Relancer le Grand Genève: Bertrand Buchs face à Grégoire Carasso

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Le premier projet d’agglomération franco-valdo-genevois a été signé en 2007. À l’origine, il répondait à la demande de la Confédération de présenter des projets structurés pour développer les transports urbains et périurbains. Un crédit de 6 milliards était alors en jeu, dont le CEVA et trois lignes de tram ont reçu la part du lion. Plus politiquement, le Grand Genève, c’est l’engagement du Canton de loger davantage ses travailleurs et celui de la Région et des Départements de la Haute-Savoie et de l’Ain de faciliter l’installation des entreprises. Aucun des partenaires n’a rempli son mandat. Le vote en 2014 sur les parkings a stoppé la dynamique du Grand Genève, la construction du CEVA aussi, qui a englouti des centaines de millions. Au début de cette législature, la question est donc ouverte: comment relancer le Grand Genève? Voici le point de vue de Bertrand Buchs, député PDC et celui de Grégoire Carasso, député socialiste. Vos propositions sont les bienvenues à courrier@tdg.ch

Cinq pas pour bâtir le Grand Genève

Bertrand Buchs, député PDC

Cette nouvelle législature devra avoir comme priorité la question du Grand Genève. Nous savons que le développement de Genève est de plus en plus remis en question. La population a de la peine à admettre que l’aéroport doive augmenter son trafic, que les zones déjà construites se densifient, que les nuisances dues à la pollution sonore et atmosphérique augmentent, que la mobilité de tout un chacun soit compromise. Il existe un sentiment d’étouffement bien réel.

Tout bêtement, le canton de Genève ne peut pas, géographiquement, assumer son développement. Cette interrogation ne date pas d’hier mais de la création du canton. Genève est la capitale naturelle d’une zone comprenant toute la Haute-Savoie, une partie de la Savoie et une partie de l’Ain. Par contre, je ne pense pas que le district de Nyon en fasse partie.

Si nous voulons pouvoir donner une réponse crédible aux interrogations des Genevois, il va falloir avoir le courage d’innover et d’entreprendre.

Premièrement, toute démocratie fonctionne grâce à une gouvernance partagée. Si nous voulons régler nos problèmes de logement, de postes de travail, de mobilité, de pollution, de zones industrielles, il va falloir partager le pouvoir et inventer un système participatif transfrontalier. La politique du «faites ce qu’on vous dit et taisez-vous» est terminée. Le MCG et l’UDC sont clairement affaiblis. Nous avons maintenant le temps de construire quelque chose avec la France voisine et le Canton de Vaud. La fenêtre d’opportunité est courte, environ quatre ans.

Premièrement, il va falloir créer une assemblée du Grand Genève avec des droits et des devoirs. Cette idée doit être prioritaire, et une votation devra permettre aux Genevoises et Genevois de s’exprimer.

Deuxièmement, revoir les projets de développement. Imaginons une renégociation sur les zones franches, une réinvention de ces zones qui, selon le droit international, sont toujours en fonction, donnant la possibilité de créer des zones industrielles sous droit suisse comme à l’aéroport de Bâle. Avec une idée centrale: ne pas éloigner logements et emplois, permettant d’éviter de longs trajets.

Troisièmement, discuter le développement des nouveaux quartiers, de part et d’autre de la frontière, et leur connexion avec les transports en commun.

Quatrièmement, parler clairement de la mobilité en France, et non seulement à partir de Genève en direction de la France. Le Léman Express va entrer en fonction alors que l’état de lignes ferroviaires et de lignes de bus en France est problématique. Il va aussi falloir revenir sur le développement de parkings relais connectés à des lignes de bus fonctionnelles et rapides.

Cinquièmement, se demander si le Canton ne devra pas financer des infrastructures ailleurs que sur son territoire.

La construction du Grand Genève doit se faire et on ne peut plus la remettre à plus tard. Cette législature doit en faire sa priorité numéro 1.

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C’est en cours, gare à ne pas dérailler!

Grégoire Carasso, député socialiste

Le Grand Genève, l’agglo, la région, le transfrontalier, franco-valdo-genevois… autant de termes qui sonnent souvent creux aux oreilles de nos concitoyen-ne-s, quand ils ne sont pas carrément jugés barbants! C’est pourtant à cette échelle qu’on trouve bien des clés pour travailler sur les deux premières préoccupations politiques des Genevois-es (sondage «Tribune», 10 mars 2018): le logement et la mobilité.

Deux événements récents symbolisent à l’évidence ces liens. Lundi dernier, la ligne de train Coppet-Lancy-Pont-Rouge a commencé ses cadences au quart d’heure, préfigurant la révolution de la mise en service, en décembre 2019, du Léman Express. La veille, dimanche 10 juin, près de 62% des citoyen-ne-s du canton ont accepté la loi relative à l’aménagement de l’immense quartier Praille-Acacias-Vernets (PAV), porteur d’un potentiel de plus de 12 000 logements.

Ces deux étapes illustrent à nos yeux la volonté de sortir par le haut des frustrations liées, pour faire simple, aux bouchons et hausses de loyers. Avec le Léman Express, la région va se doter de la colonne vertébrale qui lui manquait pour structurer la mobilité d’une agglomération parmi les plus dynamiques d’Europe. Mais cette infrastructure ferroviaire ne saurait suffire pour accompagner un développement durable de la région. Genève doit en parallèle construire environ 2500 logements par an afin de soulager la pression sur le territoire en périphérie et celle exercée sur les prix des habitations. Le PAV y contribuera substantiellement.

Ces perspectives se dessinent alors que les forces politiques favorables au repli et à la fermeture des frontières ont reculé aux dernières élections cantonales. Autant d’éléments qui laissent penser que la relance du Grand Genève est sur les rails.

À nos yeux, en parallèle de ces efforts sur les infrastructures, la prise en compte de deux enjeux nous évitera de dérailler à l’avenir: la cohésion sociale et la fiscalité. En premier lieu, personne ne devrait être exclu du marché du travail. Face aux évolutions technologiques et à une forte concurrence, il faut que Genève donne la possibilité à tout adulte de bénéficier de conditions lui permettant de reprendre un cursus complet de formation.

En second lieu, une inflexion du credo fiscal fédéral relatif à l’imposition des personnes physiques sur le seul lieu de domicile est nécessaire. Les résidents français qui sont salariés à Genève paient une grande partie de leurs impôts sur leur lieu de travail; il serait temps que les Confédérés en fassent de même, à moins que la péréquation fédérale ne soit modifiée (en 2018, notre canton paiera 300 millions au pot commun, Vaud en encaissera 60).

Enfin, même s’il s’agit d’un formidable défi au vu des développements du droit international et européen en la matière, une réforme de la gouvernance permettrait au Grand Genève d’être plus visible et lisible aux yeux de ses habitant-e-s. À l’évidence, un parlement de la région, doté de compétences décisionnelles et budgétaires, consoliderait, par l’engagement et la participation politiques, les bases d’une croissance durable.

Haut de la page (TDG)

Créé: 12.06.2018, 17h59

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