Nuit debout s’installe sur la plaine de Plainpalais

De Paris à GenèveCe dimanche, une centaine de Genevois ont participé au mouvement français qui a démarré en avril.

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Nicolas se mordille les lèvres. Il se tâte, il hésite et fonce. Ce collégien de 16 ans s’empare du lourd mégaphone, arborant le logo d’un syndicat de la place, pour parler à la centaine de personnes de la «Nuit debout» version genevoise, ce dimanche en fin de journée sur la plaine de Plainpalais: «J’étudie à Calvin, dit-il en frottant ses semelles sur le sable rouge. J’ai raconté aujourd’hui à mes grands-parents que je venais à cette manifestation. Ils étaient surpris, réticents de me voir aller chez "ces fous" qui manifestent depuis des semaines sur la place de la République à Paris. Ça m’a énervé, j’ai essayé de leur expliquer que ce mouvement (né le 31 mars en France pour contester notamment la nouvelle loi travail), est un moyen de lutter contre le système actuel. Et que même en Suisse, les choses doivent changer. Mais mes grands-parents pensent que tout cela est une utopie de jeunesse.» Une femme aux long cheveux roux et bouclés soutient ce discours: «L’utopie est simplement ce qui n’a pas encore été essayé.»

Les habitués des tribunes

Très applaudi, le jeune collégien prêche des convaincus. Des syndicalistes, des étudiants, des féministes, des militants de SolidaritéS et des curieux, tous ouverts à changer le monde. Un seul drapeau, rouge, flotte au vent frais de ce dimanche ensoleillé. Pas de banderoles de partis, quelques pancartes en faveur du RBI (revenu de base inconditionnel). L’essentiel des messages est ailleurs, à savoir dans les interventions spontanées mais minutées de chacun. Cette tentative de faire naître une «Nuit debout» en Suisse, a lieu le jour de l’anniversaire des cinq ans du mouvement des Indignés en Espagne. «Un mouvement qui a conduit à la création du parti Podemos en Espagne», rappelle Cemil, 29 ans. Ce jeune artiste français, souriant et barbu, a une tâche cruciale: il tend le micro, chauffe le public et tente d’encourager les timides. Mais c’est les habitués des tribunes qui ouvrent le bal dès 17 h. Ils donnent leur mot d’ordre pour des scrutins, invitent à participer à la "Marche des salopes" le 11 juin et encouragent à refuser les coupes budgétaires dans la culture en Ville de Genève lors des votations du 5 juin.

"J’ai fait Mai 68 et Woodstock"

Pendant ce temps, au stand des étudiants marxistes de l’Université de Genève, on propose des livres du philosophe allemand à la barbe blanche tout en débattant avec un rouge de la première heure: «Je suis retraité, j’ai fait Mai 68 et Woodstock, relève ce vieux sympathisant un brin condescendant avec ces jeunes intellectuels. Vous étiez même pas nés. A 17 ans, moi, j’avais la barbe et les favoris comme ça, décrit-il gestes amples à l’appui. Et je ne suis pas du genre à me laisser faire.» Les intervenants qui se succèdent, invitent eux aussi à résister, à combattre. Ils ratissent large comme le veut le principe de ce «laboratoire d’idées» en plein air: le scandale de l’extraction de l’uranium, celui de l’enfouissement des déchets nucléaires, l’impérialisme américain, le harcèlement sexuel et les cadeaux fiscaux princiers. A ce sujet, le syndicaliste Eric Decarro ne perd pas le nord et en profite pour inviter le public à manifester fin mai contre l’accord d’imposition des entreprises RIE III.

A 18 h 15, à l’heure où les maraîchers commencent à plier boutique, une quinzaine d’intervenants ont fait passer leur message. Cemil, lui, tente de susciter encore les vocations d’orateurs. «Personne? Allez-y, vous ne risquez rien.» Une poignée de militants rompus à l’exercice prennent un nouvelle fois la parole. Sur d’autres thèmes, histoire de varier. Mais l’attention décline, le soleil aussi. Ses rayons commencent à disparaître derrière les immeubles de la plaine. Il fait plus frais. Pour clore les débats, le souriant facilitateur, comme il se définit, invite cette assemblée générale d’un jour à voter pour une nouvelle manifestation prévue dans une semaine à 18 h. «Le lieu reste à définir via les réseaux sociaux, vous êtes d’accord?» Toutes les mains se lèvent. Il est passé 19 h, les militants s’en vont. Non sans avoir posé pour une photo finale. Tous debout. (TDG)

Créé: 15.05.2016, 22h01

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