ignorance de l’intensité de cet intérêt (simple coup d’œil, lecture partielle, lecture complète) et de son potentiel d’incitation à découvrir d’autres contenus sur le même site. Des correctifs sont désormais apportés. Des indications plus précises permettent d’orienter l’offre de contenus, tout en répondant aux attentes des annonceurs, davantage intéressés par la qualité de la lecture sur écran que par le nombre de pages tournées. Cette évolution est construite sur un rapport direct entre une plate-forme médiatique et son public. La réalité est devenue plus complexe par l’entrée en jeu des réseaux sociaux. Comme source secondaire, le média a tendance à s’effacer. Porteur de l’information, il reste souvent non identifié. Les familiers des réseaux sont prêts à faire davantage confiance à l’un de leurs «amis» qu’à une source médiatique. Selon Nathalie Pignard-Cheynel, qui enseigne à l’Académie du journalisme et des médias de l’Université de Neuchâtel, cela constitue l’une des trois prises de conscience majeures du moment.

Facebook a par ailleurs décidé au début de janvier de réduire ses reprises de matériaux médiatiques pour privilégier, dans les fils d’information de ses membres, les contenus qu’ils partagent entre amis et en famille. Cette nouvelle orientation a eu pour effet immédiat de faire chuter partout le nombre de clics sur les plates-formes médiatiques. C’est la deuxième prise de conscience: les médias fragilisent leur position par une politique du clic qui les rend dépendants des réseaux sociaux. Ils sont donc invités à explorer d’autres possibilités de cette pratique qu’un seul usage comptable et analytique. Une troisième prise de conscience en découle, selon Nathalie Pignard-Cheynel: la nécessité pour les médias de renouer avec leur public, alors qu’ils sont affectés par une crise de confiance, certes pas nouvelle, mais aiguisée par la vogue des fake news. L’interactivité peut prendre diverses formes: appeler le public à réagir au choix d’une thématique, à suggérer des champs de recherche d’information, à se prononcer sur les étapes d’une enquête… Bref, à ouvrir la «boîte noire» des pratiques rédactionnelles pour associer le public autrement que par le simple enregistrement de ses comportements de consommateur. (TDG)

Créé: 12.09.2018, 15h26

Daniel Cornu, le médiateur des publications Tamedia Publications romandes SA, peut être contacté ici par tout lecteur qui n’est pas satisfait de la réponse réservée par une rédaction à ses remarques ou réclamations touchant aux pratiques journalistiques.

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