«Nous serons plus que des voisins»

Grand Genève En 2019, le train et le tram rapprocheront Genève et Annemasse dont le maire, Christian Dupessey, scrute les bouleversements à venir.

«Nous deviendrons les colocataires du même territoire», prédit Christian Dupessey.

«Nous deviendrons les colocataires du même territoire», prédit Christian Dupessey. Image: LUCIEN FORTUNATI

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Les kilomètres rétréciront à la fin de l’année entre Genève et Annemasse. La mise en service simultanée du Léman Express et du tram, le 15 décembre, rapprochera les deux cités. Maire d’Annemasse et président de son agglomération de douze communes, Christian Dupessey anticipe l’événement.

Le fait de devenir un quartier de Genève, qu’est-ce que ça fait aux Annemassiens?
Nous sommes un grand quartier du Grand Genève, pas de Genève. Avec 100 000 habitants, Annemasse et son agglomération constituent le pôle urbain majeur du Genevois français. Chacun connaît la continuité urbaine entre Annemasse et Genève: elle se renforcera demain avec une mobilité facilitée et un gain de temps de déplacement propice aux échanges. Plus que jamais, le Grand Genève doit être pris en compte dans sa globalité. L’esprit du Grand Genève va se développer forcément.

De quel esprit parlez-vous?
La volonté de construire la région ensemble, de bâtir un avenir commun est portée par l’ensemble des élus, à l’exception de quelques populistes, mais il importe qu’elle soit aussi partagée par la population. À Annemasse, cette année sera celle de la métamorphose après trois ans de gros travaux et de nuisances. L’arrivée simultanée du tram et du Léman Express créera automatiquement des liens plus forts, dans les deux sens, entre Genève et ce que vous Suisses nommez la France voisine. Mais nous serons plus que des voisins! Nous deviendrons les colocataires du même territoire. Il faudra passer à un degré supérieur de gouvernance commune.

Cette gouvernance commune a fléchi avec le refus genevois de financer des P+R en 2014. Où en est-on?
Si je mets de côté les soucis internes du gouvernement genevois, que nous ressentons puisqu’il manque un interlocuteur, les relations sont très bonnes avec Antonio Hodgers et Serge Dal Busco, les élus avec lesquels nous collaborons le plus. On attend que ces relations se concrétisent davantage encore. Le Canton de Genève, comme ville-centre, devra être encore plus solidaire du reste de l’agglomération, comme c’est le cas dans toutes les métropoles.

Est-ce une allusion au financement de la seconde étape du tram, Berne ayant cette fois refusé son aide?
Plus qu’une allusion, c’est une invitation claire. Du côté français, on n’attendra pas le quatrième projet d’agglomération pour trouver ce financement. Il faudra le déterminer en commun pour attaquer la deuxième étape en 2021. Les conseillers d’État n’ont pas fermé la porte à une contribution genevoise qui se substituerait à celle de la Confédération. Reste à en déterminer la meilleure forme politique pour éviter un nouvel échec comme celui des P+R.

La voie verte a-t-elle déjà changé les choses?
Elle accueille 500 cyclistes par heure en heure de pointe, c’est considérable, et elle n’est pas terminée. Cette année, une traversée d’Annemasse sera réalisée pour rejoindre l’autre partie de la voie verte menant à Bonne. Le succès surprend avec chaque nouvel outil mis en place — bus, voie verte ou autre: le report vers les modes doux et les transports publics est plus fort que prévu. Je suis donc très optimiste quant au tram et au Léman Express.
Nous facilitons nos déplacements, mais nous améliorons aussi notre qualité de vie et la qualité de l’air qui est le même à Genève et Annemasse. Le Léman Express fait naître de nouveaux quartiers dans son sillage. Près de la gare d’Annemasse, c’est un petit «La Praille» que nous créons. Mais il y a plus encore. La présence de la Comédie aux Eaux-Vives et de Château-Rouge à Annemasse crée une dynamique culturelle inédite. Ces deux institutions se sont vu confier une animation culturelle autour du Léman Express en 2020. Enfin, nous misons aussi sur une revitalisation du cœur de ville, notamment avec les commerçants.

Annemasse va siphonner le commerce genevois…
Il ne faut pas parler ainsi. La chance de cette région, c’est bien sûr la locomotive économique qu’est Genève, mais c’est aussi la synergie avec la France. Nous ne sommes pas une banlieue dortoir. Les Français vont aussi acheter à Genève! On assiste à une dynamique, on offre un choix plus grand! Banlieue-dortoir et supermarché, ce sont les deux clichés que je veux combattre concernant Annemasse. Notre ville a aussi une activité de production, avec de 12 à 15% d’emplois industriels. Des Genevois viennent déjà ici pour les spectacles de Château-Rouge (que nous allons rénover pour plus de dix millions d’euros) ou pour le Centre d’art contemporain. Dans le quartier de Chablais Parc, accessible via le tram ou la gare, il y aura un complexe de cinéma. Ce sont autant de raisons de venir à Annemasse.

Dans les clichés, vous oubliez la racaille!
Cet a priori m’énerve un peu. Vous pouvez vous promener ici sans courir plus de risque que sur la place du Molard. Les chiffres de la délinquance sont en très forte baisse et, s’il est difficile de comparer les statistiques suisses et françaises qui n’ont pas les mêmes bases, on note un équilibre de part et d’autre de la frontière. La facilité de se déplacer devrait profondément changer l’image des différents lieux. Certains ne vont pas à Genève de peur de ne pas avoir les habits et les codes qu’il faut; des Genevois se détournent d’Annemasse de peur d’être victimes. C’est en se connaissant mieux que ces idées fausses vont s’estomper.

Avec tous ces travaux, votre ville s’embellit. Elle risque de se gentrifier, de chasser au loin ses classes populaires!
C’est la question fondamentale pour Annemasse et la partie française de l’agglomération. Ma volonté c’est que chacun puisse vivre sur ce territoire, qu’il ait un salaire français ou suisse. La clé, c’est l’accès à l’habitat. Nous avons pris des mesures fortes afin de produire trois tiers d’habitat dans les nouveaux quartiers. On parle d’un tiers de logement libre, car il y a une demande, On vise un tiers de logement aidé: Annemasse sait en faire, elle en a aujourd’hui 26%, une part qui ne doit pas baisser, au contraire! Enfin, on a mis en place un tiers de logement abordable pour ceux qui risqueraient le plus d’être repoussés, c’est-à-dire ceux qui n’ont plus les conditions du logement social, sans avoir les moyens du marché libre. Dans le futur quartier Étoile, nous avons pu imposer ces règles à notre aménageur car nous maîtrisons le foncier..Annemasse est une des villes les plus inégalitaires de France après Paris, Neuilly et Boulogne-Billancourt. Le décile le plus pauvre est représenté bien plus fortement que la moyenne nationale, tout comme les deux déciles les plus aisés. Les écarts sont donc très forts. Le risque pour ce territoire serait de ne miser que sur une de ces catégories. Mais tout le monde doit pouvoir vivre ici. Ce qui implique de s’occuper en priorité des plus fragiles car ceux qui ont les moyens ont moins besoin des pouvoirs publics.

Revenons au Léman Express. Le réseau haut-savoyard est en partie obsolète, surtout au-delà de La Roche vers Annecy ou Saint-Gervais. Peut-on espérer une modernisation?
Il faut dire les choses comme elles sont. Le réseau ferré haut-savoyard a beaucoup de retard. Mais les mesures ont été prises pour que le Léman Express fonctionne avec les cadencements annoncés. Oui, il y aura des compléments à apporter dans la vallée de l’Arve, mais le Léman Express la desservira bien toutes les 30 minutes aux heures de pointe dès décembre 2019. En revanche, si on veut un jour augmenter cette cadence, l’infrastructure actuelle ne le permettrait pas. Les investissements ferroviaires doivent donc se poursuivre, dans la vallée de l’Arve, mais aussi sur la ligne d’Annecy.

Ce département n’a-t-il pas trop misé sur la voiture?
On est d’accord. Au lieu de faire une seconde autoroute Annecy-Genève, vu qu’il en existait déjà une, on aurait mieux fait de faire une voie ferrée directe entre les deux villes. On ne refait pas l’histoire, mais on doit aujourd’hui miser sur le rail. Si on regarde plus largement, il faut améliorer la ligne Annecy-Aix-les-Bains, miser sur le Lyon-Turin, notamment pour décharger le tunnel du Mont-Blanc, et restaurer la ligne dite du Tonkin pour terminer la boucle autour du Léman.

Pouvez-vous résumer la ville de Genève en trois expressions?
J’évoquerais son rôle de locomotive économique, son cadre magnifique et son côté international. J’aimerais bâtir aussi le Grand Genève international, non pas pour déshabiller Genève, mais afin que le secteur international puisse s’appuyer sur notre capacité d’accueil et d’organisation.

Créé: 03.01.2019, 07h25

Le big bang de la mobilité transfrontière

La Voie verte est le premier signe tangible des bouleversements à venir. Praticable depuis un an et inaugurée au printemps dernier, l’axe de mobilité douce a été bâti sur le «toit» de la ligne ferroviaire CEVA. Il remporte un grand succès, affectant même la fréquentation du tram 12. Il doit se connecter à un axe plus large, franchissant à terme le canton de Genève, d’un côté, et se connectant de l’autre à des voies vertes françaises partant vers la vallée de l’Arve ou la côte lémanique.
Le CEVA, lui, sera mis en service le 15 décembre 2019, après huit ans de travaux. Ce raccordement des chemins de fer suisse et haut-savoyard permettra d’exploiter un réseau régional sur 230 km de ligne. Six trains par heure et par sens circuleront entre Annemasse et Coppet, dont quatre régionaux et deux convois grande ligne. Certains trains poursuivront vers Évian, Saint-Gervais ou Annecy. Annemasse sera à une vingtaine de minutes de Cornavin, contre 52 minutes aujourd’hui avec le bus 61.
Parti de Lancy-Pont-Rouge, suivant le tracé du tram 12 entre Plainpalais et Moillesulaz, le tram 17 franchira la frontière et ralliera le centre d’Annemasse toutes les neuf minutes dès le 15 décembre. La Confédération a cofinancé cette première étape du redéploiement transfrontalier du réseau de tram, lequel est prévu pour s’étendre plus avant encore. Mais Berne a refusé son aide pour la seconde étape, allant du cœur d’Annemasse au quartier populaire du Perrier. Du coup, il manque 9 des 27 millions d’euros nécessaires pour financer ce nouveau tronçon. D’où les attentes françaises que le canton de Genève apporte un soutien là où la Confédération a fait défaut. Pour cette extension, le canton n’a financé que la connexion à Moillesulaz. M.M.

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