«Rendez-nous la vue sur le pont de la Jonction»

AménagementLe garde-corps initial a été rehaussé pour des questions de sécurité. Les effets sont dénoncés par une majorité de citoyens.

Pour les citoyens membres du Forum démocratie participative, il faudrait repenser la structure des barrières.

Pour les citoyens membres du Forum démocratie participative, il faudrait repenser la structure des barrières. Image: Laurent Guiraud

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Ils l’ont en travers des yeux depuis plus de trois mois et n’entendent pas en rester là. Ils, ce sont les citoyens qui empruntent régulièrement le pont ferroviaire de la Jonction. Verni en janvier, dans le froid de l’hiver, cet ouvrage rénové en profondeur – deux ans de travaux dans le cadre du projet CEVA – continue à susciter de nombreuses critiques. Un détail ne passe pas: le rehaussement de son garde-corps à des fins sécuritaires.

La proposition argumentée émanait au départ de l’Association Stop Suicide. Une hauteur dissuasive à 1,80 m, bien accueillie par la Ville, en charge de la passerelle piétonne longeant les voies. Plus fraîchement reçue en revanche par la Commission des monuments, de la nature et des sites (CMNS), considérant, sans doute à raison, que la valeur patrimoniale de ce pont-belvédère risquait d’être touchée en son cœur: la vue. Après négociation, centimètre par centimètre, face à un conseiller administratif, Rémy Pagani, penchant plutôt du côté de la sécurité, décision fut prise de rehausser jusqu’à 1,55 mètre au-dessus du sol ce qui, jusque-là, ne dépassait pas les 1,10 m de haut.

Indignation générale

Le demi-mètre de la colère. Elle ne cesse, elle aussi, de croître. L’indignation est en effet générale. Le Forum démocratie participative, servant de tribune libre aux habitants et associations des quartiers de Saint-Jean et des Charmilles, s’en est fait récemment l’écho. Il y avait du monde autour de la table pour fustiger cette réalisation architecturale: «C’est horrible, on n’a jamais vu ça. On a supprimé l’esthétique, la poésie, l’émotion: le résultat est catastrophique.» Revenue de sa colère, une voix féminine a même osé cet aveu: «J’ai pleuré comme une Madeleine en découvrant cette barrière de prison. Depuis, je suis complètement déprimée.»

Des larmes qui réclament réparation. Ou, si l’on préfère, «une nécessaire réappropriation». Par les idées d’abord; cela va plus vite et l’on récupère un peu du rêve volé. C’est à cette tâche que le Forum s’est attelé en deuxième partie de séance, animée et féconde. Concrètement, les barrières de la discorde étant formées de plusieurs modules, il est possible d’imaginer que «certains soient transformés ou carrément remplacés». Dans le but par exemple «d’ouvrir des fenêtres dans la partie supérieure, d’aménager des hublots ou des ouvertures vitrées permettant la vue, de remplacer des éléments par des panneaux en verre trempé.»

La hauteur des yeux

L’un dans l’autre, c’est toute la structure existante qu’il s’agirait de repenser. Sur la base de cette remarque pleine de bon sens: «La hauteur de nos yeux est inférieure à notre taille. Si je mesure 1,67 mètre, je ne vois pas par-dessus le garde-corps actuel.» En plus utopique encore, formulé par un participant qui connaît bien son urbanisme local: «Pourquoi ne pas viser une transformation complète? Le réaménagement du pont de la Jonction est, dans son résultat formaté, symptomatique de la réalisation du CEVA, qui néglige les franges du projet.»

Une prochaine réunion doit être agendée, à l’initiative du Forum, avec invitation conjointe à Stop Suicide, la Ville de Genève et la CMNS. Elle sera publique et promet de faire salle comble sur les voies couvertes de Saint-Jean. (TDG)

Créé: 09.05.2018, 09h42

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