Second souffle pour un orgue unique en Suisse

GenèveL’instrument conçu pour le cinéma muet croupit dans l’aula du Collège Claparède. Une association veut lui redonner vie.

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Il est tapi dans un coin de la scène, étouffé sous une housse sombre. On ouvre le linceul, dévoilant un, deux, trois claviers. Soudain, le voilà nu, ses courbes blanches rehaussées de dorures et de lumières. Cet orgue de cinéma original, unique en Suisse, a entonné la bande-son des films muets à Londres dans les années 30 mais croupit aujourd’hui dans l’aula du Collège Claparède. Il n’est tiré de sa torpeur que quelques fois par an pour un concert ou une visite. Une association vient d’être constituée pour lui redonner vie.

L’histoire de cet instrument commence à Londres, en 1932. «A l’époque, on improvisait la bande-son des films muets au piano, et pour les cinémas plus luxueux à l’orgue, car on n’avait pas encore trouvé le moyen de synchroniser l’image avec le son, explique Nicolas Hafner, organiste et musicien professionnel. Les gens venaient pour voir un film mais aussi écouter de la musique.»

A la fin des années 70, ce genre de représentations diminue et l’orgue est mis aux enchères. Un Genevois, membre d’une association des amis de l’orgue du cinéma, convainc l’Etat de l’acheter. Lorsqu’il faut lui trouver un toit, le directeur du Collège Claparède propose son aula, en guise de salle de spectacle.

Vaisselle brisée et rossignol

Quarante ans plus tard, certains enseignants et élèves ignorent que leur collège héberge un tel instrument et ses deux grandes «chambres». A l’arrière de la scène, une porte ouvre sur un imbroglio de tuyaux, — en cuivre, en bois, taillés en biseaux ou carrés —, des planches, des fils, une grosse caisse, des cymbales… L’ensemble est si complexe qu’il a fallu un an pour l’installer. Car l’orgue de cinéma est un orchestre à lui tout seul. Il chante comme son cousin d’église mais ses touches peuvent aussi déclencher des percussions — des castagnettes au tambour —, des flûtes et même reproduire des bruitages particuliers: le son des sabots, de la vaisselle brisée lors de scènes de ménage (une chaîne métallique en mouvement), le mugissement du vent ou encore le chant d’un rossignol (un sifflet immergé à moitié dans un bol d’eau). Le tout fonctionne grâce à un système électrique et pneumatique.

Un piano fantôme

Avec ces centaines de possibilités sonores, accompagner un film muet devient une véritable performance pour les organistes. «On regarde le film avant, on prend quelques notes pour savoir à quel moment il y a une chute, par exemple, ou l’entrée de tel personnage, on invente un thème, et surtout on improvise beaucoup!» explique Vincent Thévenaz, organiste et carillonneur de la Ville de Genève.

«Attendez, je vais encore vous montrer quelque chose d’amusant: le piano fantôme», sourit Nicolas Hafner. Il découvre un piano à l’autre bout de la scène, appuie sur un bouton, retourne à son orgue et les touches du piano se mettent à bouger toutes seules. «L’orgue est relié au piano, cela permettait de jouer des passages d’un pianiste au bar ou de changer un peu le style de sonorité.»

La démonstration fait son effet sur les classes du primaire qui viennent découvrir l’instrument. «Sa présence amène un plus pour le Collège et cela fait partie de l’offre de notre option musique, rapporte la directrice de l’établissement, Madeleine Rousset. Des élèves ont même créé un film muet et le ciné-club organise chaque année une projection accompagnée à l’orgue. La salle est toujours pleine!» Malgré tout, l’instrument reste sous-utilisé. Une association «des amis de l’orgue» vient d’être créée pour assurer l’entretien de cet octogénaire, relancer sa carrière et lui permettre à nouveau de briller dans l’ombre d’un film muet. Pour informations, s’adresser au secrétariat de Claparède. (TDG)

Créé: 28.01.2013, 10h47

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