Porteous se mue en star du patrimoine

ReportageEn plus du bâtiment squatté de l’ex-STEP d’Aïre, le public a découvert son édifice voisin, la Verseuse, et leur destin commun.

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Sur le cheminement qui mène de la Verseuse à Porteous, dans ce paysage pictural où la verdure sert de cadre au Rhône, le verdict de la trentaine de visiteurs réunis ce samedi matin est sans appel: c’est à des fins culturelles que devraient être affectés ces deux bâtiments de l’ancienne station d'épuration d’Aïre longtemps restés à l’abandon. Il faut dire que la valeur patrimoniale de cet ensemble construit entre 1964 et 1967 par Georges Brera, fervent admirateur de Le Corbusier, saute aux yeux.

Guidées par l’architecte Thierry Buache, une centaine de personnes ont pu profiter samedi des Journées européennes du patrimoine pour pénétrer ces murs. Et ce n’est pas un hasard si l’ancien bâtiment administratif qu’est la Verseuse – Porteous est en trop mauvais état pour être visité – figure au programme de l’édition 2018.

D’un intérêt jusqu’à présent confidentiel, ces édifices bruts, sans fioritures, emblèmes de l’architecture des années 60, se retrouvent sous le feu des projecteurs. Alors que les milieux culturels les avaient dans le collimateur pour en faire des lieux d’exposition, de spectacle et de fêtes, ils se sont fait doubler ce printemps. À la suite d’un arbitrage politique, c’est le Département de la sécurité qui a obtenu le site, pour y loger des détenus en phase de réinsertion (lire notre édition du 5 mai).

La décision semblait définitive mais, depuis peu, une forme de mobilisation se met en place. Des jeunes militants du collectif Prenons la ville, qui ont reçu le soutien de la Ville de Genève, occupent les lieux depuis une semaine, décidés à faire tourner le vent en faveur d’un espace culturel autogéré.

Une valeur «inestimable»

Selon Valérie Muller, l’une des coordinatrices des Journées genevoises du patrimoine, «il y a une vraie urgence à montrer le bâtiment de la Verseuse. Cela tombait à pic puisque le site correspond parfaitement au thème de cette année, dévolu à la frontière. Notre but est d’attirer l’attention sur la valeur patrimoniale de ce site, de le montrer à la population, car on ne sait pas ce qu’il en adviendra. Je n’ai aucune idée si à ce stade il y a une chance de faire machine arrière. Nous avons peu de prise sur l’arbitrage politique visant l’affectation, mais la vraie question à se poser, c’est quel usage est-il le plus compatible avec ce bâtiment? L’occupation actuelle a le mérite de rouvrir le débat.»

Pour Thierry Buache, qui dans le cadre de son master a travaillé sur la réaffectation en espaces culturels de l’ancienne STEP, sa valeur patrimoniale est «inestimable. Mon idée était de transformer la Verseuse en ateliers, pour la création, et de faire de Porteous un lieu de diffusion, avec notamment une salle de spectacle. Sa hauteur de plafond, à dix mètres, et sa situation en porte-à-faux sur le Rhône s’y prêtent parfaitement. Dans le bâtiment de la Verseuse, la relation à la vue, le dialogue entre la lumière artificielle et naturelle, cette manière de passer de l’ombre à la lumière dans la promenade de l’escalier, c’est exceptionnel.»

Un site accessible à tous

À l’issue de la visite, installés sur des canapés en plein air, les occupants de Porteous invitent par de grands gestes les visiteurs à poursuivre le débat autour d’un café. «On invite tout le monde qui passe à s’arrêter un moment pour discuter avec nous, explique un membre du collectif. Ce que nous voulons pour cet endroit, c’est un centre culturel autogéré avec la population du quartier. On veut un endroit ouvert à tous, avec des gens de tous milieux, qui permette de faire vivre cette commune autrement. Les gens qui passent, toutes générations confondues, nous soutiennent.»

Dans l’assistance, Sandro Rossetti, musicien, architecte et membre de la plateforme sur les lieux culturels, est acquis à leur cause. «Porteous n’est pas un lieu qui se prête à la réinsertion. D’une part, ce qui touche à ce domaine ne doit pas se trouver en périphérie. D’autre part, c’est évident qu’avec le potentiel de ce site, une affectation culturelle fait beaucoup plus de sens. Il ne faut pas opposer les besoins mais ce site est magique. Il faut qu’il soit accessible à tous. On pourrait même imaginer des bains publics, ce qui permettrait de soulager un peu la ville, puisque Genève manque cruellement d’accès à l’eau. Certes, il y a un autre projet qui a un peu d’avance, mais rien n’est inéluctable. Regardez autour de vous: ce n’est qu’une question de bon sens.»

Créé: 01.09.2018, 20h20

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