Pour survivre, les casinos étoffent leur offre globale

Jeux d’argentL’établissement de Saint-Julien construit un hôtel et mise sur la restauration. Celui d’Annemasse va être rénové. Et à Meyrin, on se prépare à exploiter les jeux en ligne.

Ouvert en 2002, le casino de Saint-Julien-en-Genevois va construire un quatre-étoiles sur son site.

Ouvert en 2002, le casino de Saint-Julien-en-Genevois va construire un quatre-étoiles sur son site. Image: NICOLAS DUPRAZ

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Le marché des jeux d’argent n’échappe pas à la concurrence d’internet. Pour assurer leur avenir, trois des quatre casinos du Grand Genève dévoilent leurs plans. Le plus ambitieux concerne, paradoxalement, le plus petit d’entre eux (lire ci-dessous). Ouvert en 2002, le Casino de Saint-Julien-en-Genevois va construire un quatre-étoiles sur son site, dont l’exploitation sera confiée à la chaîne américaine Marriott.

Le patron du site, Patrick Pequiot, vient d’annoncer que cet hôtel de 93 chambres devrait coûter entre 12 et 13 millions d’euros (environ 14 millions de francs). Si ce projet aboutit, ce groupe deviendrait avec ses différentes activités – casino, restaurant, hôtel – le plus important employeur de Saint-Julien. Ce qui réjouit le maire Antoine Vielliard, venu soutenir cette opération en signant avec Patrick Pequiot un contrat de vingt ans portant notamment sur le taux de prélèvement communal sur le produit brut des jeux, qui demeure à 15% pour la durée du nouveau contrat. «Saint-Julien est attaché à son casino. Il représente un enjeu d’attraction locale et touristique. Et son apport, de 1,7 million d’euros en 2017, représente 5% des recettes communales», dit Antoine Vielliard. «Notre succès dépend du triptyque jeu, restauration et animation», résume Patrick Pequiot.

Deux autres casinos français encerclent le canton. L’un est situé à Divonne, l’autre à Annemasse. Tous deux figurent en haut du classement des maisons de jeu françaises et appartiennent au groupe Partouche. Divonne, qui, naguère, était le premier casino de France, se situe désormais au onzième rang national. Celui d’Annemasse, inauguré en 1995, pointe au 21e rang.

Pour maintenir sa place, le casino d’Annemasse prépare, au dire de son directeur Arnaud Moumdjian, «une importante rénovation», dont les détails seront prochainement communiqués. Ce patron entend aussi proposer diverses animations durant cet été, parmi lesquelles un barbecue géant. Isabelle Pallas, porte-parole du prestigieux Casino de Divonne, n’a en revanche annoncé ni rénovation importante ni nouveauté pour cet été. Les frontaliers sont nombreux à jouer à Annemasse. Les Suisses aussi. «Si Genève tousse, nous nous enrhumons», indique Arnaud Moumdjian. La clientèle genevoise représente 20% de celle qui fréquente le Casino de Saint-Julien. Face à cette concurrence française, le Casino du Lac (aussi exploité par le groupe Partouche), situé à proximité de l’aéroport sur la commune de Meyrin, a aussi ses atouts. Il est ouvert vingt-trois heures sur vingt-quatre. Son directeur depuis dix ans, Fabrizio Barozzi, mise d’abord sur l’accueil de la clientèle, composée à hauteur de 70% de joueurs genevois, 15% venant de France voisine, 10% de Vaudois et 5% de touristes. Mais ce directeur annonce son intention de proposer en 2020 à sa clientèle des jeux en ligne, comme le permet la nouvelle loi sur les jeux d’argent, entrée en vigueur le 1er janvier 2019.

Fabrizio Barozzi insiste aussi sur le repérage des joueurs à risque (lire ci-dessous). «Le personnel dispose de fiches d’observation avec des critères financiers et comportementaux. Dès que deux critères sont atteints, détaille-t-il, un entretien est déclenché avec le client.» Le casino se renseigne alors sur ses habitudes de jeu et sa situation personnelle (état civil, métier, salaire). Si ses réponses sont convaincantes, le client peut continuer à jouer mais il restera sous observation car tant les croupiers que le reste du personnel sont très physionomistes. En cas de doutes répétés, le client basculera dans la catégorie des «interdits de jeu».

L’environnement des casinos change. La maison de jeu façon James Bond, celle d’hommes en costume et nœud papillon entourés de jeunes femmes pulpeuses, est réservée à Hollywood. Le tapis vert a été remplacé par les machines à sous. Irruption de Las Vegas. Cliquetis et couleurs vives. Mais celles-ci, très en vogue dans les années 90, sont à leur tour boudées au profit de la roulette anglaise électronique.

En Suisse, les casinos représentent environ 40% du marché des jeux d’argent et les loteries 60% (dont la Loterie Romande (LoRo), qui a dégagé l’an dernier 388 millions de francs en termes de produit brut des jeux). La LoRo va aussi se lancer dans le marché des jeux en ligne. Afin d’éviter qu’un mineur puisse jouer, des systèmes de contrôle d’identité à distance seront mis en place et gérés par une plateforme nationale. L’irruption des jeux en ligne va-t-elle détourner la clientèle classique? Rien n’est moins sûr. James Bond et les fans des machines électroniques restent attirés par l’univers particulier des casinos.


50 000 «joueurs excessifs» sont exclus

Jouer peut se transformer en obsession. Côté genevois comme français, les casinos collaborent avec des associations outillées pour aider les personnes plongeant dans l’enfer du jeu. Jeunes, chômeurs, dépressifs: plusieurs populations sont jugées plus à risque. Selon le Groupement romand d’études des addictions (GREA), le «jeu excessif» touche en Suisse 3,3% des aficionados. 2,18% sont qualifiés de joueurs «à risque» et 1,14% de «pathologiques». Ce qui correspond à environ 220 000 personnes majeures en Suisse. Parmi ces joueurs, 90% sont endettés, 65% ont des problèmes de santé psychique et 49% ont des problèmes de santé physique. Sans compter leur entourage, qui peut être très touché par leur addiction. Directrice de l’association genevoise RienNeVaPlus, Isabelle Châtelain s’alarme car la «nouvelle loi n’oblige plus les opérateurs à collaborer avec des associations comme la nôtre». Or, les casinos sont sur le front pour détecter des addictions chez des joueurs.

«Le bon climat qui prévalait entre casinos et milieux de prévention a été ébranlé par la décision incompréhensible du Conseil fédéral d’affaiblir le cadre de cette collaboration», abonde Jean-Félix Savary, du GREA. «Nous ne sommes en contact qu’avec une trentaine de personnes alors que, sur l’ensemble de la Suisse, le nombre de personnes qui sont exclues des casinos pour cause de jeux excessifs est de plus de 50 000, glisse Isabelle Châtelain. Où sont tous ces gens?» En France, peut-être. Car une personne exclue en Suisse peut jouer sans problème dans une maison de jeu française. R.R.

Créé: 28.05.2019, 19h46

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Quatre casinos

Avec un Produit brut des jeux (PBJ) de presque 58 millions
de francs en 2018, le Casino du Lac (Meyrin) est celui qui génère le plus d’argent dans le Grand Genève. Divonne, qui, naguère, était le premier casino de France, se situe désormais au onzième rang national. Il a réalisé un PBJ de 36 millions d’euros (environ 40 millions de francs) pour l’exercice 2017-2018. Annemasse est au 21e rang avec un PBJ de 23,3 millions d’euros.

À Saint-Julien, le PBJ s’est établi à 12,8 millions d’euros, plaçant cet établissement au 58e rang national.
R.R.

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