Mobilité: la clé est à Berne

Élections fédéralesL’appui fédéral est crucial pour le développement des infrastructures de transport. Comment Genève peut-il se profiler au mieux dans la grande ruée sur les subsides?

Image: Herrmann

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est un peu comme si on les chargeait de la liste des commissions. En choisissant nos élus à Berne, nous, Genevois, désignons ceux qui, entre autres choses, auront le pouvoir de peser sur les débats en faveur d’infrastructures que notre Canton projette et pour lesquelles il a besoin de l’aide ou du feu vert de la Confédération. Berne est tout sauf un acteur secondaire en la matière: propriétaire du réseau routier, l’État fédéral dispose d’une compétence exclusive pour tout ce qui relève du ferroviaire et tient les cordons de fonds sans l’aide desquels il n’est guère envisageable de financer des ouvrages majeurs.

Si le Canton, à l’heure de plaider sa cause, peut parfois entonner la complainte du mendiant affamé et négligé par la générosité fédérale, force est de constater qu’il a engrangé de belles sommes à Berne depuis que la Confédération s’est mise à soutenir les agglomérations dans leur épineuse gestion des soucis de mobilité.

En une quinzaine d’années, Genève et son agglomération ont obtenu des contributions fédérales, se chiffrant au total en milliards de francs, pour des ouvrages tels que le CEVA, les trams (réalisés ou à bâtir) de Meyrin, Bernex, Annemasse, Saint-Julien et du Grand-Saconnex. L’engagement bernois à élargir à trois voies le contournement autoroutier, entre Perly et Nyon, est acquis, même si seul le bref tronçon compris entre le Vengeron et Cointrin est définitivement approuvé.

La Confédération a accepté d’agrandir la gare Cornavin en souterrain, moyennant une participation genevoise qui ne pourrait être qu’un préfinancement, et a fini par donner son aval à une cadence au quart d’heure pour les trains régionaux sur la ligne du Mandement à l’horizon 2035.

Sueurs froides

Genève a connu quelques sueurs froides ces dernières années et a dû se battre pour faire passer à Berne la cadence au quart d’heure pour La Plaine ou le tram du Grand-Saconnex, évincés des menus initiaux soumis aux Chambres. La faute à des dossiers mal fagotés à Genève, estime Lisa Mazzone, conseillère nationale Verte; la faute à la désunion chronique des élus du bout du lac, à en croire sa collègue UDC Céline Amaudruz.

Seul élu genevois à Berne à siéger dans l’une des deux commissions dévolues aux transports, Hugues Hiltpold témoigne: «J’ai dû me battre, martèle le conseiller national à plusieurs reprises. Le Conseil d’État a compris que je pouvais être une courroie de transmission. Siéger en commission donne un accès privilégié à l’administration ainsi que la faculté d’avoir des informations de première main et de faire passer des messages.»

Président de la CTD – le lobby de gauche sur la mobilité – et candidat PS, Thomas Wenger pointe une coordination défaillante: «Il y a un manque de liens entre le gouvernement cantonal et la députation à Berne, reproche-t-il. Lorsque des rencontres sont organisées, il y a de nombreux absents alors que c’est vital!»

«Genève s’en est bien sorti jusqu’ici, tempère Roger Golay. Berne espérait qu’une fois le CEVA acquis, on cesserait de mendier, mais on a continué, avec succès. Il nous faut passer des accords avec d’autres cantons. Le refus genevois du second tube du Gothard est par exemple mal passé en Suisse alémanique et au Tessin!»

Une faim inassouvie

Tous les acquis ne signifient pas que l’appétit genevois est rassasié. La deuxième agglomération du pays continuera ces prochaines années à promouvoir ses listes à l’intention du Père Noël des rives de l’Aar. Dans le cadre de la quatrième génération de projets d’agglomération, une extension du réseau de trams entre le Grand-Saconnex et Ferney devrait être requise.

S’agissant du ferroviaire lourd, Genève devra se battre pour faire prévaloir son projet de halte CFF à Châtelaine (pénalisée dans les comparatifs fédéraux par son coût élevé) et promouvoir un nouvel essor majeur du réseau ferré cantonal, le projet de ligne diamétrale qui relierait Bernex à Cornavin via les Cherpines et la Praille puis gagnerait les Nations, l’aéroport, Meyrin et la Zimeysa. Un financement des études à cette fin a pu être garanti. S’ajoute à cela le dossier clivant de la traversée du lac (lire ci-contre).

Quelles priorités se dégagent? Tout dépend! Au centre droit, les programmes misent fréquemment sur le progrès technologique, comme l’électromobilité, pour surmonter les défis environnementaux.

Gare et troisième voie

Tout à droite, Céline Amaudruz et Roger Golay citent en premier lieu la troisième voie autoroutière, soit l’extension du contournement actuel. «Au vu de la saturation actuelle, il y a un vrai souci de sécurité, plaide Roger Golay. Le financement est garanti, mais il faudra éviter des reports de crédit.» Une tâche qui rebuterait Lisa Mazzone? Elle ne s’y opposera pas: «Le projet est très avancé», argue-t-elle.

Mais à gauche, les priorités vont au développement des alternatives à la voiture, que ce soit le train, le tram ou le déploiement de nouvelles voies vertes. «Nous avons passé de grandes épreuves, mais notre agglomération souffre encore d’un tel retard en comparaison de Berne ou Zurich, cela justifie de nouveaux efforts», juge l’écologiste. «Il faut poursuivre le développement ferroviaire, enchaîne Thomas Wenger. Et surtout, il faut éviter de perdre l’extension souterraine de Cornavin. Ne la remettons pas en cause comme c’est aujourd’hui le cas.» À l’initiative d’élus cantonaux du PLR, une alternative consistant en une boucle par l’aéroport est scrutée au Grand Conseil. Or le même PLR inscrit à son programme l’agrandissement de Cornavin en sous-sol. «Il ne faut pas que la variante soit de nature à remettre en cause la gare souterraine», tranche Hugues Hiltpold.

Quant au tram vers Ferney, il pourrait constituer un écueil alors que Berne a désavoué des trams transfrontaliers (Saint-Genis, seconde étape du tram d’Annemasse). «Tout dépendra des rapports de force au parlement», juge Hugues Hiltpold. Une allusion au poids de la droite nationaliste. Mais Céline Amaudruz rassure: «Quand on défend les projets genevois, on les défend tous, professe la conseillère nationale. Les intérêts cantonaux priment.»

Créé: 03.10.2019, 07h04

L’éternel retour de la toujours absente traversée du lac

On y revient sans cesse. Alors qu’une manne a été débloquée en mars pour financer le début des études d’avant-projet sur la traversée du lac, le Canton, suivant le vœu du peuple, compte utiliser ces analyses pour tenter de faire inscrire l’ouvrage dans la planification des routes nationales, revue tous les quatre ans.

Genève pourra-t-il placer son objet fétiche dans cette liste où les places sont prises jusqu’en 2040? «On ne l’obtiendra sans doute pas si deux Genevois de gauche sont à nouveau élus au Conseil des États, où ils ne la défendront pas, prédit l’UDC Céline Amaudruz. Alors que la population l’a souhaitée à 63% en 2016, c’est inadmissible de ne pas en faire une priorité. Porter ce dossier est une obligation pour tout élu genevois!»

Même pour la Verte Lisa Mazzone, candidate aux États? Y serait-elle une ambassadrice crédible de la traversée du lac? «Non et je ne changerai pas de message parce que je suis en campagne, tranche-t-elle sans hésiter. La traversée a été retoquée à plusieurs reprises à Berne, qui ne reconnaît pas son utilité. À l’heure de l’urgence climatique, il est urgent de développer des alternatives. Le peuple a voté à 63%? Oui, mais le peuple choisit aussi qui il élit à Berne!»

Thomas Wenger, candidat PS au National, est au diapason. «C’est sur des projets crédibles et visionnaires qu’il faut parler d’une seule voix, toutes choses que la traversée du lac n’est pas, juge-t-il. On a fait miroiter aux gens un projet passéiste qui résoudrait tout alors qu’on sait qu’en fait, il augmentera le trafic. Il faut laisser tomber ce projet, quitte à faire revoter le peuple.»

À droite, Hugues Hiltpold se veut pragmatique sur le sujet.
«Il y a un appui populaire et, pour hiérarchiser le trafic,
la nécessité d’un contournement efficace où il n’est pas exclu de faire circuler un transport collectif, observe le conseiller national PLR. La fenêtre de tir tombera durant la nouvelle législature. Berne jugera selon sa méthode usuelle qui consiste à mettre en balance les coûts et les bénéfices. Allons au bout de l’exercice. Les études sont lancées. Si le projet ne marche pas, il faudra être conséquent.»

Vert’libéral, Michel Matter se montre plus enthousiaste.
«Les grandes civilisations ont bâti des ponts, lance le candidat. Je défends clairement une traversée multimodale, mais la priorité reste le transport public.»

«On doit surtout miser sur la troisième voie autoroutière, prône le conseiller national MCG Roger Golay. Tant qu’il n’y aura pas d’accord de tous les partis sur la traversée, celle-ci ne sera pas jugée urgente par l’administration fédérale. Il faut tenir compte de la volonté du peuple. Mais comme natif des Pâquis, je tiens aussi à préserver le paysage du lac.»

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Mort de Poulidor
Plus...