«Pas besoin d’être grand pour sauver une vie»

ÉducationLa Haute École de santé mène un projet pilote au primaire: elle forme les élèves aux premiers secours, dont le massage cardiaque. Ils sont aussi efficaces que des adultes.

Des élèves de la Roseraie ont participé à un projet pilote de formation aux gestes de premiers secours élaboré par la Haute École de santé.

Des élèves de la Roseraie ont participé à un projet pilote de formation aux gestes de premiers secours élaboré par la Haute École de santé. Image: Laurent Guiraud

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«On n’a pas besoin d’être grand pour sauver une vie. On peut le faire à tout âge. Enfin, à part si on est un bébé, bien sûr.» Le constat émane de Jules, 10 ans. Avec ses camarades de classe de l’établissement primaire de la Roseraie, il vient de participer à un projet pilote de formation aux gestes de premiers secours mis sur pied par la Haute École de santé (HEdS). Si ces réflexes sont enseignés dans un cours obligatoire de deux heures au Cycle d’orientation – Genève est le seul canton romand à avoir inscrit les premiers secours dans son programme scolaire – rien n’est prévu au primaire. Le projet pilote doit encore faire l’objet d’une évaluation avant d’imaginer une généralisation, mais la volonté est déjà saluée par le responsable des urgences santé du 144 (lire ci-contre).

En cas d’arrêt cardio-respiratoire, qui cause plus de 5000 décès par an en Suisse, l’espérance de vie de la victime chute de 10% chaque minute sans prise en charge. Des lésions au cerveau peuvent apparaître après trois minutes d’arrêt déjà. La rapidité d’intervention est donc primordiale. D’où l’importance de prodiguer un massage cardiaque: il permet de suspendre le temps en «remplaçant» le cœur et en alimentant les organes avec l’oxygène encore présent dans l’organisme. Accroître le nombre de personnes formées aux premiers secours, c’est donc augmenter les chances de survie des patients. Et ces personnes peuvent être des enfants (lire ci-contre). L’association des Samaritains de Genève initie déjà depuis de nombreuses années les 5 à 16 ans aux bases du secourisme, dans le cadre du projet Samas’Kids.

Casser un os mais sauver la vie

La HEdS, elle, veut intervenir directement au sein des écoles. Son programme pilote s’inscrit dans le cadre d’un projet de fin d’année, avec le soutien du Service de santé de l’enfance et de la jeunesse. «Nous visons un but de prévention ainsi que de promotion de la santé», explique Murielle Szynalski, maître d’enseignement filière soins infirmiers et formation continue. Trois classes de 5P à 7P – 8 à 10 ans – ont expérimenté ce projet pilote qui s’étend sur quatre périodes de quarante-cinq minutes, dispensées par les étudiants en soins infirmiers. Les deux premières sont consacrées à de l’anatomie et à l’introduction des gestes de premiers secours, notamment l’apprentissage d’un protocole d’actions (comment vérifier si une personne est consciente, quand appeler le 144, comment mettre en position latérale de sécurité, penser à sa propre sécurité, prendre des précautions s’il y a du sang, etc.) ainsi que de la pratique.

Les deux périodes suivantes font la part belle à la pratique. Des étudiants de la HEdS jouent les cobayes, allongés sur le sol, recréant des scénarios d’urgence pour les élèves répartis en petits groupes. Les gestes du sauveteur en herbe sont appliqués, le protocole d’intervention intégré et les élèves intéressés. «Puisque le cœur est à gauche, il faut se mettre de ce côté-là pour faire le massage?» demande un élève. Un autre: «Pour le massage cardiaque, on peut s’entraîner sur quelqu’un?» Non, il ne vaut mieux pas. Les mannequins automatiques sont là pour ça. Après un bref rappel de la mécanique – «Pourquoi il ne faut pas que le cœur s’arrête?» – on passe à l’action. Jules se lance. Il y met de l’énergie et de l’application. «Joao, je suis fatigué, tu peux prendre la suite?»

«Une côte cassée, ça se répare, ce qui compte, c’est que la personne ressorte vivante»

C’est l’un des enseignements fondamentaux: apprendre à se relayer. «On est des enfants, alors on n’a pas beaucoup de force et on se fatigue vite. C’est pour ça qu’il faut s’entraider», relève Victoria, 10 ans et pantoufles à strass. Elle ne connaissait pas tous ces gestes mais elle est fière de les maîtriser. En situation réelle, osera-t-elle pratiquer un massage cardiaque? «Ça me stresse un peu parce qu’on peut casser un os (ndlr: briser des côtes).» Jules riposte: «Moi j’oserais. Une côte cassée, ça se répare, ce qui compte, c’est que la personne ressorte vivante.»

Les intervenants encouragent à agir mais mettent des garde-fous: «On parle de la question de la responsabilité aux enfants. Avec ces gestes, on peut sauver une vie mais parfois on ne réussit pas. Et ce ne sera pas de leur faute, ce ne sera pas parce qu’ils ont fait faux», précise Murielle Szynalski. Son collègue formateur Michaël Cennamo renchérit: «Il faut les déculpabiliser. Expliquer que s’ils n’osent pas faire le massage, appeler le 144 sera déjà beaucoup.»

«Ils ont pris de l’assurance»

La séance pratique se termine par un véritable appel au 144, prévenu en amont. La tonalité résonne dans le silence impressionné de la classe. Le 144 rassure et guide avant l’arrivée des «secours» (deux étudiants) et du défibrillateur.

Un quiz clôt la formation sur un sans-faute. Et sur la satisfaction des organisateurs. «Par rapport à la première séance, on voit que les élèves ont pris confiance en eux, ils ont acquis une assurance», relève Murielle Szynalski. Le directeur de l’école, Stéphane Brandt, se dit «bluffé par leur capacité à mémoriser le protocole et la précision de leurs gestes». Et l’infirmière scolaire Danièle Cretegny de conclure: «Quand on voit leur rapidité d’apprentissage et leur enthousiasme, on se dit qu’un tel projet a tout son sens. Ils en savent plus que certains adultes!»


«À 5 ans, on peut initier aux bons gestes»

Robert Larribau est le médecin responsable des urgences santé du 144. Il milite depuis plusieurs années pour que les gestes de premiers secours soient enseignés à l’école primaire. «À Genève, on est en retard, notamment en comparaison des pays nordiques ou, plus près, de l’Alsace ainsi que du Tessin, où les élèves en fin de primaire sont formés aux gestes basiques avant de recevoir une formation plus poussée au cycle secondaire.»

Le professionnel soutient que de nombreuses études ont montré qu’une telle formation est utile. «Dès 5 ans, on peut proposer une initiation aux gestes qui sauvent et au numéro d’appel du 144. Puis il faut faire des rappels tous les deux ans environ.» Un enfant est donc tout à fait capable de poser les bonnes questions pour évaluer un degré d’urgence et appeler le 144. Mais pratiquer un massage cardiaque? «Oui. Dès 8 ans, un enfant a suffisamment de force pour prodiguer ce geste qui sauve. Il faut absolument démystifier la complexité du geste, qui est utile dans 100% des réanimations et permet de gagner du temps.»

Démystifier, aussi, auprès des adultes, et pour cela l’enfant peut être un bon relais. «Il peut en effet entraîner un «effet collatéral»: à la maison, il va partager ce qu’il a appris et par là sensibiliser son entourage. D’autre part, en situation d’urgence, le fait qu’un enfant intervienne pourra encourager des adultes à agir. Ceux-ci ont souvent plus de réticences et d’hésitations que les enfants.»

Ces réticences, le 144 y est régulièrement confronté. «Lorsqu’on demande aux personnes au bout du fil de prodiguer un massage cardiaque, 40% refusent de le faire. Essentiellement parce que ce sont des personnes âgées qui n’y parviennent pas ou ne savent pas comment faire. D’autres sont simplement réticentes, elles ont peur de faire mal et de mal faire.» Et c’est un problème: la moyenne d’âge pour un arrêt cardiaque est de 64 ans à Genève et plus de la moitié ont lieu à domicile. «Or, cette population cible ne sait souvent pas faire de réanimation. Elle est difficile d’accès et mieux la sensibiliser est l’un de nos prochains défis.»

Créé: 12.06.2019, 07h05

Adultes aussi en action avec Save a Life

Sensibiliser les enfants, c’est bien. Mais pour augmenter encore les chances de survies des victimes, il faut encore améliorer l’action des adultes. Un dispositif développé avec l’Hôpital cantonal et le 144, Save a Life, sera déployé dès septembre. Son application mobile – inspirée du modèle mis en place au Tessin – permettra de mettre en relation la centrale de 144, un réseau des défibrillateurs recensés et géolocalisés ainsi qu’un «first responder» (premier répondant). Soit une personne se trouvant à proximité de la victime qui, alerté via l’application, peut prodiguer les premiers gestes en attendant l’arrivée des secours. Dans un premier temps, des personnes connaissant les bases des premiers secours (policiers, pompiers volontaires, samaritains, voire employés municipaux, etc.). En parallèle, le grand public est aussi formé aux gestes de premiers secours. En 2018, 300 personnes ont ainsi été sensibilisées. Le recensement et la géolocalisation des défibrillateurs en accès public libre sont toujours en cours.

Former à utiliser le défibrillateur?

Le Service de santé de l’enfance et de la jeunesse assure deux heures de cours par an de secourisme aux élèves de 10e du Cycle depuis les années 60. Une période dédiée à la position latérale de sécurité, assurée par le maître de gym, et une autre sur le massage cardiaque assurée par l’infirmière scolaire, détaille le DIP. L’ajout d’une troisième période pour la formation au défibrillateur est à l’ordre du jour. Depuis septembre 2016, tous les établissements du secondaire sont pourvus d’un défibrillateur. En revanche, au primaire, pour être équipé, le bâtiment doit accueillir plus de 150 personnes et cela relève des communes. Tous les bâtiments avec piscine en sont équipés.

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