Serono déserte les terrains maudits de Sécheron et devrait les vendre en 2013

Merck SeronoHaut lieu de la production industrielle genevoise, les terrains de Sécheron ont plusieurs fois changé de main.

Le site d’implantation choisi par Serono est un lieu qui a été au centre de batailles politiques qui ont animé la vie genevoise pendant des décennies. Image: Google Earth

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Le contraste est saisissant. Alors que Merck Serono vient d’annoncer la fin de ses activités à Genève, son siège est entouré par une multitude de chantiers. Aux portes de la ville, à deux pas des organisations internationales, le quartier de Sécheron est en plein boom. Japan Tobacco construit son prestigieux quartier général mondial. L’Institut d’études internationales érige, lui, sa future Maison de la paix et un grand bâtiment se dresse déjà, qui abritera ses étudiants, ainsi qu’un grand parking. Décalage. Alors que Serono déserte la ville, une demi-douzaine de grues lancent ici le signal d’une Genève qui prospère.

Que va faire Merck Serono de son siège? Président du conseil d’administration de Merck Sereno, François Naef a affirmé que les bâtiments seraient vendus, une fois le processus de restructuration terminé en 2013, dix ans après la première pierre du complexe dans lequel Ernesto Bertarelli a investi plus de 350 millions de francs.

L’avenir de ce bien immobilier est loin d’être anodin. Par sa taille d’abord. Les terrains représentent une surface gigantesque de 43?000?m2, dont une partie est vierge de constructions, alors que les bâtiments, eux, proposent près de 60?000?m2 de bureaux. Mais c’est surtout en raison de leur histoire que ces terrains vont focaliser l’attention.

Le site a en effet été le théâtre d’une incroyable saga politico-économique. Après avoir abrité durant près d’un siècle des industries (on y a même fabriqué des voitures au début du XXe siècle), il a symbolisé la chute du secteur secondaire à Genève. L’affaire des terrains de Sécheron a commencé en 1989. Le géant helvético-suédois ABB, alors en très bonne santé, décide de quitter Genève et de vendre ces terrains, en profitant du boom immobilier. Après d’interminables péripéties, c’est le promoteur Nessim Gaon qui s’en empare, non sans devoir assurer la pérennité de certaines entreprises. La classe politique se déchire. Faut-il maintenir de l’industrie sur ce site ou l’abandonner à la promotion immobilière?

Serono menace de partir

La chute de Nessim Gaon permettra à la Banque cantonale de reprendre ces énormes parcelles via ses sociétés de portage. Mais celles-ci finiront piteusement dans le giron de la Fondation de valorisation au moment de la déroute de la banque.

C’est donc avec soulagement que l’on apprend, en 2000, que Serono veut acquérir ces terrains pour y regrouper ses activités. Certains font la fine bouche mais, à défaut de solution, Serono menace de quitter Genève. En 2003, la transaction est passée pour un prix de 58 millions de francs.

Les projets de Serono sont ambitieux. Il prévoit, dans une première étape, de réaliser un grand bâtiment dessiné par les architectes Murphy & Jahn. D’un coût de 350 millions, il sera inauguré en 2006, au moment même où l’allemand Merck rachète Serono. Une deuxième étape était prévue sur une parcelle adjacente. Elle n’a jamais été entièrement réalisée. Selon des courtiers que nous avons interrogés, la vente du site ne sera pas des plus aisées. «Le bâtiment a été conçu spécialement pour la société, rappelle Jean Golinelli, de CB Richard Ellis. C’est le genre de sur-mesure qu’il n’est pas facile de commercialiser. D’autant plus que la demande s’est plutôt contractée.»

Un autre courtier, qui souhaite garder l’anonymat, partage ce point de vue. «La vente sera d’autant plus compliquée que le bâtiment a misé sur le prestige avec un grand atrium qui est cher à l’entretien. Mais comme le site comprend plusieurs bâtiments, on peut envisager une vente morcelée.»

Créé: 25.04.2012, 07h39

Vers un déclassement?

Les terrains sont en zone industrielle. On ne pourra donc pas y installer n’importe quelle activité. Certains seront-ils tentés dès lors de modifier le régime des zones? Dans ce cas, il faudrait l’accord du Grand Conseil. Le meilleur moyen pour relancer la saga des terrains de Sécheron.

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