Réglementer le cannabis: le débat pointe son nez à Genève

Drogue Une expérience pilote de distribution se prépare, soutenue par Mauro Poggia, chef de la Santé.

Faut-il réglementer la culture et le commerce du cannabis? Le débat pourrait s’emballer à quelques mois des élections cantonales.

Faut-il réglementer la culture et le commerce du cannabis? Le débat pourrait s’emballer à quelques mois des élections cantonales. Image: DR

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La politique répressive contre le cannabis va-t-elle opérer un tournant? Genève sera-t-il prêt à changer sa pratique? Ce n’est pas exclu. Dans une interview accordée à la Tribune de Genève et consacrée au deal de rue, le procureur général Olivier Jornot a ouvert une brèche (lire notre édition du 21 octobre). Il a déclaré: «Dans le domaine des produits de type cannabique, la prévalence est telle que la réflexion sur un allégement de la prohibition a tout son sens.»

Cette déclaration n’est pas anodine dans la bouche d’un magistrat qui n’est pas réputé pour son laxisme. Elle intervient en tout cas à un moment clé. Car après des années de silence, le débat sur une réglementation du cannabis va resurgir.

Une expérience pilote pourrait en effet être lancée ces prochains mois à Genève. Son contenu est pour l’heure gardé secret. On sait toutefois qu’elle s’inspire des propositions faites par un groupe de travail interpartis à Genève, qui a travaillé de 2012 à 2014. Ce dernier préconisait une expérience sur trois ans de distribution contrôlée de cannabis dans le cadre d’associations de consommateurs. L’avantage: le produit serait contrôlé et les acheteurs enregistrés pour éviter le tourisme d’achat. Selon ce groupe, ce dispositif permettrait de mieux cibler la prévention et, surtout, de casser le marché noir, «cause majeure d’insécurité qui a conduit à une perte de contrôle sur une partie de l’espace public».

Un rapport attendu

Sur la base de ces travaux, la Commission consultative en matière d’addictions, présidée par l’ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss, a mis au point le processus d’une expérience pilote. Le rapport est prêt depuis ce printemps. Il est actuellement soumis à la Commission d’éthique, puis il sera déposé sur la table du Conseil d’Etat. Charge à lui de demander l’autorisation de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) pour lancer l’expérience.

Des villes en Suisse ont suivi le même processus. Berne, notamment. Celle-ci s’est tournée vers un système de distribution par le biais des pharmacies. Elle attend l’autorisation de l’OFSP, qui devrait intervenir cet automne. «Si elle est positive, les villes de Zurich, Lucerne et Bienne ont annoncé qu’elles mèneraient la même expérience», affirme Petra Baumberger, secrétaire générale du Fachverband Sucht, faîtière alémanique des associations traitant d’addictions.

Soutien de Mauro Poggia

A Genève, le conseiller d’Etat chargé de la Sécurité, Pierre Maudet, ne s’exprime pas. A l’inverse de Mauro Poggia, chargé de la Santé, qui soutient l’expérience. «Tout le monde s’accorde pour reconnaître que la répression est inefficace et ne fait qu’enrichir les réseaux mafieux. Le cannabis s’achète facilement dans la rue sans que l’Etat n’ait le moindre contrôle sur des produits de plus en plus nocifs. Plutôt que de libéralisation, je préfère parler de réglementation. Celle-ci permettrait à l’Etat d’avoir une maîtrise sur ce marché, de dire quel produit est vendu, à qui et en quelles quantités. Des taxes permettraient de financer une prévention par ailleurs mieux ciblée.»

Selon le magistrat, la demande pourrait être faite cette fin d’année encore. Il est conscient que le débat risque de s’emballer à quelques mois des élections cantonales. «On risque de voir les positions se radicaliser, c’est vrai. Mais notre démarche est celle des petits pas et l’expérience sera menée avec beaucoup de méthode et de réflexion.»

Parmi les membres du groupe de travail interpartis, on estime qu’il est temps d’avancer. «La police voit elle-même les limites de la politique actuelle, glisse le socialiste Arnaud Moreillon en faisant référence à la traque incessante des petits dealers. Elle est dans le mythe de Sisyphe et je ne crois pas qu’elle soit satisfaite de remonter sans cesse ses gros cailloux.»

Bertrand Buchs, le président du Parti démocrate-chrétien, rappelle qu’en 2014, l’idée d’une expérience avait été plutôt bien perçue par la majorité des partis, sauf l’UDC, qui craint une escalade vers d’autres drogues. «Il faut arrêter de se voiler la face et enfin aller de l’avant. On trouve du cannabis de plus en plus fort qui génère des problèmes d’addiction. Il est temps de contrôler et limiter tout ceci.»

«Quinze secondes, je perds»

Rolin Wavre, membre du Parti libéral-radical, partage ce point de vue. «Le libre-service, c’est la situation actuelle. Il vaut mieux réguler.» Quelles sont, selon lui, les chances de convaincre? «C’est simple. Si vous me donnez quinze secondes, je perds. Mais si j’ai trente minutes, je gagne.»

Expérience ou pas, il faut toutefois rappeler que la politique de la drogue, c’est l’affaire de la Confédération. A cet échelon-là, les Verts ont déposé ce printemps une initiative parlementaire afin de réglementer la culture et le commerce du cannabis comme l’alcool ou le tabac. Il semble par ailleurs que les mentalités évoluent. La position d’Ignazio Cassis, favorable à une légalisation du cannabis, n’a pas suscité de polémique alors qu’il était candidat au Conseil fédéral cet été. Bien moins en tout cas que son intention de se séparer de son passeport italien.

(TDG)

Créé: 30.10.2017, 21h20

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