Pour la 3e fois, la prison à vie est requise contre Sperisen

JusticeAux yeux du procureur Bertossa, il est impossible que le chef de la police du Guatemala n'ait pas été partie prenante du plan criminel qui a abouti à l’exécution de sept détenus du pénitencier de Pavon.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Au terme d’un réquisitoire de deux heures trente, le premier procureur Yves Bertossa a réclamé, aujourd’hui mercredi, la prison à vie à l’encontre d’Erwin Sperisen. C’est la troisième fois que le magistrat requiert la peine la plus lourde à l’encontre de l’ancien chef de la police du Guatemala.

À ses yeux, il est impossible que les sept prisonniers rebelles exécutés en 2006 au cours de la reprise en main par les autorités guatémaltèques du pénitencier de Pavon, l’aient été sans l’aval du prévenu Erwin Sperisen. «Dans tous les pays du monde, dans toutes les polices du monde, à Genève comme au Guatemala, les chefs décident et les exécutants exécutent». Le magistrat explique que le commando occulte était codirigé par l’ami d’enfance d’Erwin Sperisen. Comment ce dernier pouvait-il dans ces circonstances ignorer ce qui s’y passait? «M. Sperisen n’a jamais répondu à cette question. Il s’est dérobé.»

«Au vu et au su de tous!»

Le procureur retrace une nouvelle fois l’horreur de ces exécutions sommaires, à bout portant. Les prisonniers avaient été au préalable sélectionnés et attachés. Ils ne sont pas morts dans un affrontement avec les forces de l’ordre. Il énumère tous les indices qui, selon lui, impliquent le prévenu dans cette opération. Photos, vidéos, réunions, mouvement des divers protagonistes dans le pénitencier. «Tous les éléments convergent vers M. Sperisen». C’est d’ailleurs lui-même qui a fourni les articles et les photos qui le montrent à la tête de ses troupes. «Il mouille la chemise, il se trouve sur le terrain des opérations!» ajoute Yves Bertossa. «Ces exécutions ont été perpétrées au vu et au su de tous!» La Chambre pénale d’appel et de révision peut-elle un instant imaginer des exécutions sommaires de ce type se déroulant à Champ-Dollon, alors que la commandante de la police et les autorités genevoises attendraient tranquillement devant la prison la fin des opérations? demande le procureur.

Cellules trop petites

Si une telle chose se déroulait à Genève, les médias en parleraient, ça ferait les gros titres. Mais, déplore-t-il, lorsqu’il dénonce de tels actes à Pavon, au Guatemala, il est attaqué dans la presse et doit se justifier. «Certains détenus étaient attachés. L’un d’eux a reçu sept balles dans le torse. Trois des sept détenus sont morts en se vidant de leur sang et en se lamentant. «Et il ne faudrait pas poursuivre? Et il ne faudrait pas condamner?» Et le magistrat reprend: «A Genève, on saisit le Tribunal fédéral pour 20 cm2 d’une cellule et on en parle et reparle dans la presse. Les prisonniers sont placés sous la garde et la responsabilité de l’État, on ne les abat pas!» Leur vie a la même valeur qu’une autre, insiste le procureur.

En ce qui concerne la mort de trois détenus après leur fuite de la prison le petit enfer, Yves Bertossa s’en rapporte à l’appréciation de la Chambre d’appel. Car le dernier témoin entendu mardi sur le sujet n’a pas fait une déposition très concluante. Il a oublié la plupart des circonstances liées à cet épisode remontant à 2005.

Mais en ce qui concerne Pavon, le premier procureur se dit convaincu de la culpabilité d’Erwin Sperisen. le mobile du prévenu? «Il voulait se faire passer pour le fervent directeur de la police luttant contre le crime organisé. Il cherchait un bénéfice politique et tenait à adresser un message menaçant aux criminels. La reprise de Pavon était l’occasion pour lui de faire une démonstration de force.»

Yves Bertossa réclame, pour la troisième fois, la prison à vie à l’encontre de l’ancien directeur de la police nationale du Guatemala. Et, seulement à titre subsidiaire, dans l’hypothèse où la Cour ne reconnaîtrait le prévenu coupable que de complicité, il requiert 15 ans de prison.

Le procès se poursuit jeudi avec les plaidoiries de la défense.

Créé: 18.04.2018, 20h19

Articles en relation

L'accusation contre Erwin Sperisen se fissure de toute part

Troisième procès Deux principaux témoins à charge, enquêteurs au Guatemala, se montrent confus et ne se souviennent plus de grand chose Plus...

Erwin Sperisen réclame plus d'un million de tort moral s'il est acquitté

Troisième procès L'ex chef de la police du Guatemala, condamné deux fois à la prison à vie, demande une lourde indemnisation à l'Etat. Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.