«Si tu n’es pas mariée à 30 ans, les gens pensent que tu as un problème»

Sainte-CatherineTrois sociologues analysent notre rapport aux femmes qui vivent seules, en prévision d’une table ronde mercredi au Musée d'ethnographie.

L’époque (ici les années 30, à Paris) où les jeunes femmes célibataires de 25?ans ou plus portaient des chapeaux excentriques est révolue.

L’époque (ici les années 30, à Paris) où les jeunes femmes célibataires de 25?ans ou plus portaient des chapeaux excentriques est révolue. Image: R.

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«La Sainte-Catherine? Jamais entendu parler. Mais c’est vrai qu’avec mes copines, on ressent une certaine pression, on se dit qu’il faut qu’on se bouge. Si t’es pas mariée à 30 ans, les gens pensent que t’as un problème», confie Marie-Adèle Copin, 27 ans.

Si l’époque où les jeunes femmes de 25 ans ou plus toujours célibataires devaient porter un chapeau excentrique le 25 novembre pour séduire un potentiel époux semble révolue, les normes, elles, perdurent. L’association pour les femmes Bloom and Boom et le Musée d’ethnographie de Genève profitent de cette fête un brin désuète pour organiser mercredi soir une table ronde sur le célibat des femmes. Est-il aujourd’hui réellement accepté ou toujours considéré comme hors norme? Les trois sociologues qui participeront au débat ont accepté de nous livrer en primeur quelques pistes de réflexion.

«Un statut non désiré»

«Le regard sur les femmes qui habitent seules n’a pas tant évolué que cela depuis le XIXe siècle, il reste très misérabiliste, tranche Erika Flahaut, maître de conférences à l’Université du Maine, en France. Le célibat est généralement considéré comme un échec, un statut non désiré et indésirable même si la situation peut être au fond bien vécue par la personne.»

Transposée aux parcours de vie actuels, la Sainte-Catherine concernerait aujourd’hui davantage les femmes de 35 ans. Claire-Marie Copin, la sœur aînée de Marie-Adèle, sent très clairement cette limite tacite de la «mariabilité». Alors qu’elle apprécie être seule et avoir son indépendance, elle trouve malgré tout «très difficile» de se confronter aux femmes de son âge, en couple et avec enfants. «Certaines me disent que je ne dois pas finir vieille fille. Je me demande alors si ma vie est normale et parfois je culpabilise que mes parents n’aient pas de petits enfants.»

«Une image de liberté»

Serge Chaumier, sociologue français, met en évidence qu’il existe très peu de discours critique sur la famille comme institution. «C’est mal vu de remettre en question la maternité», observe-t-il. Le spécialiste observe toutefois que la scission entre la vie de couple et celle de célibataire s’est atténuée ces dernières années, ce qui a eu un impact positif sur la perception des personnes vivant seules en général. «Autrefois, les couples étaient très fusionnels et le célibat se présentait comme une forme radicale d’altérité, explique-t-il. Aujourd’hui, les deux modes de vie tendent à se rapprocher. Avec l’émancipation de la femme, les partenaires d’une union conservent davantage leur autonomie. Et les différentes formes de concubinage permettent une plus grande porosité entre les deux statuts.»

Pour Marie-Noëlle Schurmans, sociologue et professeur à l’Université de Genève, le célibataire véhicule ainsi depuis peu une image positive de «liberté et de disponibilité». Elle ajoute que l’augmentation proportionnelle du nombre de personnes vivant seules contribue également à la banalisation du statut. «Les célibataires constituent aujourd’hui une catégorie importante de population et nous ressentons cette évolution dans certaines modifications des objets du quotidien», souligne la chercheuse. Par exemple? Les portions individuelles dans les supermarchés. «Cela participe au fait que les personnes célibataires ne se sentent pas bizarres mais comme une catégorie légitime d’acheteurs.»

Sainte-Catherine 2.0 Le célibat, toujours hors norme? Ce soir de 19 h à 20 h 30 à l’Auditorium du Musée d’ethnographie de Genève. Entrée libre (TDG)

Créé: 24.11.2015, 19h14

Origine de la fête

La tradition de la Sainte-Catherine remonte au XVIe siècle. A cette époque, les jeunes filles non mariées sont chargées, le 25 novembre, de renouveler la coiffe de la statue de la sainte dans les églises. D’où l’expression «coiffer Sainte-Catherine». Puis, au fil des ans, ce n’est plus la statue qu’on va coiffer, mais les jeunes femmes qui n’ont toujours pas trouvé chaussure à leur pied à 25 ans ou plus. L’objectif du couvre-chef est alors de les désigner à la communauté comme «bonne à marier». C.G.

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