Soins dentaires: «Il vaut mieux être assuré qu’assisté»

Votation du 10 févrierLe comité de soutien à l’initiative populaire «Pour le remboursement des soins dentaires» ne mâche pas ses mots.

Le comité de soutien à l’initiative «Pour le remboursement des soins dentaires» a lancé jeudi sa campagne par un vigoureux brossage collectif, tout en dévoilant une dent géante.

Le comité de soutien à l’initiative «Pour le remboursement des soins dentaires» a lancé jeudi sa campagne par un vigoureux brossage collectif, tout en dévoilant une dent géante. Image: Georges Cabrera

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Le front est large: partis de gauche, syndicats de travailleurs et plusieurs associations actives dans le social ont lancé ce jeudi leur campagne en faveur du remboursement des soins dentaires. Les Genevois voteront le 10 février sur cette initiative populaire. Elle est combattue notamment par la droite, le MCG et les milieux patronaux, alors que le canton de Vaud a refusé (à 57,57%) un projet semblable en mars dernier. Pas de quoi émousser la ferveur des initiants, qui ont avancé des arguments incisifs.

Garantir l’accès aux soins

«Actuellement, seules les assurances complémentaires, coûteuses, remboursent les soins dentaires, lance Davide De Filippo, cosecrétaire général du SIT (Syndicat interprofessionnel des travailleurs). Conséquence, dans un canton comme Genève où 30 000 salariés gagnent 4000 francs ou moins, 15 à 20% d’entre eux renoncent à ces soins.»

Députée d’Ensemble à Gauche (EàG), Jocelyne Haller renchérit: «Il est incroyable de penser que la bouche ne fait pas partie de notre corps, alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère que la carie est le 4e fléau mondial. Par ailleurs, les interactions entre les problèmes bucco-dentaires et la santé ne sont plus à démontrer. Les opposants disent qu’une majorité de la population est déjà couverte pour ces soins, mais c’est faux. En dehors des personnes qui peuvent payer une assurance complémentaire, seuls les plus pauvres voient leurs frais dentaires remboursés par l’État. De notre côté, nous estimons qu’il vaut mieux être assuré qu’assisté!»

Financement paritaire

L’initiative vise à créer une assurance sociale, cantonale, qui serait financée en grande partie par des prélèvements paritaires. «Il n’y aura donc ni prime ni franchise, explique Guilhem Kokot, membre du comité directeur du Parti socialiste. Il s’agira d’une retenue sur les salaires d’environ 0,5%, soit 0,25% pour le salarié et autant pour l’employeur.» Un modèle qui reprend celui de l’assurance maternité, précise Jocelyne Haller, pour laquelle Genève avait joué le rôle de pionnier.

Ce chiffre de 0,5% est en baisse par rapport à celui qui était présenté jusqu’à présent par les initiants (1%). Pourquoi? «Nous avons affiné nos calculs, poursuit la députée d’EàG. Mais ces chiffres ne figurent pas sur le texte de l’initiative. Il appartiendra au Grand Conseil de les fixer si cela se fait par le biais d’une loi d’application, ou au Conseil d’État s’il s’agit d’un règlement d’application.»

La situation se détériore

Pour le comité de soutien, les soins dentaires ne relèvent pas de la responsabilité individuelle, mais sont un réel enjeu de santé publique. «Or, des études datant de l’an passé montrent que si la situation s’était améliorée, il y a un relâchement aujourd’hui. Par exemple, contrairement à ce que disent les opposants, les caries ont progressé de 4%», relève Marjorie de Chastonay, députée Verte.

«On constate depuis 2008 une augmentation du renoncement aux soins dentaires», renchérit Quentin Stauffer (Parti du Travail). Pour Yves Mugny, du syndicat Unia, «ce problème touche de plus en plus la classe moyenne, pour laquelle les frais dentaires sont toujours plus lourds à supporter.» Un constat relevé par l’ensemble des membres du comité de soutien.

«Il est tout simplement scandaleux qu’en 2019, les soins dentaires ne soient pas pris en charge et garantis pour tous, conclut Dorian Zaugg, membre du DAL (Défense des aînés, des locataires, de l’emploi et du social). Le non-accès à des soins médicaux essentiels est contraire à notre Constitution.» (TDG)

Créé: 17.01.2019, 20h13

Refus de la droite et du Conseil d'État

En août 2017, une majorité du Grand Conseil (droite et MCG) a refusé cette initiative. Un an plus tard, les députés ont aussi refusé un contreprojet visant à mettre en place un dispositif cantonal gratuit de prévention et de dépistage en matière de santé bucco-dentaire.

Le Conseil d’État recommande également de refuser l’initiative. Il estime notamment qu’une partie des coûts serait à la charge de l’État, qui ne peut se le permettre.
X.L.

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