Prévessin-Moëns aimerait bien oublier le faux Docteur Romand

ReportageJean-Claude Romand, qui a tué sa femme et ses enfants à Prévessin-Moëns, pourrait sortir de prison vendredi.

La maison où habitait la famille Romand, sur la route de Bellevue, à Prévessin-Moëns, en France voisine.

La maison où habitait la famille Romand, sur la route de Bellevue, à Prévessin-Moëns, en France voisine. Image: Georges Cabrera

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«Oui, c’est celle-là, juste au bout de la rue.» C’est une bâtisse en pierres avec des volets en bois, une bâtisse semblable aux autres alignées le long de la route de Bellevue, à Prévessin-Moëns, dans le Pays de Gex. Sauf qu’à y regarder de plus près, on distingue, sur une des façades de la maison, juste sous le toit en tuiles, une trace noire. Dans cette banlieue résidentielle, à une dizaine de kilomètres de Genève, rares sont ceux qui ignorent qu’il s’agit du stigmate d’un violent incendie, survenu il y a vingt-six ans, presque jour pour jour. Du dernier reliquat d’une tragédie hors norme, fascinante, qui a profondément marqué la région.

«Oui, c’est bien là que le faux médecin a assassiné toute sa famille», confirme Charlotte. Cette lycéenne (collégienne) n’était pas née, ce 9 janvier 1993, lorsque Jean-Claude Romand a tué sa femme Florence avec un rouleau à pâtisserie, avant de demander à ses deux enfants, Caroline et Antoine, 7 et 5 ans, de s’allonger sur le ventre dans leur lit et d’appuyer sur la détente d’un fusil muni d’un silencieux. Il se rend ensuite à Clairvaux, dans le Jura, et ôte la vie de ses parents. Après avoir tenté d’assassiner aussi sa maîtresse, il retourne chez lui et met le feu à la maison. Les pompiers le retrouvent au milieu des flammes. Suffocant, inconscient, mais vivant. Le 2 juillet 1996, il est condamné à la perpétuité. Emprisonné près de Châteauroux, dans l’Indre, Jean-Claude Romand pourrait être libéré vendredi, après avoir purgé une période de sûreté de vingt-deux ans.

«De l'histoire ancienne»

Habitant depuis quarante-deux ans dans la maison faisant face à celle des Romand, Marc Le Cordroch se souvient de cette nuit, où sa femme et lui ont été «réveillés par le bruit» et qu’ils ont vu les flammes en ouvrant les volets. «On a eu une de ces trouilles. Le feu a roussi notre haie. Elle a mis trois ans à s’en remettre», se rappelle-t-il. Le retraité s’empresse d’ajouter: «Mais c’est de l’histoire ancienne. Aujourd’hui, tout le monde a oublié.»

Les Romand, Marc Le Cordroch les connaissait peu. «Le mari ne s’arrêtait pas pour discuter. Il disait bonjour, c’est tout. Je croisais parfois la femme, qui travaillait à la pharmacie», poursuit-il. La pharmacie de Jacques Cottin est située un peu plus bas, sur la route de Saint-Genis. On entre. Une pharmacienne nous fait vite savoir que «Monsieur Cottin est en rendez-vous et que, de toute façon, il ne nous parlera pas.» C’était un ami de la famille.

Double vie

La double vie de Jean-Claude Romand a inspiré le cinéma et la littérature. Dans «L’Adversaire» (P.O.L), l’écrivain Emmanuel Carrère décrit comment l’engrenage infernal s’est mis en place lorsqu’il échoué dans ses études de médecine. Pendant dix-huit ans, il mentira à son entourage, en se faisant passer pour un médecin de l’OMS, à Genève. Il passait ses journées dans un parking, se rendait à l’aéroport de Cointrin pour acheter des jouets pour ses enfants, prétextant qu’il rentrait d’un colloque à l’étranger, se disait proche de l’ancien ministre français Bernard Kouchner.

«C’était un mythomane hors du commun», relevait dans «Le Temps» en 2015 Denis Toutenu, l’un des cinq psychiatres qui a expertisé Jean-Claude Romand. Pour assurer son train de vie aisé, il empruntait de l’argent dans le cercle familial et auprès de ses amis, assurant qu’il le plaçait en Suisse. Jusqu’au jour où, sur le point de se faire découvrir, «il a préféré supprimer ceux dont il ne pouvait supporter le regard», écrit Emmanuel Carrère.

«Mauvais souvenirs»

Depuis la tragédie, le voisinage a beaucoup changé. «Ceux-là sont partis, ceux-ci aussi», montre Michelle, qui habite aussi en face de la maison des Romand. Elle a repris la résidence de sa tante, décédée. «On ne parle plus beaucoup de cette histoire, dit-elle, ça rappelle trop de mauvais souvenirs.» Resté vide durant des années, le pavillon des Romand est aujourd’hui habité. «La propriétaire vit là avec sa fille», affirme Marc Le Cordroch. Elle ne parle plus aux médias. «Il n’y a pas de fantôme ici», disait-elle dans le magazine «Détective» en 2015.

Lors de la demande de libération conditionnelle, l’avocat de Jean-Claude Romand avait déclaré que, le cas échéant, son client «devrait éviter la lumière». La justice française se prononce vendredi.

Créé: 10.01.2019, 19h57

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