Robert Hyppolite file à bord de son vélomobile

Ces Genevois qui se déplacent différemment (1/6)L’informaticien des Eaux-Vives roule à bord d’un tricycle électrique protégé par un carénage.

L’informaticien effectue les livraisons à bord de «Rasta Rocket II». Question sécurité, il ne dépasse pas 30 km/h et a installé un drapeau au bout d’une antenne pour être vu.

L’informaticien effectue les livraisons à bord de «Rasta Rocket II». Question sécurité, il ne dépasse pas 30 km/h et a installé un drapeau au bout d’une antenne pour être vu. Image: Lucien Fortunati/Tribune de Genève

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Les enfants le montrent du doigt. Les passants, eux, ont beau l’avoir vu et revu, ils ne peuvent s’empêcher de s’arrêter et de scruter l’engin. Vu de haut, le vélomobile de Robert Hyppolite semble glisser à ras le sol. Sa tête à lui dépasse à peine du fuselage blanc. Mains sur le guidon, doigts sur les freins et regard concentré, à l’affût des dangers pouvant surgir de chaque côté de la route. Au sommet de son casque, une caméra: «Je filme les réactions des passants, il y en a tellement», sourit l’homme qui a pour ambition d’utiliser les images captées à son passage pour un film.

Passons le volet cinématographique. C’est l’engin qu’on est venu voir, l’homme qui actionne les pédales et comment il se meut dans le trafic genevois. On pourrait croire le vélomobile de Robert Hyppolite une lubie passagère, un achat compulsif qui, tel une machine à pain ou un appareil à abdominaux, finit vite à la cave. Mais non. Depuis huit ans, le quinquagénaire rayonne à bord de son tricycle électrique pour les besoins de son métier de dépanneur informatique. Le compteur affiche environ 5000 kilomètres avalés chaque année sur les routes du canton. A la différence d’un vélo couché, un carénage aérodynamique offre protection. «Récemment, j’ai été touché par un camion. La carrosserie m’a sauvé. Sans cela, j’étais happé sous la roue.»

Jamais au-delà de 30 km/h

Les premières questions des curieux portent naturellement sur la sécurité. L’informaticien basé aux Eaux-Vives a bien installé un drapeau au bout d’une antenne, mais à force de raser le bitume, ne devient-on pas invisible? «J’ai appris à adapter la conduite», a pour habitude de répondre Robert Hyppolite. En somme, il ne circule jamais au-delà de 30 km/h en ville, évite les angles morts comme la peste et ne dépasse pas les camions. Si les autres cyclistes de cette ville ont le respect fluctuant des feux de signalisation, lui s’est donné pour règle de ne jamais griller un feu rouge. La bienveillance suffit-elle dans le trafic? En huit ans au guidon de son vélomobile, deux véhicules motorisés plus massifs sont venus amocher sa carlingue. Comme les autres cyclistes, il a glissé sur ces maudits rails de tram, un jour de pluie. Inconvénient du tricycle: il risque de capoter.

Volé et retrouvé deux fois

Enfin, ceux qui font de Genève une capitale du vol de vélos n’épargnent pas les objets atypiques. Deux fois, il a fallu alerter la police, lancer de grands appels sur les réseaux sociaux et dans la presse. Deux fois, le tricycle électrique a été retrouvé rapidement. «Le mec qui vole ça est un con, il se fait tout de suite repérer», tempête (à raison) Robert Hyppolite.

Pourtant, l’informaticien ne remet jamais en question son choix. «Aujourd’hui, je ne saurais pas quel autre moyen de transport choisir», dit-il. Il a bien essayé la moto, «mais Genève est un enfer, même pour se parquer». Dans les années 90, il a été l’un des premiers à miser sur un prototype de voiture électrique. Mais c’est un rêve de gamin qui l’a conduit à pédaler enveloppé dans un vélomobile. A peine évoque-t-il son lointain désir de caisse à savon que son visage s’illumine. «J’ai toujours voulu une petite voiture à pédale. Sans pédale, je suis malheureux. C’est mon fitness à moi.» Ainsi, quand un ami lui parle d’un constructeur néerlandais, il file vers le nord en camionnette. Le premier vélomobile qu’il ramène est dépourvu de moteur. Il sera affublé du surnom de «Rasta Rocket» avant qu’un accident ne l’endommage partiellement et que son propriétaire ne le revende.

Le vélomobile que l’on scrute aujourd’hui dans les rues de la ville se nomme «Rasta Rocket II». Si Robert Hyppolite a dû refaire le voyage aux Pays-Bas, il s’est arrêté au retour chez un marchand allemand capable d’électriser sa machine (inscrite dans la catégorie des motocycles légers). Coût total: environ 12 500 francs. Une somme largement amortie, au dire de son propriétaire. D’autant qu’il roule été comme hiver. L’engin a pour avantage de protéger du vent mais n’épargne pas le visage et le haut du torse en cas de pluie. Rien de rédhibitoire. Et parce que la mobilité est souvent affaire de conviction et d’obstination, Robert Hyppolite «rêve déjà du prochain vélomobile». Un projet est en cours, annonce-t-il. «Ce sera peut-être une création genevoise.»

(TDG)

Créé: 06.08.2017, 16h05

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