«On devient les adeptes du jeté de vieux»

PolémiqueLe personnel en EMS est sous pression, dénoncent des syndicats. L’État ne couvre pas l’entier des soins requis par les personnes âgées. Réaction de Mauro Poggia.

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Photo d'illustration. Image: Lucien Fortunati (archives)

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Les syndicats le dénoncent depuis des années: l’État ne couvre pas l’entier des soins requis par les personnes âgées dans les établissements médico-sociaux (EMS). «Aujourd’hui nous en avons la preuve formelle, indique Giulia Willig, au nom d’Unia. Le taux de couverture des besoins en soins se monte à 86%!» Et ce ne sont pas des mauvaises langues qui l’affirment: la Direction générale de la santé (DGS) l’a écrit dans un document adressé aux EMS. Interpellé, le patron de la Santé, Mauro Poggia, confirme que «selon la nouvelle évaluation, à l’aide de l’outil dénommé Plaisir, qui détermine les besoins en soins par rapport au degré de dépendance du résident, la couverture est effectivement de 86%.»

«En clair, 14% de soins pourtant nécessaires ne sont pas financés, forçant les EMS à dimensionner les équipes soignantes en conséquence, augmentant les cadences de travail et, au bout du compte, bousculant les rythmes de vie des personnes âgées, ont déploré mardi Unia et le SSP, lors d’une conférence de presse. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Si les pressions faites sur le personnel sont partout combattues par les syndicats, ici elles impactent non seulement les prestations à la population, mais qui plus est à une population particulièrement fragile.» Des employés évoquent «ces cadences infernales où tout est minuté pour ne pas supprimer les soins essentiels…» Aujourd’hui, dans certains EMS, «on devient les adeptes du jeté de vieux», expression terrible pour qualifier le coucher express à la chaîne des résidents.

«Une forme de maltraitance»

«Tout cela relève d’une forme de maltraitance institutionnalisée», considère Giulia Willig. Les syndicalistes le condamnent d’autant plus qu’une initiative, acceptée à près de 60% par le peuple en 2007, demandait déjà une meilleure prise en charge des personnes âgées. «Las, les Conseils d’État qui se sont succédé depuis ne l’ont jamais mise en œuvre», constatent les syndicats. Rappelons que le 100% des soins en EMS, tel qu’il est calculé par l’outil de référence Plaisir, signifie par exemple une douche par semaine, ou encore trois mobilisations par jour. «C’est peu, diront certains. C’est encore trop, selon nos gouvernants», notent les syndicats.

De par sa politique de développement des soins à domicile, Genève a voulu retarder au maximum l’entrée des aînés en EMS. Résultat, avancent Unia et le SSP, «l’état de santé de ceux-ci est de plus en plus péjoré quand ils arrivent dans ces établissements. Et c’est là où le bât blesse. Il faudrait davantage de personnel alors que les soins aux résidents sont toujours plus lourds.»

À l’approche du grand dimanche électoral, les syndicats souhaitent connaître les intentions du magistrat, qui postule à sa propre succession au Département de tutelle de la santé: «Monsieur Poggia va-t-il enfin corriger le laxisme de ses prédécesseurs. Sera-t-il le conseiller d’État qui met enfin en œuvre la volonté populaire en dotant les EMS de la totalité du personnel nécessaire? Ou préférera-t-il fermer un peu plus les yeux et laisser la situation continuer de se péjorer?»

Réponse de Poggia

Le candidat Poggia répond que ce financement en dessous de 100% n’implique cependant pas une prise en charge insuffisante sur le plan médico-thérapeutique, «puisque la composition des équipes en termes de compétences est déterminée et surveillée par l’État, à savoir un tiers de tertiaire (infirmiers), un tiers de secondaire (aides soignants), et un tiers de primaire (auxiliaires de soins)». Mais comment l’EMS couvre-t-il la différence de 14% qui ne lui est pas versée, ne pouvant raboter les coûts médico-thérapeutiques? «Il le fait par l’affectation d’une part du prix de pension fixé par l’État pour le volet sociohôtelier, prix de pension versé par les résidents qui en ont les moyens, mais, plus généralement (75%), par le service des prestations complémentaires, qui couvre l’ensemble les frais que le résident ne peut assumer», explique Mauro Poggia. Le magistrat MCG admet que «cette situation n’est pas satisfaisante, mais elle n’a pas concrètement de conséquence sur la qualité de la prise en charge des résidents d’EMS du canton.» (TDG)

Créé: 10.04.2018, 18h43

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