«Plus une activité est émotionnelle, plus elle focalise l’attention de l’élève»

RechercheÀ l’occasion d’une table ronde, le psychologue David Sander a pointé le rôle des émotions dans l’apprentissage.

Le psychologue David Sander.

Le psychologue David Sander. Image: Laurent Guiraud

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De la cour de récréation à la salle de classe, on trouve de la joie, de la colère, du stress, de l’étonnement. Les émotions sont partout. Si certaines d’entre elles peuvent interférer avec l’apprentissage (en diminuant la concentration par exemple), d’autres peuvent au contraire faciliter la focalisation de l’attention et améliorer la mémorisation. C’est l’un des objets d’études de David Sander, directeur du Centre interfacultaire en sciences affectives (CISA) de l’Université de Genève. Il était l’invité d’une table ronde organisée cette semaine par l’école privée Eden, à Veyrier, qui fêtait ses dix ans. Entretien avec David Sander.

– Quel rôle peuvent jouer les émotions dans l’apprentissage des élèves?

– Les émotions d’une personne sont déclenchées par des situations ou des objets qu’elle va considérer comme pertinents pour ses besoins, buts et intérêts. Cela va ensuite induire une réponse incluant des tendances à tendances à l’action, des réactions du corps, des expressions motrices et des ressentis. Ces mécanismes influencent des processus cognitifs qui permettent l’acquisition, la mémorisation et l’utilisation de connaissances. On se rappelle du lieu d’un premier baiser, tout comme de ce qu’on faisait le 11 septembre 2001 lorsque l’on a appris pour les attentats. Des recherches suggèrent que la valeur émotionnelle des situations que nous vivons au quotidien va, notamment grâce à une région du cerveau appelée l’amygdale, moduler les régions du cerveau telles que l’hippocampe, les cortex sensoriels et le cortex préfrontal, qui régulent l’attention, la mémoire ou encore la prise de décision. Il est ainsi probable que la valeur émotionnelle d’une activité scolaire contribue à orienter l’attention de l’élève et à faciliter un bon apprentissage.

– De quelles émotions parle-t-on exactement?

– Les recherches tendent à montrer que certaines émotions dites «d’accomplissement» jouent un rôle, positif ou négatif, dans les apprentissages scolaires. Certaines sont induites pendant les activités d’apprentissage (plaisir, intérêt, colère, frustration, ennui), alors que d’autres sont liées aux réussites (joie, espoir, fierté, gratitude) ou aux échecs (anxiété, honte, tristesse, déception). D’autre part, les émotions de connaissance comme l’intérêt, l’admiration, la surprise, voire même la confusion, sont aussi souvent considérées comme des «moteurs de la connaissance». De manière plus générale, ce qui touche l’élève va permettre une meilleure focalisation.

– Quid du stress et de la peur? Ce type d’émotions peut-il aussi avoir un effet positif sur l’apprentissage?

– Il faut distinguer les émotions dites positives, car agréables à ressentir, comme la joie ou l’intérêt, du fait que les émotions ont un effet dit «positif» sur l’attention et la mémoire. Le drame du 11 septembre 2001 est évidemment fortement négatif mais il a un effet dit «positif», car facilitateur, sur la mémoire. Mais une pédagogie fondée sur la peur et le stress par exemple ne me semble pas éthique et ne serait pas réellement efficace, car de telles émotions vont diminuer le bien-être de l’élève et interférer avec l’apprentissage scolaire. Ce n’est pas une voie à suivre.

– Comment un maître peut-il utiliser au mieux ces émotions? Faire apprendre la conjugaison avec des phrases de «Harry Potter» sur un iPad?

– Il n’y a pas de recette. Une piste est d’utiliser les intérêts, scolaires et extrascolaires, de l’élève pour faciliter l’apprentissage de la matière. Par exemple, l’intégration d’une pédagogie par projet – les enfants eux-mêmes choisissent les thèmes à aborder, on profite de l’intérêt naturel – me semble prometteuse.

– Vous préconisez donc un enseignement à la carte centré sur le plaisir?

– Non, car l’objectif n’est pas le plaisir. Mais si l’on fixe des objectifs d’apprentissage, autant mettre à profit le fonctionnement naturel des émotions de l’enfant.

– L’école genevoise tient-elle suffisamment compte du rôle des émotions?

– Elle gagnerait à le faire davantage, mais il me semble que depuis quelques années, il y a des initiatives très intéressantes prises par des enseignants et une réelle demande de leur part pour mieux intégrer les émotions dans leurs cours. Il est important de développer plus de projets collaboratifs entre les centres de recherche et les écoles.

– Vous soutenez aussi que les émotions peuvent jouer un rôle dans l’amélioration du climat scolaire. Comment?

– Oui, une bonne gestion des «compétences» émotionnelles peut contribuer au bien-être à l’école. Des programmes se développent dans ce sens pour accompagner les enfants dans ces compétences, à travers des enseignements et des manuels, des jeux, des théâtres de marionnettes, des histoires pour les plus petits. Cela leur permet de mieux comprendre et de parler de leurs sentiments et de leurs causes. Et également d’avoir une émotion plus «appropriée», dans son intensité, à chaque situation. Enfin, l’objectif est que les enfants soient aussi plus sensibles aux émotions des autres et se sentent plus aptes à réguler les leurs. (TDG)

Créé: 19.11.2017, 18h33

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