On a trouvé de l'or dans le tunnel du CEVA sous Champel

Chantier du siècleLe front d'attaque dans la falaise se trouve juste en face de la Promenade des orpailleurs à Carouge.

A gauche la poussière d'or que l'on tire des graves de l'Allondon, à droite, les premières paillettes extraites du tunnel du CEVA.

A gauche la poussière d'or que l'on tire des graves de l'Allondon, à droite, les premières paillettes extraites du tunnel du CEVA. Image: JFM

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De l'or dans l'Arve, il y en a toujours eu. En petite quantité certes, mais assez pour que naguère des chercheurs d'or manient la batée et le tamis le long des berges de la rivière franco-suisse. La Promenade des orpailleurs, qui longe la rivière de l'avenue Cardinal-Mermillod au pont du Val-d'Arve témoigne de cette ancienne activité. Les ingénieurs du CEVA, que le percement des tunnels fait cauchemarder – ils viennent d'annoncer un retard de 21 mois – n'osaient pas trop en rêver. Qu'on découvre des dépôts d'or plus importants dans les graviers du quaternaire, les moraines glaciaires et les couches alluvionnaires que le tunnel de Champel doit traverser. Or ce rêve est en passe de devenir réalité.

Stéphanie Girardclos, enseignante à la Faculté des sciences et spécialiste de la géologie du Quaternaire, refuse de confirmer la nouvelle: «Oui, dit-elle, le tunnel de Champel traverse bien des graviers et des sables du Quaternaire, mais je ne peux pas vous en dire plus.» Et pour quelles raisons? La scientifique, qui s'est fait connaître en étudiant le tsunami du Léman de l'an 563, a tout simplement conclu un pacte de confidentialité avec la direction du CEVA dans le cadre d'un projet de recherche qui l'autorise à dresser son laboratoire sur le front de taille même du tunnel.

En l'absence du professeur Lluís Fontboté, l'un des spécialistes mondiaux des gîtes métallifères, actuellement sur un filon d'or au Pérou, c'est Elias Samankassou qui répond. Le spécialiste en sédimentologie confirme que des dépôts plus importants d'or en paillette peuvent se former dans le lit des rivières. L'or se détache généralement de filons enfouis dans les Alpes, explique-t-il. L'eau, le gel et le dégel, les acides naturels et d'autres phénomènes érodent le minerai. Les crues emportent les paillettes, dont la densité est huit fois plus grande que celle du quartz, et le déposent sur tout le cours de la rivière.

Un ouvrier orpailleur

Comme souvent, une découverte tient du hasard et d'un heureux concours de circonstances, poursuit le scientifique. C'est le cas de l'or de Champel. Il raconte. Un ouvrier du plus grand chantier du siècle à Genève remarqua un jour de l'automne dernier un reflet étrange. Passionné de géologie, il connait bien Frédéric Arlaud, qui travaille à la Faculté des sciences de la terre de l'Université de Genève. Il lui a donc ramené un seau plein de sable et de gravier. Les deux amis ont du métier. Ils font partie de cette poignée de Genevois qui par passion retourne la grève de l'Allondon ou celle du Rhône, au sud de Chancy, à la recherche du métal jaune.

Dans la pénombre de l'atelier de géologie, au 13 rue des Maraîchers, les deux compères procèdent aux habituelles opérations de tri et de décantation. Il s'attendent à ne trouver que de la poussière d'or, des paillettes extrêmement fines, juste visibles à l’œil nu. A leur grande surprise, les premières paillettes du tunnel du CEVA sont bien plus grosses, de l'ordre de deux à trois millimètres, et surtout bien plus nombreuses.

Sans rien dire, l'ouvrier est retourné à son chantier. Chaque soir, durant deux semaines, il a rapporté un seau de gravier et de sable. Et chaque soir, les deux compères trouvaient des paillettes, de quoi bientôt remplir un premier tube d'une valeur de mille francs. L'ouvrier décida d'informer son contremaître de sa découverte, lequel alerta l'ingénieur responsable du CEVA. Lequel dut bien se rendre à l'évidence. Il y a bien de l'or dans le tunnel de Champel. Mais combien? De nouvelles investigations secrètes ont donc été conduites depuis le début de l'année. On a foré des carottes dans le front de taille et depuis la gare de Champel. Selon nos informations, 80% des tests se sont révélés positifs.

Prudente la direction du chantier aurait préféré tenir l'information sous scellés encore quelque temps. La durée allongée de forage est sans rapport avec la découverte de l'or, assure-t-elle. On va simplement profiter du nouveau délai pour installer un système industriel de tri et de décantation des graves pour récupérer le métal jaune. L’or déjà trouvé est suffisant pour financer cet investissement. «Après le cauchemar, il est permis de rêver, conclut un ingénieur sous couvert d’anonymat, si l’on en trouve davantage dans les couches qu’on n’a pas carottées, le gain viendra diminuer la facture finale de l’ouvrage.»

En Suisse la région la plus aurifère est situé dans la région du Napf

(TDG)

Créé: 01.04.2014, 07h00

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De l’or, il y en a partout, mais peu

L’Allondon est la rivière qui, aujourd’hui encore, fait le bonheur des orpailleurs en herbe. «J’y vais avec mon gamin», raconte Frédéric Arlaud (photo Guiraud) en exhibant un petit tube où brille des paillettes d’or. Les étudiants en géologie y font leurs premières armes. Même les profanes peuvent profiter des leçons des experts des sciences de la terre. Pourquoi l’Allondon? Parce que c’est l’une des seules rivières genevoises qui a gardé son cours intact. Le Rhône, au sud de Chancy, étale encore ses méandres dans des graves propices à la recherche du métal jaune. Tel était jadis le cours de l’Arve. La rivière divaguait dans un large triangle, de la plaine de Plainpalais à son lit actuel.
L’or a toujours enflammé l’imagination. En 2010, quinze étudiants de la HEAD avaient investi le chantier de la plaine avant sa couverture avec le ghorr du Beaujolais. L’une des artistes avait exposé une pépite retrouvée sur place, le trésor d’une archéologie imaginaire. JFM

La Promenade des orpailleurs relie l'avenue du Cardinal-Mermillod au pont du Val-d'Arve. En traits tirés, le trajet du CEVA.

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