Raccourcir ses petites lèvres vaginales: la tendance gagne Genève

OpérationLa nymphoplastie s’est taillé une place dans la chirurgie esthétique européenne. Le boom du sex design passe aussi par la cité de Calvin.

Partie du tableau «L'origine du monde» peint par Gustave Courbet en 1866.

Partie du tableau «L'origine du monde» peint par Gustave Courbet en 1866. Image: DR

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Près de 30 médecins pratiquent, actuellement à Genève, la nymphoplastie – ou labioplastie -, une opération de chirurgie esthétique consistant à raccourcir les petites lèvres vaginales. Initialement opération de reconstruction en cas de malformation importante, la nymphoplastie connaît un boom depuis quelques années en Europe et aux Etats-Unis, suite à l’effet de mode du sex design. Le concept, resculpter son sexe au bistouri pour le rendre conforme aux canons de beautés actuels en la matière, à savoir une vulve d’allure pré-pubère. Des petites lèvres jugées trop proéminentes par leur propriétaire peuvent être taillées par un chirurgien sous anesthésie locale en général. La tendance s’installe définitivement dans la cité de Calvin et n’est pas près de disparaître.

Chirurgien plasticien pratiquant la nymphoplastie, le Dr. Xavier Tenorio confirme: «Depuis 2009, le nombre de patientes ne cesse d’augmenter et je fais une intervention toutes les trois semaines.» Même discours chez la doctoresse Yolanda Botta-Kauer qui opère une quinzaine de patientes par année. Les femmes ont changé de type avec le temps: elles ne viennent presque plus pour traiter des «monstruosités ou des vulves qui auraient explosé suite à un accouchement», mais souhaitent l’opération principalement pour des raisons esthétiques. L’âge des patientes s’échelonne entre «l’âge où l’on commence à avoir des relations sexuelles et la soixantaine», indique la doctoresse.

«Une masse dans le string»

Aucun des plasticiens interrogés ne déclare accepter des mineures, comme c’est le cas en Grande-Bretagne. Mais le refus d’une patiente reste rare. «Je n’opère pas les femmes s’imaginant que l’intervention leur permettra de résoudre leurs problèmes sexuels», déclare le Dr. Andrea Amico. Pourtant, toutes les autres sont bienvenues. Le médecin est d’ailleurs d’avis que toute femme a le droit de se sentir à l’aise dans des sous-vêtements échancrés: «ce n’est pas agréable d’avoir une masse dans le string», illustre-t-il.

Le Dr. Tenerio assure «opérer quand il y a effectivement dépassement des petites lèvres et que la patiente en est gênée». Il admet que la «gêne» est la plupart du temps de nature psychologique non motivée par une difformité anatomique physiquement gênante, qui causerait par exemple irritations et mycoses à répétitions, ou encore impossibilité de faire du vélo. «C’est tellement simple et cela aide la patiente à mieux s’assumer» ajoute-t-il. Encore faut-il pouvoir y mettre le prix. L’opération varie entre 2000 et 15'000 francs selon selon le médecin, la clinique, et le type d’opération. Elle peut être prise en charge par l’assurance maladie si elle est motivée par des raisons médicales.

Une opération «lourde»

Le Dr. Eric Mégevand, président de l'Ordre des gynécologues de Genève, conteste la «simplicité» présumée de la nymphoplastie, qu’il qualifie au contraire de «lourde»: «La peau est très fragile à cet endroit.» Œdèmes, hématomes, et mauvaise cicatrisation ne sont pas rares après l’opération. «Ce n’est pas agréable de se retrouver avec une petite aubergine (ndlr : un hématome de la lèvre) entre les jambes», commente-t-il. Le Dr. Eric Mégevand rappelle également qu’«une femme sur deux en moyenne a les petites lèvres qui dépassent des grandes», ce qui est parfaitement normal.

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Créé: 18.10.2012, 17h54

Points de vue sociologiques sur la nymphoplastie

Olga Baranova, membre du comité féministe Slutwalk de Genève, constate: «A chacune son corps, soit. Je respecte le choix personnel des femmes, mais je pense que la pression de la société joue un grand rôle dans cette mode.» Elle s’inquiète aussi du fait que «le besoin d’être comme les autres ne concerne plus seulement les jeunes filles mais aussi les adultes».

«Autrefois on poussait la femme à être une bonne mère, ensuite on vantait la wonderwoman qui allie travail et famille avec brio, maintenant on exige qu’elle soit également une bonne partenaire sexuelle», analyse Laura Piccand, doctorante à l’Université de Genève en sociologie et études genres, soulignant «l’injonction sociale qui pousse la femme à être toujours plus performante et parfaite». En jeu, l’influence des images publicitaires ou pornographiques retouchées imposant un seul canon de beauté, mais aussi la standardisation et la médiatisation de ce que devrait être une sexualité épanouie, qui passe forcément par un physique et un sexe parfait.

Dina Bader relève dans son mémoire de master en Sociologie à l’Uni de Genève la ressemblance entre excision et nymphoplastie: «Dans le cas de la nymphoplastie comme pour toute chirurgie esthétique, l’environnement social a une influence certaine sur les perceptions et les choix.» Une pression sociale qui s’apparenterait donc à celle exercée par le clan d’une ethnie pratiquant l’excision.

«Pendant qu’elles perdent du temps et une énergie folle à s’occuper de leurs corps, les femmes ne s’occupent pas du reste» soutient le magazine en ligne slate.fr, qui publiait la semaine dernière une analyse très complète sur le marketing du vagin.

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