Rénové, un vapeur légendaire du XIXe pourrait à nouveau voguer sur le Léman

PlaisanceConstruite à la fin du XIXe siècle, «La Peccadille» a coulé des jours heureux sur le Léman. Des Genevois la sauvent et la font rénover.

Rénovation du bateau Peccadille.

Rénovation du bateau Peccadille. Image: DR

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Qui connaît La Peccadille? Peu de monde, sans doute. Pourtant, d’ici à trois ans, ce vapeur plus que centenaire pourrait à nouveau croiser sur le Léman. Grâce à des Genevois passionnés, le vénérable navire de plaisance se refait actuellement une beauté dans un chantier naval lucernois.

Il ne s’agit pas d’un lifting, mais bien d’une rénovation lourde. «L’idée est de le mettre à disposition pour des sorties publiques et privées», explique Pascal Grosjean, président de l’Association pour la sauvegarde de La Peccadille (ASP). «Dans ce but, nous voulons lui rendre sa silhouette d’origine et le retaper de la cale à la cheminée.» Car c’est à ce prix – qui avoisine les 800 000 francs! – que ce bateau légendaire pourra à nouveau servir.

Le rival du «Gitana»

La Peccadille n’est pas une embarcation comme les autres. Elle est l’un des derniers témoins de la navigation de plaisance du XIXe siècle sur le Léman, titre honorifique qu’elle partage avec La Walkyrie, toujours en activité.

Le yacht à vapeur voit le jour en 1897 en Angleterre. La commande provient d’Henri Say, fondateur de raffineries françaises de sucre et résident à Prangins (VD), au bord du lac. Baptisé Sevillana par son premier propriétaire, il arrive en cinq pièces détachées. Après leur montage, il dévoile ses lignes profilées. Certes, les dimensions sont imposantes: 23,5 mètres de long et 3,3 de large, pour un poids avoisinant les 17 tonnes. Il peut embarquer 24 passagers. Mais il rivalise avec le Gitana de la famille Rothschild et bat des records de vitesse.

Mystérieuses disparitions

L’histoire de La Peccadille a débuté. Elle sera mouvementée. Tel le monstre du Loch Ness, le navire se plaît à disparaître, pour mieux remonter à la surface. Ainsi, il plonge dans l’anonymat dès 1902. Mais grâce aux recherches effectuées par l’ASP, on retrouve son sillage en 1936. Il appartient désormais à un prince perse domicilié à Coppet (VD), qui le rebaptise Deria I Nour («Mer de Lumière»).

En 1947, un certain Jean Tremolières le rachète pour, selon ses termes, une peccadille – même si on ne connaît pas la somme exacte – et donne ainsi son nom actuel au vapeur genevois.

La chaudière, elle, ne résiste pas à l’usure des ans. Elle explose au début des années 50 et est remplacée par un moteur diesel. D’autres modifications sont apportées à la structure du navire.

«La Peccadille» coule

Passant aux mains du ferrailleur André Jordan, La Peccadille, victime d’un fort coup de bise lors de l’hiver 1962-1963, coule dans le port de la Société nautique de Genève! On parvient à la renflouer. Son nouveau propriétaire, André Brugger, la remet en état et, pour la consoler, lui offre un moteur tout neuf. Pour l’anecdote, en 1968, l’acteur et chanteur français Guy Marchand monte à son bord à l’occasion d’une émission de la RTS d’alors qui se déroule entièrement sur le vapeur.

Au début des années 70, André Brugger et David Ades se partagent La Peccadille et la font voguer régulièrement sur le Léman. C’est l’âge d’or. David Ades finit par devenir seul propriétaire du bateau. Lorsqu’il décède en 2010, il le lègue à ses petits-enfants. Christopher Odier est l’un d’eux. Membre fondateur de l’ASP, c’est lui qui a conduit les recherches historiques.

Recalé à l’expertise

Le bateau n’a plus vogué depuis. Amarré aux Eaux-Vives, il a traversé le lac en mai dernier jusqu’à Mies (VD), afin d’être sorti de l’eau. Direction le chantier naval Shiptec, à Lucerne.

Pourquoi ce départ? «En 2016, La Peccadille devait passer l’expertise, dévoile Pascal Grosjean. On a commencé le grand nettoyage, vidé de l’eau et beaucoup d’huile qui croupissait dans son vieux moteur. On l’a assainie du mieux qu’on le pouvait, on y a passé de nombreux week-ends. Mais elle a été recalée. D’où la création de notre association, en 2017, afin de lui redonner vie.»

Même s’il manque aujourd’hui plusieurs centaines de milliers de francs, l’ASP a bon espoir. «Ce vapeur de plaisance, au style très aristocratique, c’est le chaînon manquant de la flotte lémanique, entre les navires Belle Époque de la CGN et les yachts de transport professionnel. On va tout faire pour lui redonner ses lettres de noblesse», assure le président de l’ASP.

En 1936, le bateau appartient à un prince perse, domicilié à Coppet (VD), qui le rebaptise «Deria I Nour», soit «Mer de lumière

Créé: 18.08.2019, 15h58

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