Selon l’écologie industrielle, les déchets ont aussi une valeur

EcologieLes écoparcs incitent les entreprises à partager les ressources. Le point avec Suren Erkman, présent au Meyrin Economic Forum.

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Les déchets d’une entreprise peuvent devenir la matière première d’une autre. L’eau de refroidissement d’un procédé peut servir pour chauffer les locaux d’une entreprise voisine. Un cercle vertueux s’installe, basé sur la réutilisation en cascade des ressources. Cette idée fait son chemin. A Genève, les zones industrielles mettent en place des écoparcs dans l’idée de mutualiser les ressources. Il sera ainsi question d’écologie industrielle lors du Meyrin Economic Forum, organisé par la Commune, qui se tient aujourd’hui dès 16 h 30 à l’Aula des Boudines. Un homme travaille sur ce concept depuis plusieurs années. Biologiste et philosophe de formation, journaliste de métier, Suren Erkman enseigne à l’Université de Lausanne et gère une entreprise de conseil. Il donnera une conférence sur ce thème.

Suren Erkman, en quoi consiste ce concept d’écologie industrielle?

Ce concept n’est pas une idéologie. L’écologie est à prendre dans le sens scientifique de l’étude des écosystèmes, c’est-à-dire de notre système économique industriel pris au sens large, comprenant l’industrie mais aussi l’agriculture, la finance ou la biotechnologie. Un système qui, après deux siècles d’existence, n’a pas dit son dernier mot. L’écologie s’intéresse à sa dynamique d’évolution et à ses interactions avec la biosphère.

Mais quel est le lien avec la protection de l’environnement?

L’écologie industrielle examine notre système économique sous l’angle de son métabolisme, qui consiste à comptabiliser les ressources prélevées dans l’environnement, utilisées puis rejetées. L’étude du métabolisme industriel nous montre que notre système n’est pas viable, car il épuise les ressources et génère de la pollution.

Une étude a montré que la principale ressource utilisée par Genève, c’est l’eau.

Oui, l’eau reste un élément absolument décisif, dont plus d’un tiers est consommé par les ménages. Le deuxième flux de matière, ce sont les matériaux de construction. Viennent ensuite les produits alimentaires et enfin le bois et le papier, etc. Ces différents apports, auxquels il faut ajouter l’énergie, peuvent être mesurés. On peut aussi calculer les flux sortants et ainsi dresser un bilan global de la masse des ressources et de l’énergie consommées et rejetées. Cela permet de constater le caractère durable ou pas d’un système, et proposer des pistes pour y remédier.

Comment appliquer cette approche aux entreprises?

C’est l’objectif des écoparcs: valoriser les ressources en les mutualisant ou en les recyclant. Par exemple, l’eau que rejette une usine pharmaceutique peut être réutilisée par une centrale à béton. Les solvants ou les acides peuvent aussi être régénérés et servir à de multiples usages. Le CO2, souvent émis en quantité dans les zones industrielles, pourrait être capté et transformé en produits plastiques. La création de ces cycles de réutilisation fait sens d’un point de vue économique et favorise l’ancrage des entreprises dans un territoire car elles sont intégrées dans un réseau. Et c’est bénéfique pour l’environnement.

On peut aussi appliquer cette approche aux ménages?

Bien sûr. On peut récupérer le phosphore présent dans les urines et en faire des engrais. On développe ainsi une boucle locale de nutriments.

L’Etat a-t-il un rôle incitatif à jouer?

Oui. Les entreprises hésitent parfois à s’engager par crainte des risques. L’Etat peut l’endosser au départ pour lancer le processus.

Genève n’est-il pas à la traîne sur toutes ces questions?

Pas du tout. Genève a par exemple favorisé le recyclage des déchets de chantiers. Il a adopté une loi avant-gardiste sur l’énergie. Il a aussi contribué à des projets tels que Genève Lac-Nations, qui prélève l’eau du lac pour rafraîchir et réchauffer de nombreux bâtiments. Le Canton a une approche très dynamique et volontaire. Il est l’une des seules collectivités publiques à avoir intégré la notion d’écologie industrielle dans sa Constitution. Genève n’a pas à rougir de ses efforts.

Pour en savoir plus www.meyrin.ch. A lire également: «Vers une écologie industrielle», de Suren Erkman, disponible sur www.eclm.fr. L’Etat publie aussi des études sur ge.ch/environnement, chapitre écologie industrielle. (TDG)

Créé: 31.01.2017, 10h55

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Suren Erkman enseigne à l’Université de Lausanne et gère une entreprise de conseil. (Image: DR)

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