Suite à une agression, les arbitres votent la grève

FootballDimanche, un directeur de jeu chevronné a été violemment molesté par des joueurs lors d’un match de 5e ligue aux Evaux. La faîtière des arbitres tire la sonnette d’alarme.

Le terrain de football sur lequel l'agression s'est déroulée.

Le terrain de football sur lequel l'agression s'est déroulée. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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La saison 2018-2019 de football commence de la pire des façons à Genève. À la suite d’une violente agression sur un directeur de jeu dimanche au stade des Evaux, à Onex, l’Union genevoise des arbitres de football (UGAF) vient d’annoncer qu’elle fera grève le week-end prochain, du vendredi 14 au dimanche 16. En clair, il n’y aura pas d’arbitres, donc pas de matches. Toutes les catégories de jeu sont concernées, des juniors C aux vétérans en passant par les actifs. C’est une (triste) première dans le canton.

Le match opposait le FC Tordoya 1 au FC Satigny 3, pour le compte de la 2e journée de 5e ligue. À un quart d’heure environ de la fin du temps réglementaire, l’arbitre a mis un carton jaune à un joueur de Tordoya, selon nos informations. Puis, après que celui-ci l’a copieusement insulté, il lui a infligé un carton rouge, synonyme d’expulsion. C’est alors qu’il a reçu des coups de poing et a brièvement perdu connaissance, avant d’être emmené à l’hôpital.

Un arbitre chevronné

La victime, qui préfère garder l’anonymat, est un directeur de jeu chevronné, qui arbitre depuis une vingtaine d’années. «C’est la première fois qu’on m’agresse, explique-t-il. J’ai déposé une plainte pénale parce que je ne veux pas que les choses en restent là. Je le fais pour les générations futures et pour le sport.» Il donne sa version des faits: «À environ un quart d’heure de la fin du temps réglementaire, j’ai averti un joueur de Tordoya pour réclamations répétées. Celui-ci m’a alors copieusement insulté. J’ai pris quelques mètres de recul, je lui ai demandé de se calmer et finalement j’ai sorti le carton rouge pour l’expulser. Mais alors que son entraîneur lui demandait de quitter le terrain, le joueur m’a donné un coup de poing en plein visage, pendant qu’un autre joueur me frappait aussi. J’ai voulu m’enfuir, mais un troisième m’a fait tomber au sol, puis j’ai reçu une pluie de coups, notamment au visage, et j’ai perdu un moment connaissance.» Soigné à l’hôpital, l’arbitre est rentré chez lui dimanche dans la soirée. Il est actuellement en arrêt de travail. De son côté, le comité du FC Tordoya indique, sans autre commentaire, qu’il a immédiatement exclu du club les trois joueurs incriminés.

Trois joueurs en détention

Selon des témoins, un arbitre qui sifflait un match sur le terrain d’à côté est allé secourir son malheureux collègue, avant que la police n’intervienne. «Le Ministère public confirme l’arrestation de trois joueurs à la suite de violences intervenues le dimanche 9 septembre à la fin d’une rencontre de football, à l’encontre de l’arbitre, précise Henri Della Casa, porte-parole du pouvoir judiciaire. Les trois individus sont soupçonnés d’avoir agressé ce dernier. Le Ministère public a saisi ce jour (ndlr: lundi) le Tribunal des mesures de contrainte d’une demande de mise en détention provisoire des trois prévenus.» À notre connaissance, ils sont toujours incarcérés.

Grève votée à plus de 90%

Pour les arbitres genevois, cette agression est celle de trop. «Il y a aujourd’hui un vrai problème de violence sur les terrains genevois, qui ne concerne pas uniquement les clubs dits identitaires, et nous voulons que cela cesse, lance Skander Chahlaoui, président de l’UGAF. Il ne s’agit pas seulement d’agressions physiques, mais aussi de violences verbales et d’intimidation. Il y a trois ans, les arbitres ont porté un brassard rouge en signe de protestation contre cette violence. Mais visiblement, tout comme les sanctions prévues dans les règlements, ce genre de mobilisation ne suffit plus.» Consultés dimanche après-midi et lundi par le biais de leur groupe WhatsApp, des membres de l’UGAF ont voté en faveur de la grève à plus de 90%. «Ils sont très déterminés, poursuit leur président. Nous sommes désolés pour les clubs et les équipes qui jouent le jeu du fair-play, tel le FC City – et ce n’est pas le seul – qui a mené une grande réflexion sur le sujet, mais maintenant il faut un message fort afin de faire bouger les choses!»

Pas d’assises de la violence

Skander Chahlaoui regrette d’autant plus d’en arriver là qu’il y a trois mois, à Versoix, un match a totalement dégénéré en bagarre générale, faisant deux blessés (lire ci-dessous). «Suite à cela, nous avons sollicité tous nos partenaires, soit l’Association cantonale genevoise de football (ACGF), les clubs, les autorités et la commission des arbitres, afin d’organiser des assises de la violence. Il faut qu’un travail de fond soit entrepris et c’est seulement si tous les acteurs se mettent autour d’une table que nous parviendrons à trouver des solutions, plutôt que de se renvoyer la balle.» Or, déplore-t-il, «nous n’avons reçu qu’une seule réponse à notre communiqué, en provenance du FC Versoix. Même l’ACGF ne nous a pas répondu.»

Ne pas verser dans l’émotion

L’association cantonale minimiserait-elle les problèmes de violence? Au téléphone, son président paraît agacé: «Ce n’est pas en faisant grève que l’on réglera les problèmes! assène Pascal Chobaz. Je ne fais pas preuve d’angélisme, la violence est intolérable, sous toutes ses formes. Mais il ne faut pas non plus verser dans l’émotion. Évidemment, je déplore ce qui s’est passé dimanche aux Evaux. Pour l’arbitre, bien sûr, mais aussi pour l’image du football genevois, déjà mise à mal après la bagarre du mois de juin. Où, je le précise, l’arbitre n’a pas été agressé. Mais il faut faire les choses dans l’ordre.» Pour le président de l’ACGF, cet ordre est le suivant: «Nous venons de recevoir le rapport du match. Il faut en savoir davantage avant de réagir. Notre comité va l’examiner puis saisira cette semaine la commission des arbitres, qui statuera. Et alors seulement nous communiquerons.» Quant à la mise sur pied d’assises de la violence, «il est vrai que nous n’avons pas répondu à l’UGAF, qui est une amicale des arbitres, pas un syndicat, et ne représente donc pas l’ensemble des directeurs de jeu». Une amicale qui, selon son président, regroupe tout de même quelque 200 des 250 arbitres genevois… «De toute façon, ce n’est pas en juillet-août que nous aurions pu organiser des assises, reprend Pascal Chobaz. J’ajoute qu’il serait inutile de faire des assises sans prévoir un suivi des décisions prises. Idem pour la grève. Que va-t-il se passer le week-end suivant?» En attendant, les Genevois seront privés de football amateur durant cette fin de semaine. Seuls se disputeront les matches des plus jeunes juniors E, D et F, qui sont arbitrés par un membre du club recevant. (TDG)

Créé: 10.09.2018, 15h22

La baston du mois de juin a poussé les arbitres à réagir

Si les arbitres genevois tirent la sonnette d’alarme, c’est parce que, selon eux, la violence sur les terrains du canton a augmenté ces dernières années. Elle a même atteint son paroxysme le 10 juin à Versoix, lors de la finale pour le titre de champion de 4e ligue opposant la deuxième équipe du FC Versoix à celle du FC Kosova 2 (lire nos éditions précédentes). À la fin du mois de juin, l’Union genevoise des arbitres de football diffusait un communiqué exhortant les partenaires du football local à organiser des assises de la violence. Une missive restée quasi lettre morte (lire ci-dessus).
Ce dimanche 10 juin, une bagarre générale a en effet éclaté en seconde période d’un match déjà houleux. Précisons que l’arbitre n’a pas été pris à partie. Ce sont les joueurs des deux équipes et des supporters qui se sont battus comme des chiffonniers. Avec, à la clé, deux blessés – dont un grave – dans les rangs versoisiens.
Cette baston hors du commun a débouché sur plusieurs interpellations et des dépôts de plaintes pénales, avant que le Ministère public ne procède à une bonne dizaine d’auditions de plaignants comme de suspects.
Dans le détail, à la fin du mois de juillet, six joueurs du FC Kosova ont été entendus comme prévenus. L’un d’eux a par la suite été mis hors de cause. Deux joueurs du FC Versoix ont également été convoqués en tant que plaignants et deux de leurs coéquipiers en qualité de plaignants et de prévenus. Enfin, dans un deuxième temps, deux autres personnes ont été entendues comme prévenus.
La procureure chargée du dossier enquête aussi bien sur des tentatives de lésions corporelles graves que sur des lésions corporelles simples, ainsi que sur rixe, voies de fait, discrimination raciale et diverses infractions à la Loi sur les étrangers. Les prévenus du FC Kosova conduits au mois de juin à la prison ont tous été libérés provisoirement, le dernier d’entre eux à la fin du mois de juillet.
Sur le plan sportif, l’ACGF (Association cantonale genevoise de football) a exclu quatre joueurs pour une durée indéterminée et l’équipe du FC Kosova 2 est exclue pour deux saisons. À noter que le FC Kosova a de lui-même retiré son équipe après les événements, sans attendre la décision de l’ACGF.

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