«Préserver la mémoire de la relation homme-plante»

GenèveLe Jardin botanique dispose d’un nouvel espace pour les plantes utiles. Focus sur quatre d’entre elles avec Didier Roguet, conservateur.

Les propriétés de trois plantes à découvrir en vidéo.
Vidéo: Frédéric Thomasset

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Deux cents ans d’histoire, ça se fête. Et avec un joli cadeau, c’est encore mieux. A l’occasion de son bicentenaire, les Conservatoire et jardin botaniques de Genève ont offert un bon coup de neuf à leurs jardins ethnobotaniques, soit le secteur des plantes entretenant un rapport étroit avec l’homme. Quelque 520 espèces ont été réorganisées et mises en valeur — panneaux explicatifs, vitrines, QR codes pour des compléments audiovisuels — autour de leurs propriétés.

«L’espace en question n’avait pas évolué depuis une vingtaine d’années, confie Didier Roguet, conservateur des lieux. Et pendant ce temps, la recherche avance et les connaissances sur les principes actifs des plantes s’affinent. Il était important de rester au goût du jour.» Plantes alimentaires, médicinales, artisanales ou encore sacrées, Didier Roguet revient sur quatre spécimens à découvrir dans le jardin.

1. Le saule

Il est à ranger, entre autres, dans la catégorie des plantes médicinales. L’arbre est connu depuis Hippocrate (environ 400 av. J.-C.) pour ses capacités à soulager douleurs et fièvres. «Son principe actif, la salicine, a été identifié au XIXe siècle, raconte Didier Roguet. Il est à l’origine de l’invention de l’aspirine, aussi connue sous le nom d’acide acétylsalicylique.»

L’écorce du saule est particulièrement riche en salicine, si bien qu’autrefois, on en faisait des compresses à appliquer sur le front. L’arbre poussant près des points d’eau, il était connu pour soigner les «maladies des marais», soit les fièvres transmises par les moustiques ainsi que les rhumatismes.

2. L’ortie

La plante irritante a aussi ses vertus. Alimentaires principalement. «L’ortie se développe grâce aux nitrates du purin des troupeaux, explique Didier Roguet. Le fermier la côtoie et l’utilise depuis toujours. Sa forte teneur en fer est connue et sa préparation sous forme de soupe a ses adeptes.» La plante peut aussi être utilisée sous forme de «purin»: macérée dans de l’eau puis répandue sur les cultures, elle se révèle un engrais puissant et un insecticide intéressant.

A noter que la propriété urticante de l’ortie disparaît au lendemain des orages. Balayée par la pluie, la plante perd ses microscopiques seringues de silice et cesse d’être agressive pour quelques jours.

3. Le goji

Consommé sous forme de baies séchées, le goji est riche en vitamines et antioxydants. «Arrivée depuis une dizaine d’années dans nos régions, cette plante en provenance de Chine est volontiers considérée comme un alicament miracle, souligne le conservateur. Nombre de légendes l’entourent et lui attribuent de fabuleuses propriétés. Elle serait anticancéreuse, antivieillissement… A ce jour, les preuves scientifiques manquent. Il faut donc se montrer prudent.»

Face à l’effet de mode entourant le goji exotique, Didier Roguet conseille la baie d’argousier, un arbre qui pousse dans nos régions. Une plante tout aussi riche en vitamines et antioxydants!

4. La garance des teinturiers

Plante d’un vert presque banal, la garance possède une racine rouge contenant de l’alizarine et de la purpurine, et longtemps utilisée comme colorant. Une couleur facilement identifiable et rendue célèbre durant la Première Guerre mondiale. Le «pantalon garance» des poilus français attirait l’œil des ennemis et les transformait en cibles de choix.

«L’utilisation de cette plante par l’homme remonte à des temps anciens, poursuit Didier Roguet. Des graines ont été retrouvées dans des tombes égyptiennes, laissant supposer une utilisation du rouge en guise de décoration, pour les fresques ou le maquillage.» Autre application, thérapeutique celle-ci: la racine de garance est utilisée en médecine populaire pour soigner les calculs rénaux.

Au début du XXe siècle, l’exploitation commerciale de la plante est abandonnée au profit d’une teinture de synthèse. «Un destin qu’on retrouve dans le cas de nombreuses plantes médicinales et tinctoriales, souligne le conservateur. Une de nos missions, au Jardin botanique, est de lutter contre une forme naturelle d’oubli et de préserver la mémoire d’une relation patrimoniale, parfois millénaire, entre l’homme et la plante.» (TDG)

Créé: 24.07.2017, 08h58

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