Pour le syndicat des maîtres, «l’école est en train d’exploser»

ÉducationLes représentants des enseignants s’inquiètent de la flambée des violences et de l’épuisement des professionnels.

Francesca Marchesini, présidente de la SPG, et Frédéric Hiltbrand, vice-président, ont fait part de leurs inquiétudes.

Francesca Marchesini, présidente de la SPG, et Frédéric Hiltbrand, vice-président, ont fait part de leurs inquiétudes.

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Le syndicat des enseignants du primaire, la SPG, a livré mercredi un état des lieux de l’école genevoise. Et son constat fait froid dans le dos. Pour la présidente et le vice-président de la SPG, Francesca Marchesini et Frédéric Hiltbrand, c’est bien simple, «l’école est en train d’exploser».

Les deux responsables relèvent d’abord une hausse de la violence dans le cadre scolaire. «Je suis débordée par les appels de collègues qui ne savent plus quoi faire, confie la présidente. De la violence entre élèves, avec beaucoup de bagarres chez les plus grands, du harcèlement, des contraintes physiques, une banalisation des propos dégradants et des insultes.» Quant aux petits, ils ne sont pas épargnés. La conseillère d’État en charge du Département de l’instruction publique (DIP), Anne Emery-Torracinta, le confiait d’ailleurs récemment au Matin Dimanche: «On pensait que la violence se passait au Cycle or on voit aujourd’hui que c’est nettement problématique chez les tout-petits.» Des chiffres de son Département montrent que les comportements violents et agressifs signalés par les établissements sont plus nombreux chez les écoliers de 4 ans que chez les adolescents.

La violence frappe aussi les enseignants, «insultes, crachats et une forme de défiance, une remise en cause constante de l’autorité, précise Frédéric Hiltbrand. Il y a des élèves sur lesquels on n’a plus aucune prise du tout.»

Défiance, violence et fatigue

Confrontés à cette violence, les enseignants s’épuisent et se sentent parfois démunis. Car il ne suffit pas de signaler des situations problématiques pour les résoudre. «Parfois, il peut s’écouler plusieurs semaines avant d’obtenir un appui. Pendant ce temps, l’élève continue de poser problème et l’enseignant se retrouve seul.» En parler avec les parents devient aussi une tâche parfois compliquée. «La confiance entre eux et les enseignants s’est fragilisée. Certains sont méfiants à l’égard du corps enseignant. Une mère a accusé une maîtresse de mobbing sur sa fille et depuis, l’enseignante n’ose plus la punir… Cela pose aussi la question du soutien de la hiérarchie, qui n’est pas toujours suffisant face à des parents toujours plus procéduriers.»

Ce climat tendu est encore exacerbé par d’autres facteurs, dont la surcharge des classes. «Pour cette année, on dénombre 62 classes à 24, 22 à 25 et même une à 26. C’est beaucoup trop!» dénonce Francesca Marchesini. D’autant que les conditions-cadres ne tiennent pas compte de l’hétérogénéité qui fait la particularité de Genève. Selon l’Office fédéral de la statistique, 47% des élèves ne sont pas de langue maternelle française. Ils ne tiennent pas non plus compte du nombre croissant d’élèves à besoins spécifiques. «Certains vont demander un encadrement redoublé qu’on ne peut pas leur donner sans le faire au détriment des autres, ce qui va générer des souffrances.» S’ajoutent encore une complexification du métier d’enseignant, la multiplication de tâches administratives, l’introduction du mercredi matin qui «engendre plus de fatigue chez les élèves».

Alors que faire pour relâcher la pression de la cocotte-minute? Diminuer les effectifs par classe à 20 au maximum, accroître le nombre d’éducateurs dans les écoles, de collaborateurs du personnel administratif et technique, ainsi que des équipes pluridisciplinaires (composées de plusieurs types de professionnels qui interviennent en renfort) dont les maigres effectifs font de ce système «un vélo à une roue», image le vice-président.

Moyens pour des priorités

Des propositions utopiques? «Il vaut mieux mettre des moyens pour prévenir l’incendie plutôt que de devoir l’éteindre ensuite.» Pour cela, il faut décider de priorités et celles du DIP ne rejoignent pas forcément celles des maîtres. «D’un côté, on demande des moyens qu’on nous refuse et d’un autre, le Grand Conseil accepte un crédit pour que le DIP dépense 10 millions de francs afin d’équiper le primaire de tablettes numériques. Du matériel que nous n’avons jamais demandé…»

Créé: 16.05.2019, 12h47

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