Reportage dans une Migros qui doit fermer en urgence

Insolite Le gros bâtiment des 89, 91 et 93, rue de la Servette présente des problèmes de structure. Émotion dans le quartier, privé du jour au lendemain de son enseigne la plus populaire. Le McDonald's doit également fermer.

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Le gros immeuble qui abrite notamment la Migros de la Servette doit être vidé «pour raisons techniques». Locataire de quelque 1800 m2 de surfaces de vente dans l’immeuble situé au 93, rue de la Servette, Migros Genève annonce en effet, dans un communiqué tombé mercredi en début de soirée, «être contrainte de prendre la décision de fermer son magasin et son take-away par mesure de précaution dès ce jeudi 3 octobre».

La nouvelle, plutôt radicale dans ses conséquences immédiates, a été bien gardée. À 18 h 45, ce mercredi, l’enseigne populaire affiche complet. Du monde partout, les clients font la queue aux caisses et les étalagistes continuent à remplir les rayons pour préparer l’ouverture du lendemain.

«Bouquet surprise»

Dix minutes plus tard, une voix enregistrée répète son avertissement quotidien: «Nous vous informons que votre magasin ferme ses portes dans cinq minutes.» Il ne les rouvrira pas de sitôt. Cela se lit sur les visages des employés, priés de rester sur les lieux pour une communication importante à la fin de leur journée de travail. À 19 h 15, ils font cercle devant l’équipe dirigeante, face aux rayons des fleurs, surplombés d’un panneau indiquant que le «bouquet surprise» est à moitié prix.

Sacrée surprise: la séance de crise dure le temps d’une mi-temps de foot. À 20 h, les salariés se dispersent en silence. Ils ont reçu pour consigne de ne parler à personne en sortant sur le trottoir, adoptant la démarche pressée du voleur à l’étalage. «On ne dira rien», lâche le préposé aux légumes croisé plus tôt dans la soirée.

Une information quand même, attrapée au vol: «Il nous reste deux jours de travail sur le site. D’ici à vendredi en fin de journée, on doit tout vider», glisse un vendeur, impatient de rentrer chez lui. Et après? «Ils vont nous mettre ailleurs.» Le géant orange a le mot bref. C’est beaucoup plus animé juste à côté. Car l’enseigne McDonald’s doit elle aussi fermer, en se calant sur un horaire qui n’est pas le sien. D’habitude, la cuisine rapide de la Servette, c’est jusqu’à 1 h du matin. Les gens qui arrivent ont faim et cela se voit.

Séance de crise

La séance de crise, ici, vient de se terminer. Elle s’est tenue en sous-sol, dans la salle réservée aux anniversaires. Les cadres remontent l’escalier. L’un d’eux est arrivé de Zurich l’après-midi même. On lui a confié la tâche la plus ardue: informer la clientèle que le cheeseburger, c’est à Balexert qu’il faut désormais aller le commander.

Début d’attroupement et incompréhension générale. Une jeune femme veut forcer le passage: «Moi, je n’y crois pas, j’entre. Regardez, il y a encore des gens attablés à l’intérieur.» Oui, mais plus pour longtemps. On les prie de quitter l’établissement la frite à la bouche, sans leur expliquer les motifs de ce repas privé de dessert. Sinon cette demi-phrase, répétée en boucle: «Pour des raisons de sécurité…»

Les rumeurs remplacent la comm'

De quoi ouvrir grande la porte à toutes les rumeurs. Le quartier en connaît un bout sur les évacuations, nids de blessés et autres relogements forcés. Il a déjà eu son incendie sur cette même rue de la Servette; alors, quand on lui parle sécurité, il commence par demander où sont les pompiers. Nulle part. Pour une fois, les ingénieurs civils sont passés avant les flammes.

L’adresse est soudainement inhabitable, il faut débarrasser sans plus tarder les denrées périssables. Flanqués de leurs casquettes, les employés se muent en éboueurs, remplissent des sacs de 110 litres à la vue des badauds. L’un d’eux assure le commentaire de proximité: «Le service d’hygiène a dû passer dans la journée. De toute façon, notre quartier est pourri.»


Que vont faire les deux propriétaires?

La décision de Migros fait suite à la recommandation de la société zurichoise Great Swiss Stores (GSS) AG, propriétaire du bâtiment sis au 93, rue de la Servette. Mais, selon nos informations, les bâtiments des numéros 89 et 91, appartenant à la société immobilière cotée en Bourse La Foncière sont aussi concernés. Ils datent de 1962. Cette société est l’un des gros propriétaires immobiliers du canton, possédant plus de quarante immeubles (presque tous à Genève sauf trois à Onex, un à Lancy et un à Carouge) totalisant près de 1300 logements.

Le 91 n’est occupé que par des bureaux mais dispose de surfaces commerciales de 1880 m2. En revanche, le 89 regroupe 25 logements. La valeur de chaque immeuble est de 8 millions de francs environ, selon la Foncière. Les locataires doivent-ils aussi évacuer leurs logements? Si oui, cette société a-t-elle prévu de les reloger et de les indemniser? Ce propriétaire n’a pas répondu, hier soir, à ces questions.

En revanche, Benno Affentranger, porte-parole du groupe Bouygues à Zurich, a expliqué les raisons de la fermeture du 93, rue de la Servette, propriété de GSS mais géré par une société du géant français: «le propriétaire prépare une importante rénovation. Mais, en ayant découvert des problèmes liés à la structure du bâtiment, il n’a voulu courir aucun risque. Les bureaux situés dans les étages sont vides depuis longtemps.»

Diverses options doivent encore être examinées et, ajoute Benno Affentranger, les types de travaux à entreprendre ainsi que leur durée ne sont pas encore connus.

Selon la Migros, GSS avait en effet «commandé des études d’ingénierie dans le cadre d’un projet de rénovation de l’immeuble» avant de découvrir «un problème relatif à la structure du bâtiment» et «la nécessité d’entreprendre des opérations de consolidation non réalisables durant l’exploitation du magasin».

De nombreuses questions restent encore en suspens. Pourquoi les divers propriétaires des immeubles n’ont-ils pas pris des mesures plus tôt? Des programmes d’investissement ont-ils été envisagés en temps utile? Une démolition pure et simple est-elle à l’étude? Roland Rossier

Créé: 02.10.2019, 19h22

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