«On ne s’attendait plus à ce Prix Nobel»

ScienceÀ l’Université de Genève comme à l’Observatoire de Sauverny, la surprise a été totale. Une récompense qui tombe à pic.

David Ehrenreich (à gauche), Yves Fluckiger (au centre) et Francesco Pepe célèbrent l'obtention du prix Nobel à Uni Dufour.

David Ehrenreich (à gauche), Yves Fluckiger (au centre) et Francesco Pepe célèbrent l'obtention du prix Nobel à Uni Dufour. Image: Keystone

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Au quatrième et dernier étage d’Uni Dufour – un peu plus près des étoiles? – règne une certaine excitation, qui tranche avec le silence studieux régnant dans le reste du bâtiment. C’est là qu’a été organisée, au pied levé, une conférence de presse pour saluer la nouvelle tombée quelques heures plus tôt. Sans champagne ni petits-fours. Car plus personne ne croyait à cette récompense.

«Nous l’avons appris à midi moins une. C’était un grand moment, une surprise aussi», lance, ému, Francesco Pepe, directeur de l’Observatoire de Genève. «On ne s’attendait plus à ce Prix Nobel, parce que Michel Mayor et Didier Queloz le méritaient depuis des années.» Recteur de l’Université de Genève, Yves Flückiger confirme: «Je savais que le Nobel de physique allait être attribué ce matin, mais je n’osais espérer. J’étais en réunion dans mon bureau quand des collègues sont venus m’annoncer la nouvelle. Ils sont entrés sans frapper!»

Quatre orateurs se sont succédé devant les représentants de la presse. Tous ont souligné la grande fierté que constitue cette distinction, mais surtout le formidable élan scientifique qu’a déclenché en 1995 la découverte des deux chercheurs genevois, et qui continue à illuminer le ciel des astronomes du monde entier.

«Depuis toujours, on se demandait si on était seul dans l’univers, relève Francesco Pepe. Michel Mayor et Didier Queloz y ont répondu de manière directe: oui, les autres étoiles ont aussi des planètes. Encore fallait-il accepter la présence d’une planète, baptisée 51 Pegasi b, qui ne corresponde pas du tout à tout ce que l’on connaissait. Car elle est grande comme Jupiter, mais tourne autour de son étoile en 4,2 jours!»

Depuis, la recherche a explosé. «Ce qui est excitant aujourd’hui, c’est que l’on parvient à caractériser un peu plus l’atmosphère de ces exoplanètes et leur composition chimique, voire ce que l’on appelle la zone habitable», s’enthousiasme Émeline Bolmont, professeure assistante au Département d’astronomie de l’UNIGE. «Si on en est là, c’est grâce à la découverte de 51 Pegasi b.»

Dans ce fourmillement scientifique qui gravite désormais autour des exoplanètes (plus de 4100 ont été détectées à ce jour), l’annonce de ce Prix Nobel «tombe au meilleur des moments, se félicite David Ehrenreich, professeur associé au Département d’astronomie de l’UNIGE. Le premier satellite spatial suisse, CHEOPS, sera lancé dans très peu de temps (ndlr: normalement à mi-décembre) et toutes les données récoltées seront analysées au centre d’opération scientifique de Genève, à l’Observatoire de Sauverny. En un quart de siècle, après avoir construit de nombreux appareils pour mieux détecter les exoplanètes, on va pouvoir aller dans l’espace pour déterminer de quoi elles sont faites et comment elles se sont formées. Tout cela, c’est l’héritage de Michel Mayor et Didier Queloz.»

Un héritage qui va rejaillir sur l’Université de Genève, «mais aussi sur le pôle scientifique de toute la région. Il y a deux ans, nous étions fiers de nous associer au Nobel du Vaudois Jacques Dubochet, qui avait commencé sa formation chez nous. Cette fois, on inverse, puisque Michel Mayor a étudié la physique à Lausanne avant de venir à l’Observatoire de Genève.» Pour le recteur, qui s’attend à ce que l’UNIGE grimpe encore dans le ranking (classement) des universités mondiales, ces trois prix «montrent que la collaboration et le partage de nos infrastructures font le succès de cette partie de la Suisse. C’est un signal fort à l’égard du financement fédéral pour les années 2021 à 2024 et cela prouve aussi aux politiques qu’ils ont eu raison d’investir dans la formation et la recherche.»

Créé: 08.10.2019, 20h05

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