Plainte pénale contre le revendeur de billets Viagogo

Internet La société genevoise, leader dans la revente de billets, abuse de pratiques déloyales, selon la Fédération romande des consommateurs.

Les billets pour le Paléo Festival foisonnent sur Viagogo, où ils peuvent être revendus au prix fort.

Les billets pour le Paléo Festival foisonnent sur Viagogo, où ils peuvent être revendus au prix fort. Image: Laurent Guiraud

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Viagogo. Ce nom peu commun est réputé parmi les internautes et rime avec succès phénoménal sur le terrain de la revente de tickets. Tout le monde peut acheter ou vendre, sur Viagogo, des tickets pour des festivals en Belgique, des matches de foot au Brésil ou des pièces de théâtre à Carouge. Le site serait leader mondial en la matière.

Ce nom est également associé à des controverses. L’entreprise basée à Genève s’est dans le passé présentée à tort comme le partenaire de clubs sportifs ou d’autres événements, comme le tournoi de Roland-Garros. Des gens ont aussi estimé que les prix des sésames revendus par son truchement sont surfaits. Mais jusqu’à présent, les critiques ont été contenues.

Ce n’est plus le cas. «En 2017, nous avons déjà reçu une centaine de plaintes de clients mécontents contre Viagogo», indique Valérie Muster, juriste à la Fédération romande des consommateurs (FRC). «Les années précédentes, on en recevait moins d’une dizaine.»

La FRC, assistée par une étude d’avocats fribourgeoise, a déposé une plainte pénale mercredi dernier contre l’entreprise genevoise auprès du Ministère public du canton. Motif: concurrence et pratiques déloyales. La plainte comporterait 65 pages d’exemples édifiants.

Multiples abus

«Viagogo se présente souvent comme le revendeur officiel d’un événement, selon Valérie Muster. Les consommateurs se rendent d’autant moins compte que ce n’est pas le cas qu’ils sont incités à rapidement acheter. L’entreprise leur fait en effet croire qu’il ne reste presque plus de billets disponibles, alors que sur le site officiel de l’événement, il reste encore des places!»

La FRC dénonce également des prix surfaits, elle évoque dans son magazine Mieux Choisir une «opacité détestable sur les frais ajoutés une fois la commande finalisée». Les tarifs des billets sur le site seraient fixés par les vendeurs et ne seraient soumis à aucun contrôle. Sur Google, l’entreprise est tellement bien référencée qu’elle s’affiche aux côtés du site officiel de l’événement recherché.

Un grand nombre de clients se seraient fait avoir lors du festival Sion sous les étoiles, cet été, pour une autre raison. Des adultes ont été amenés à acheter au prix fort des billets réservés aux enfants.

D’autres organisateurs ou émetteurs de billets, du Paléo à Opus One en passant par Ticketcorner, font état d’expériences similaires. Aucun d’entre eux n’a saisi la justice. Les organisateurs de Rock Oz’Arènes devraient déposer une plainte civile à l’encontre de Viagogo sous peu, selon la FRC.

En avril, le Secrétariat d’Etat à l’économie (SECO) a dénoncé la politique des prix pratiqués par Viagogo et l’a sommé de régulariser ses pratiques. L’hiver dernier, l’entreprise a écopé d’une amende pour violation de l’ordonnance sur l’indication des prix (OIP) du Service des contraventions genevois.

Côté politique, ça bouge également. A la fin de septembre, Olivier Feller (PLR/VD) a déposé une interpellation dénonçant des pratiques déloyales de Viagogo. Le député demande au Conseil fédéral si la société genevoise respecte la loi et, sinon, quelles actions doivent être prises. Toutes ces mesures n’ont pas freiné l’afflux de plaintes, bien au contraire.

Plaintes à l’étranger

A l’étranger, l’entreprise genevoise fait face à de multiples procédures. En Australie, la Australian Competition and Consumer Commission a porté plainte à son égard cet été pour des motifs similaires à ceux de la FRC. En France, Viagogo a été condamné pour des reventes non autorisées de billets de spectacles à plusieurs reprises.

Fondée à Londres en 2006, Viagogo a connu un essor fulgurant. Son service serait proposé dans 160 pays par le biais d’une soixantaine de plates-formes différentes. Son modèle est simple: l’entreprise, qui a déménagé à Genève au début de 2012, prend une commission sur chaque transaction qu’elle chapeaute. Le site contribuerait à échanger des tickets pour des centaines de millions de dollars chaque année.

En Suisse, plusieurs autres portails, comme Ricardo.ch ou Anibis.ch, servent également de plates-formes d’échange de billets. Mais ils ne font pas de ces reventes leur spécialité. (TDG)

Créé: 03.10.2017, 20h45

Entreprise injoignable

Contacter Viagogo? Une mission quasiment impossible. De nombreux clients, vendeurs ou acheteurs de billets, s’y sont cassé les dents, selon la Fédération romande des consommateurs (FRC). Pour les médias cherchant à avoir leur avis sur la plainte à laquelle la société fait face, mêmes difficultés. Viagogo a bien une adresse e-mail réservée aux journalistes, mais elle ne fonctionne pas. Ce courriel est introuvable, indique un message automatique de la boîte de l’expéditeur après l’envoi.

Viagogo est domicilié au sein d’une fiduciaire du centre-ville. Au téléphone, un homme qui souhaite rester anonyme donne une autre adresse e-mail et un numéro commençant pas 022. «Les coordonnées que je donne quand des clients cherchent à joindre Viagogo, précise-t-il. Des clients mécontents sont venus chez nous.» Problème: le courriel ne fonctionne pas, et pour le numéro, il faut composer le code qu’on reçoit en tant qu’acheteur ou vendeur. Aucune voie possible pour journalistes ou autreS tiers.

Retour sur le site de Viagogo, où l’on trouve une autre adresse e-mail destinée à la hiérarchie. Introuvable, à nouveau.

L’avocat de la FRC indique de son côté avoir récemment envoyé deux lettres recommandées à Viagogo à deux adresses différentes – celle de la fiduciaires et celle de l’ancien domicile de Viagogo dans le canton. Deux courriers qui ne lui sont pas revenus, signe qu’ils ont été reçus. L’ancienne adresse de Viagogo? Un immeuble de la rue de Lyon. Mais là, aucune étiquette ni signe de vie. La Tribune de Genève, venue à l’occasion d’un précédent article, sait néanmoins où sonner. Personne ne répond, sinon un voisin. «Quelques personnes travaillaient là au début de l’été, mais elles sont parties», dit-il.

Ultime tentative, auprès d’un avocat zurichois sollicité par Viagogo en avril lors d’une dénonciation du Secrétariat d’Etat à l’économie des prix pratiqués par l’entreprise (lire ci-dessus). «Pour des questions de confidentialité, je ne suis pas en position de dire avec qui je travaille ou non», conclut-il. R.ET.

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