Quand la bicyclette s’installe pour de bon dans les parcs

Mobilité douceÀ Lancy, un espace vert est transformé pour se muer en itinéraire ouvert aux cycles. Un parcours est en gestation au Jardin anglais.

Au bas du parc Chuit, une trouée préfigure la future promenade. Sur certains tronçons, piétons et cyclistes partageront le même espace.

Au bas du parc Chuit, une trouée préfigure la future promenade. Sur certains tronçons, piétons et cyclistes partageront le même espace. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Des panneaux et des rubans annoncent la couleur, et elle est au rouge: on n’entre plus dans cet espace vert. Au Petit-Lancy, depuis la fin du mois de janvier, on n’accède plus au parc de Surville, qui, en bordure du coteau, surplombe la Praille. Le bas du parc voisin Chuit est également condamné, tout comme la connexion avec la passerelle de Pont-Rouge, qui enjambe la rampe du même nom.


Lire aussi: Pour des rues où il fera bon pédaler


Motif? Ces parcs sont appelés à se muer en promenade, désormais aussi ouverte aux cyclistes. Cofinancé par la Commune, le Canton et la Confédération pour un total de près de 3,4 millions de francs, le chantier, qui s’étendra sur une année, a nécessité près de 40 abattages d’arbres (lesquels seront compensés par des plantations plus nombreuses). «On n’a pas vu passer les autorisations, sinon on se serait opposé», maugrée Jean-Marc Bongard, un voisin qui préside l’association pour la sauvegarde du quartier.

Fruit du projet d’agglomération et d’un concours d’architecture de 2012, la promenade Nicolas-Bouvier (l’écrivain était natif de la commune) doit, d’ici à 2022, s’inscrire dans un parcours voué à la mobilité douce tout au long du secteur Praille-Acacias-Vernets (PAV), s’étendant du Bois de la Bâtie au quartier de La Chapelle via les gares CEVA de Lancy-Pont-Rouge et Lancy-Bachet. Les travaux en cours ne sont qu’une première étape. Cet automne, un concours sera par exemple lancé pour concevoir une passerelle enjambant la route de Chancy et la rampe Quidort.

Vitesse modérée souhaitée

À sa réouverture, le très oblong parc de Surville verra donc les badauds d’antan côtoyer des cyclistes potentiellement pressés et toujours plus souvent motorisés (un tiers des ventes de vélos de l’an dernier concernait des modèles à assistance électrique). Voilà qui peut interpeller. Est-il opportun de changer un espace vert en autoroute cyclable? «C’est un débat qu’on a eu, répond le magistrat lancéen chargé des Travaux, Stéphane Lorenzini (PDC). Le revêtement choisi, un sol argilo-calcaire stabilisé, ne permettra pas des vitesses rapides. La promenade sera pédestre, autorisée aux vélos, mais avec priorité aux piétons. La bande aura une largeur suffisante pour mélanger les deux flux, mais sans les dissocier.»

Son collègue chargé de l’Aménagement abonde: «Il faut admettre que l’essor du vélo électrique apporte des problèmes et on a été attentif à modérer la vitesse, relève Damien Bonfanti (Verts). Ce ne sera plus un parc mais une promenade. On ne pouvait plus se permettre de conserver à Surville des espaces festifs, avec des barbecues, alors que le quartier va bientôt se densifier.» Un plan localisé de quartier, en force, prévoit des édifices grimpant jusqu’à onze étages en lieu et place des villas actuelles.

La mue en cours dans les parcs lancéens fait écho à la polémique de 2016, quand la Ville de Genève avait interdit le cyclisme dans les parcs avant d’aboutir, l’année suivante, à un compromis avec des parcours balisés ouverts aux cycles dans une dizaine d’espaces verts. Au Jardin anglais, on est en train de pérenniser, tout en l’adaptant, le cheminement où la petite reine est admise, loin du bord du lac.

Des associations aux aguets

Ces nouveautés ne suscitent guère d’enthousiasme chez les acteurs associatifs qui représentent tant les cyclistes que les piétons. «De notre point de vue, il est toujours préférable d’éviter de mélanger les cyclistes et les piétons, résume Alfonso Gomez, président de Pro Vélo. À partir du moment où on a bâti sur la chaussée une piste cyclable bien séparée du trafic, il n’est plus nécessaire de recourir à la circulation dans les parcs, qui est un pis-aller. Il y a en outre un paradoxe à créer, comme à Lancy, des grands axes cyclables où on verra immanquablement apparaître des engins électriques atteignant les 40 km/h, tout en y interdisant la vitesse.»

Du côté des marcheurs, on est aussi sur le qui-vive par rapport au mélange des flux. S’il indique ne pas avoir connaissance des projets lancéens, le président de Mobilité piétonne Genève dit son inquiétude au sujet du Jardin anglais. «Nous avons demandé que les cyclistes soient sérieusement dissuadés de rouler au bord du lac, afin de le laisser aux promeneurs, et on verra bien avec quelle intensité la Ville fera régner la discipline, mais je suis pessimiste, déclare Patrick Lacourt. Les cyclistes sont têtus, ils font ce qu’ils veulent. On ne pourra trouver de vraies solutions que lorsque la passerelle piétonne prévue en parallèle au pont du Mont-Blanc se matérialisera.»

(TDG)

Créé: 25.04.2019, 06h44

Cliquez sur l'infographie pour zoomer.

Évitement cyclable à l’Horloge fleurie

La Ville de Genève projette de nouveaux aménagements pour permettre aux cyclistes de traverser le Jardin anglais. Une demande d’autorisation de construire est en cours d’instruction depuis le début du mois d’avril. Elle prévoit notamment de percer un nouvel itinéraire à l’arrière de l’Horloge fleurie.

Actuellement, le cycliste qui arrive des Eaux-Vives, en empruntant la nouvelle piste cyclable bidirectionnelle du quai Gustave-Ador, est autorisé à poursuivre sa route dans le Jardin anglais à condition d’emprunter ses cheminements les plus éloignés du lac, ceux qui avoisinent les chaussées routières. Il est ainsi propulsé sur l’esplanade souvent bondée qui fait face à l’Horloge fleurie, où les touristes se mêlent à des flux piétons considérables, liés à l’important passage clouté qui débouche à cet endroit.

Le point fort du projet est d’ouvrir un nouvel itinéraire permettant aux vélos d’éviter par l’arrière cette attraction touristique grâce à un nouveau cheminement. La création de cette bande de trois mètres de largeur, menant les cyclistes au Monument national, force à abattre trois arbres. Ensuite, on peut gagner la piste cyclable aménagée en automne 2017 sur le pont du Mont-Blanc. Une signalétique est aussi prévue.

De l’autre côté du pont, sur la Rive droite, le parcours doit se raccorder à une nouvelle piste cyclable bidirectionnelle, semblable à celle récemment inaugurée sur la Rive gauche.

Le quai du Mont-Blanc et son voisin le quai Wilson doivent donc s’attendre à d’importants travaux, dans le sillage de ceux qui ont perturbé la circulation cet hiver sur le quai Gustave-Ador. Aux dernières nouvelles, le démarrage de ce chantier est agendé pour l’été.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les Genevois disent oui à la RFFA
Plus...