«Nous sommes pour la liberté»

MédiasLe marché peut fournir, à lui seul, l’information nécessaire au débat démocratique, selon Nicolas Jutzet, le visage romand de l’initiative «No Billag», qui veut biffer la redevance.

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Nicolas Jutztet est abonné aux versions en ligne du «Temps», de «Bon pour la tête», du «Figaro», de la «NZZ», des «Échos», de «L’Equipe», d’«Arcinfo» et de la «Liechtensteiner Volksblatt». Image: Lucien Fortunati

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Après Pascal Crittin, Nicolas Jutzet. Dans nos colonnes, le patron de la RTS confiait fin novembre son inquiétude face à l’initiative «No Billag», qui vise à supprimer la redevance et qui, selon lui, forcera la RTS à fermer boutique. Le président du comité de campagne des initiateurs pour la Suisse romande, un jeune PLR neuchâtelois, lui répond.

Qui êtes-vous?

Un Neuchâtelois de 22 ans, étudiant à la Haute École de commerce de Saint-Gall. J’ai un CFC de commerce, je travaille depuis mes 15 ans. Je suis un élu PLR au Conseil général de ma commune, dans le canton de Neuchâtel. J’ai un frère et deux sœurs. Ma famille ne fait pas de politique et ne se retrouve en général pas dans mes opinions. Ma sœur de 15 ans connaissait à peine la RTS avant l’initiative.

Et comment êtes-vous arrivé ici?

Je suis de langue maternelle allemande et je connais ceux qui ont lancé l’initiative. Ces derniers ont des profils variés: ils sont parfois apolitiques, mais il y a aussi des jeunes UDC et PLR, alémaniques, tessinois et romands, et ils sont en général jeunes. Je suis arrivé en politique quand la récolte des signatures s’est terminée, en 2015. C’est assez comique de voir des Romands qui ne parlent pas un mot d’allemand m’expliquer que je suis un danger pour la cohésion nationale et les minorités linguistiques.

Vous dites que l’initiative n’est pas dirigée contre la SSR, mais ça y ressemble furieusement. Pensez-vous que le marché peut financer l’offre de la SSR sans redevance?

Qu’est-ce que le marché? Il y a une définition simple: la possibilité pour deux personnes qui veulent commercer ensemble de s’entendre. C’est l’expression de la liberté pure. Cessons de caricaturer ce terme. C’est sûr que dans un marché libre, ce sera plus complexe pour la SSR, qui n’aura plus son oreiller de paresse. Mais tout porte à croire qu’elle s’en sortira: plus de 90% de la population se dit convaincue par le contenu de la SSR. Difficile de croire que sans redevance, ils vont s’arrêter de payer. La SSR pourra faire une offre adaptée, par exemple un abonnement avec uniquement du sport ou uniquement de l’info.

Et beaucoup plus cher?

Normalement, quand une entreprise est soumise à la concurrence, les coûts baissent. Ne vous détrompez pas: nous nous battons pour qu’on ait une info de qualité et qu’on paie pour ça. La SSR sait depuis 2014 qu’il y a une initiative et elle dit ne pas avoir de plan B. Une entreprise sérieuse et responsable envers ses employés se doit d’avoir un plan B.

Ne pensez-vous pas que les médias, pour pouvoir jouer pleinement leur rôle de quatrième pouvoir et proposer un contenu de qualité, doivent être extraits des forces du marché?

Je pense surtout qu’ils doivent être mis à égalité. La SSR et les télévisions locales, en bénéficiant de la redevance, marchent sur les plates-bandes de la presse, qui a tout à gagner dans cette initiative, pour se battre à armes égales. Les citoyens sont des adultes responsables qui paieront pour avoir une information nécessaire au débat démocratique. Je réfute la thèse paternaliste de nos adversaires, qui dit qu’il faut imposer la qualité à ce citoyen incapable de faire des choix. Internet et les réseaux sociaux stimulent le débat, permettent à chacun de se confronter et de ne pas être confiné dans son coin comme avant.

Ne serait-il pas plus judicieux d’avoir une redevance pour tous?

Cette solution a été un tabou pour la presse écrite. On dénonçait l’ingérence et le danger pour l’indépendance des journaux. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée. Cette proposition est citée dans un papier de position de la Commission fédérale des médias. Si «No Billag» ne passe pas, on risque d’avoir des subventions pour tous, amoindrissant encore plus la liberté de choisir du citoyen. Les médias devront convaincre les lecteurs de payer.

Selon votre logique, on lance une initiative pour arrêter de payer les assurances ou les routes, et on paie au gré des consultations médicales et de l’utilisation des routes…

Ce n’est pas comparable. Il s’agit de faire la différence entre un impôt, une taxe, une assurance et une redevance. Les mots ont un sens. Il semble logique pour une assurance de payer en commun, car on parle de mutualiser des risques et non de financer notre temps libre. Pour les routes, il y a notamment le principe du pollueur payeur. On doit être libre de choisir les médias qu’on veut soutenir. On a le droit de choisir sa nourriture, ses amis, ses habits, mais pas ses médias, c’est absurde.

Tous les pays voisins ont adopté un système similaire à celui de Billag…

La Suisse serait un pays pionnier.

Pascal Crittin dit que sans redevance, l’offre sera orientée. Votre avis?

Ce n’est pas un argument sérieux. Dans un marché libre, si le citoyen veut une offre équilibrée, le marché s’efforce de répondre à cette demande. Si le citoyen demande une offre orientée, où est le problème? Dans les années 70, la presse était plus orientée politiquement, elle avait plus de lecteurs qu’aujourd’hui. Cela dit, j’ai de la peine avec le mythe de la neutralité vendu par la SSR.

Vous n’y croyez pas?

La neutralité n’existe pas. Quand on choisit un sujet, c’est déjà politique. Vos questions sont politiques. La majorité des journalistes de la SSR sont de gauche. Ce n’est pas un problème, je souhaite juste que ce soit assumé. Dans l’émission Mise au Point du dimanche 26 novembre, j’ai été présenté comme «un jeune homme qui aime la SSR mais qui veut sa mort». Ce n’est pas une information neutre mais orientée. Elle ne correspond en rien aux positions que je défends. Notre initiative ne mentionne même pas la SSR!

Si «No Billag» passe, seuls les riches pourront s’informer…

Le système de redevance est tout sauf social. Il ne prend en compte ni les revenus ni l’utilisation des médias des citoyens. Un milliardaire ne paie pas plus sa redevance qu’un étudiant qui s’informe sur d’autres canaux. Un canton qui refuserait l’initiative devrait logiquement être d’accord de subventionner la presse sur son territoire. Notre initiative n’empêche en rien cela. L’État pourrait aussi donner un bon pour s’abonner à un média à des catégories de la population. Des mesures ciblées, mais plus la politique de l’arrosoir comme aujourd’hui.

N’y a-t-il pas de solution moins extrême?

L’UDC a proposé qu’on paie moins cher la redevance. Au parlement, personne ne semble ouvert à cette idée tant on semble lié à la SSR. Personne ne veut toucher à la vache sacrée. Pour nous, il n’y a pas de liberté à géométrie variable. Une demi-redevance, c’est juste diviser le problème par deux, sans permettre une réorganisation du paysage médiatique. Notre campagne, face au discours catastrophiste de la SSR et des défenseurs de la redevance, consistera beaucoup à rassurer les gens. Non, le paysage médiatique suisse ne va pas être bouleversé en cas de oui à «No Billag». On sera juste libre de payer pour l’info qu’on veut. (TDG)

Créé: 10.12.2017, 17h38

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