Qu’as-tu appris à l’école… Jean Romain face à Marjorie de Chastonay

Jean Romain, député PLR, Marjorie de Chastonay, députée Verte

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La chanson de Tom Paxton (1964) reprise avec succès par Graeme Allwright en 1968. Toute une histoire. Cinquante ans plus tard, ce qu’on apprend à l’école est toujours au cœur des débats politiques, à Genève comme ailleurs. La décision du Conseil d’État de changer le nom du Département de l’instruction publique (DIP) en Département de la formation et de la jeunesse (DFJ) n’a pas laissé deux députés indifférents. Jean Romain, député PLR et Marjorie de Chastonay, députée Verte expriment ci-dessous leur point de vue. Vos réactions sont les bienvenues à «courrier@tdg.ch».

Adieu le DIP!

Jean Romain, député PLR

Après d’innombrables trahisons, la dernière en date est la nouvelle appellation: le DIP est débaptisé aujourd’hui pour devenir le Département de la formation et de la jeunesse (DFJ). Instruction publique: deux mots essentiels qui disparaissent mais qui pèsent lourd dans notre héritage. D’une part l’instruction, un mot qui se distingue de l’éducation, dévolue d’abord à la famille. D’autre part, l’adjectif «publique» souligne l’aspect étatique de cette activité importante; générale, l’instruction «publique» vaut pour tout le monde et épouse les fondements mêmes de l’État, lui aussi républicain. Instruire publiquement implique qu’on pousse l’élève à s’élever vers l’universel que le savoir transmis lui promet. Comme beaucoup à Genève, je déplore vivement ce changement d’intitulé.

Dans l’immédiat, trois chantiers entre autres sont impératifs. D’abord le primaire, où l’accent doit être porté sur les savoirs de base: lire, écrire, compter. Bien sûr, le département se targue d’avoir engagé 40 postes supplémentaires pour l’apprentissage de la lecture. Or c’est le travail même des enseignants en place, car les profs actuels aimeraient pouvoir faire ce travail. Ils en sont empêchés par la bouillie pour chats de l’IUFE, par les théories pédagogos relayées par les directions, par les instances supérieures du DIP. Tout un bouclier antitransmission du savoir est à l’œuvre à Genève. On a organisé l’échec sous l’œil bienveillant de gauchistes exaltés.

Ensuite le chantier du Cycle d’orientation: les récentes enquêtes, les sévères critiques de la Cour des comptes, le burn-out des profs dont la hantise est de «tenir jusqu’au bout de l’année», l’insuccès chronique des élèves les plus faibles doit pousser le département à revoir le système maladroit en vigueur actuellement. Non qu’il faille supprimer les sections comme d’aucuns le suggèrent, mais au contraire redéfinir ces sections dès la première année et les valoriser. En effet, le système adopté depuis 2009 avec ses passerelles qui ne fonctionnent pas, avec sa première année ambiguë, avec ses lourdeurs est un compromis politique inadapté.

Quant au supérieur, il convient de revoir la palette des options de la maturité et y installer, comme ailleurs dans ce pays, des options liées, de façon à clarifier et à renforcer l’épine dorsale du profil des élèves. Un jeune sur trois qui entre au Collège n’obtiendra pas son certificat de maturité à Genève. On a un sérieux déficit d’orientation et le statu quo ne peut perdurer. Nous devons refaire l’école, et ne pas sommeiller comme aujourd’hui où une aléatoire «école inclusive» tient lieu d’opium généralisé.

Département de la jeunesse donc? On en doute: la culture et le sport s’en vont dans un autre département; la Fondation pour l’animation socioculturelle déserte les bancs; quant au Service des bourses et des prêts d’étude, il quitte aussi ce département des jeunes! On enfume les citoyens avec l’habituelle assiduité, et rien n’a dérangé l’impassible porte du 6, rue de l’Hôtel-de-Ville.

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Bonjour le DFJ!

Marjorie de Chastonay, députée Verte

C’est une évidence, l’école en 2018 est différente d’il y a dix, vingt ou même quarante ans. Les classes sont plus hétérogènes et le métier d’enseignant.e s’est complexifié. Il demande plus de formation et de compétences. Les enseignant.e.s s’adaptent aux changements de noms, aux évolutions et sont confrontés à la réalité du terrain. Déjà, ils n’instruisent plus seulement, ils forment les adultes de demain. En effet, le contexte multiculturel, hétérogène, démographique, numérique, sociétal et le cadre légal ont considérablement modifié l’école. Ainsi, dans cette modification de nom, il y a la volonté de prendre en considération les différents enjeux qu’attend l’école pour les prochaines années. Dès la rentrée 2018, la formation obligatoire jusqu’à 18 ans sera mise en œuvre afin de permettre à chaque jeune de réussir une première formation. Dès lors, le changement de nom du département prend tout son sens.

Par ailleurs, les familles sont désormais plurielles et il s’agit aussi de concilier la vie professionnelle avec les différents modes de vie familiale. Les relations famille-école se modifient avec, au cœur de ces changements, la mise en place de l’accueil à journée continue, à savoir la prise en charge des élèves en dehors des heures d’école. L’école a dès lors aussi une mission éducative. Le modèle «instruction unique» est révolu. L’école inclusive est inscrite dans la loi sur l’instruction publique. Il est nécessaire de l’appliquer de façon cohérente et de lui accorder des moyens substantiels via une meilleure allocation des ressources humaines, une formation complémentaire des enseignant.e.s et une reconnaissance du parcours scolaire des élèves de l’enseignement spécialisé.

Ainsi, afin de relever tous ces défis, l’école doit être plus qualitative que quantitative en améliorant le taux d’encadrement des élèves à l’école primaire et au Cycle d’orientation; plus formative que sélective en augmentant le nombre de contrats d’apprentissage; plus transversale qu’en silos en créant davantage de passerelles, plus inclusive qu’intégrative en formant les enseignant.e.s, plus moderne et adaptée aux besoins des élèves qu’aux besoins administratifs, plus généreuse en termes de budget et de moyens. Enfin, encore plus audacieuse et ambitieuse afin de promouvoir l’accès à la formation pour toutes et tous!

Ce changement d’intitulé marque donc un tournant et met en lumière les changements en cours et ceux à venir. L’école évolue et c’est heureux! Donner aux élèves le goût d’apprendre favorise la réussite scolaire, prépare les élèves aux responsabilités de la vie d’adulte et de citoyen.ne dans un monde dans lequel ils ont un rôle à jouer. Il est loin le temps où Victor Hugo disait: «L’éducation, c’est la famille qui la donne; l’instruction, c’est l’État qui la doit.» Oublions donc les querelles sémantiques pour se pencher sur le contenu!

Haut de la page (TDG)

Créé: 28.05.2018, 15h12

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