Pathé Balexert: une députée UDC accuse Unia d'hyperactivisme syndical

Conflit socialLa gauche majoritaire à Vernier a voté le 26 juin une résolution où Pathé Balexert est qualifiée d'«entreprise voyou». L'UDC veut faire annuler le vote du Municipal.

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«Pathé Balexert, pour qui roule le Parti socialiste?» Christina Meissner pose la question dans son blog et remonte dans l'actualité estivale le différend qui oppose depuis mai 2011 le syndicat Unia à la société Pathé Romandie qui exploite le multiplexe de Balexert.

«En tentant d'imposer la reconnaissance du syndicat Unia et la conclusion d'une convention collective de travail (CCT), notre Conseil municipal a dépassé clairement son mandat politique pour favoriser le business d'un syndicat», écrit l'élue UDC de Vernier qui est aussi députée au Grand Conseil. Christina Meissner estime qu'Unia cherche en fait à «encaisser la prime déduite sur les salaires des employés bénéficiaires d'une CCT».

Le bras de fer social a pris une tournure politique fin juin avec le vote par le Conseil municipal de Vernier à majorité rose-rouge-verte d'une résolution, qui demande le rétablissement du dialogue social et traite les cinémas Pathé de Balexert d'«entreprise voyou». (cf la tribune du 2 juillet)

«Le terme figure dans l'exposé des motifs qui n'a pas été associé au texte voté. Il n'engage pas la commune», dit le conseiller administratif Thierry Apothéloz: «Je viens d'écrire officiellement au syndicat et à l'entreprise pour proposer sa médiation.»

Umberto Bandiera du syndicat Unia s'en réjouit. Même s'il qualifie d’agressive l'attitude de l'entreprise, il ne reprend pas à son compte le mot de voyou. Il déplore qu'il faille une résolution politique «pour faire comprendre à une multinationale qui détient pratiquement le monopole du cinéma à Genève la nécessité de respecter les règles du partenariat social». Il dénonce aussi la récupération politique de l'UDC: «Les contributions professionnelles prévues par beaucoup de CCT financent des fonds paritaire qui ont vocation d'assurer la bonne exécution des conventions ainsi que le financement de formation et de requalification des travailleurs. Rien à voir avec le financement du syndicat.»

Pathé se défend de toutes pratiques illégales

Pathé Romandie a écrit au Conseil municipal début juillet avec copie au Conseil administratif. Le Législatif communal en prendra connaissance le 4 septembre prochain. Mais la missive circule et jette de l'huile sur le feu. Pathé termine sa lettre dans la quelle la société requiert le retrait de plusieurs points de la résolution du 26 juin par les mots «Tous droits réservés». La multinationale poursuivra-t-elle la commune en justice? «J'ai été choqué de recevoir ce courrier où un privé demande d'annuler un texte voté démocratiquement», a indiqué le président socialiste du Conseil municipal, Denis Chiaradonna au quotidien 20 Minutes. Christina Meissner a, elle, déjà reçu le soutien du MCG et du PLR. Les trois partis de droite disposent de 18 des 35 sièges du délibératif de la commune.

Le directeur de Pathé Romandie affirme pour sa part que «les relations du travail sont excellentes et que sa société ne commet rien d'illégal». Certes, admet Teodor Teodorecu, «la hausse des salaires prévue a été accélérée l'été dernier à la suite d'un mouvement d'humeur du personnel survenu en mai 2011. Les rémunérations se situent désormais au-dessus des minimaux prévus par la convention collective de travail.» Pour le reste, Pathé conteste avoir procédé à des licenciements massifs et à une surveillance des employés via le système de vidéosurveillance. Le directeur brandit pour sa défense la Recommandation du 30 décembre de la Chambre des relations collectives du travail (CRCT), saisie par le syndicat, qui ne valide aucune accusation d'Unia, se contentant de demander aux parties de reprendre le dialogue.

La CCT cinéma ne concerne qu'un employé sur dix

Le syndicat ne lâche pas son os. Moins d'une centaine d'employés sont concernés. Beaucoup sont étudiants et travaillent à temps partiel. Pour le syndicat, il s'agit d'imposer à une multinationale les règles de la concertation sociale en usage en Suisse. Depuis 1994, le Groupement des cinémas de Genève qui réunit les salles indépendantes a signé une convention collective de travail. Mais l'arrivée de Pathé, qui boude le Groupement, et la fermeture des petites salles fait que seuls 10 à 15% des employés du secteur sont désormais couverts par la CCT.

L'affaire a pris une tournure nationale. Le 26 juin dernier, le jour de la décision du Conseil municipal de Vernier, Valérie Boillat, secrétaire syndicale à Berne, indiquait dans un communiqué de presse: «Unia vise à moyen terme à relancer les discussions en vue d'une CCT pour la branche du cinéma, tout d'abord au niveau cantonal, puis si possible sur le plan national.»

(TDG)

Créé: 08.08.2012, 16h18

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Action syndicale en vue

Le 18 juillet Unia a écrit à Pathé en réitérant ses trois demandes: 1) Reconnaître au syndicat Unia sa représentativité et lever l’interdiction d’entrée pour les secrétaires syndicaux. 2) Ouvrir le dialogue pour trouver des solutions avec la délégation du personnel et les représentants d’Unia. 3) Conclure une convention collective de travail avec le syndicat Unia. La direction de Pathé dit ne pas vouloir se prononcer avant la prochaine séance du Conseil municipal le 4 septembre.
Dans sa lettre Unia donnait sept jours à la société pour répondre à défaut de quoi le syndicat «se réserve le droit de procéder à tout type d'action syndicale, dans le respect de la légalité».

Christina Meissner (Image: guiraud (Archive))

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