Patek Philippe menace de quitter Genève

Economie genevoiseLe président de la firme de haute horlogerie qualifie d'«étouffant» l'impôt sur la fortune, un des plus élevés du pays.

Thierry Stern, président de Patek Philippe.

Thierry Stern, président de Patek Philippe. Image: Vogelsang (Archives)

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Le célèbre horloger, dont les usines sont installées à l'arrière du château de Plan-les-Ouates, menace dans une interview accordée au journal Le Temps de quitter le canton de Genève à cause de sa fiscalité «étouffante». La firme de haute horlogerie, qui exposera ses complications à Baselworld cette semaine sur un stand 30% plus grand que l'an dernier, fêtera son 175e anniversaire en mai prochain.

Le coup de gueule de Thierry Stern vise notamment l'impôt sur la fortune qui est à Genève un des plus lourds de Suisse, dix fois plus élevé qu'à Schwyz ou à Zoug. Patek Philippe est en main privée. Elle n'a pas d'actionnaires et n'est pas cotée en bourse. Comme nombre d'entreprises dans cette situation le propriétaire voit sa fortune personnelle augmentée de la valeur de la société. Il paie un pourcent d'impôt sur la fortune chaque année, ce qui, compte tenu de la valeur de Patek Philippe, peut faire des sommes très rondelettes, d'autant que la valeur retenue est en principe celle que vaudrait l'entreprise si on la vendait. En 2014, Genève a prévu d’encaisser 636 millions au titre de l'impôt sur la fortune, soit un peu plus de 15% du total des recettes sur les personnes physiques.

En France et dans les pays anglo-saxons, l'outil de travail est exonéré d'impôt, rappelle Xavier Oberson dans Le Temps. L'avocat et professeur de droit fiscal à l'Université qualifie de «grave anomalie» le système genevois. Il dit connaître le cas de plusieurs personnes qui se sont exilées à Londres pour éviter cet impôt.

«No comment» de Dal Busco

Du côté du Département des finances où le nouveau conseiller d'Etat a achevé ses cent jours, on se refuse à commenter ces déclarations. L'impôt sur la fortune est lourd pour certaine catégorie de contribuables. L'ancien ministre des Finances, le Vert David Hiler, le reconnaissait volontiers. Cette charge avait conduit le Grand Conseil à voter un bouclier fiscal qui limite l'appétit du fisc.

«C'est un peu une non news», remarque Blaise Matthey, le patron des patrons genevois. La question du taux genevois d'imposition de la fortune est ancienne mais n'a jamais trouvé une issue. «Je reçois régulièrement des manifestations de mécontentement à ce sujet», dit le directeur de la Fédération genevoise des entreprises, pour qui «le sujet concerne qu'un petit nombre de contribuables, qu'on a un intérêt évident à conserver à Genève.»

Le débat n'est pas clos. La gauche continue de contester le bouclier fiscal. Elle a lancé plusieurs initiatives fiscales à propos des multinationales (IN 150) et des forfaits fiscaux (IN 149).

Un projet MCG sur le bouclier fiscal

Le 19 février dernier, le MCG a remis le bouclier fiscal sur la table des députés. Le projet de loi 11393 vise à colmater une petite brèche dans le dispositif. Il s'agit précise l'auteur du projet de loi, l'avocat Ronald Zacharias, de modifier l'article 60 de la loi sur l'imposition des personnes physiques. Sa proposition consiste à biffer de l'alinéa 1 l'indication selon laquelle «le rendement net de la fortune est fixé au moins à 1% de la fortune nette». Car, explique le député, «les rendements sont aujourd'hui inférieurs à cette marge de sorte que le fisc impute au contribuable un revenu qu'il ne réalise pas».

Le gros de la bataille se prépare en coulisses. L'imposition de la fortune et l'impôt immobilier complémentaire seront débattus quand l'Etat présentera la nouvelle évaluation fiscale des biens immobiliers qu'impose la Confédération. Le taux de l'un ou de l'autre sera sans doute abaissé pour compenser la hausse attendue de la valeur des immeubles. «Dans ces affaires fiscales, note Ronald Zacharias, l'émotion et les idées reçues l'emportent souvent sur une saine réflexion.» L'avocat note que «les autres cantons suisses et des pays comme la Suède et aujourd'hui l'Espagne ou le Portugal ont une approche moins dogmatique. Ils ne s'en portent que mieux.» (TDG)

Créé: 24.03.2014, 10h12

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L'an dernier, Patek Philippe a écoulé 55'000 montres, en légère croissance, révèle encore le président de l'entreprise. Le volume des garde-temps vendus s'est inscrit en hausse de 2% à 2,5%, note-t-il sans dévoiler toutefois de chiffres précis.

Les effectifs sur les sites genevois de Plan-les-Ouates - où la marque a son siège et une manufacture - ainsi que de Perly ont légèrement augmenté pour atteindre quelque 1600 collaborateurs. En incluant les autres unités de production en Suisse et les filiales à l'étranger, la marque emploie 2200 personnes au total. Pour Patek Philippe, la période des embauches importantes est cependant terminée.

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