Me David Bitton : « Camus a écrit l’étranger, Abba Abacha a écrit l’absent ! »

JusticeLe fils de l’ancien dictateur nigérian ne se présente pas devant le tribunal genevois. Les médecins suisses à la rescousse. La justice tranche ce soir.

L'ancien dictateur Sani Abacha.

L'ancien dictateur Sani Abacha. Image: Issouf Sanogo

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Les deux voyages au Nigeria d’un docteur genevois, spécialiste de la médecine du sport, pour ausculter Abba Abacha, , n’ont pas calmé les esprits. Ce jeudi matin, devant le Tribunal de police, ils étaient plus échauffés que jamais. Car, une fois de plus, Abba Abacha (accusé d’avoir contribué au pillage des ressources de son pays alors que son père le dictateur Sani Abacha était au pouvoir entre 1993 et 1998) ne s’est pas présenté devant la justice genevoise comme nous le relations, hier, sur le site tdg.ch

Si pour son avocat, Me Christian Lüscher, le rapport de ce médecin suisse mandaté par la défense prouve, une fois pour toutes, que son client a bel et bien été victime d’un accident de la circulation dont les conséquences l’empêchent de venir à Genève et de comparaître à son procès. Pour le procureur Zanni et la République du Nigeria représentée notamment par Me David Bitton, il s’agit-là d’une esquive de plus. « Ce n’est pas à la justice suisse de se faire dicter son comportement par un prévenu qui joue la montre », assène le premier. « Même Dallas, après sept ans de bons et loyaux épisodes, s’est arrêté », intervient le second qui demande au juge de mettre fin à ce feuilleton, à cette « mascarade ». Il ajoute : « Abba Abacha ne viendra pas ! Camus a écrit l’étranger, Abba Abacha a écrit l’absent »

Deux voyages à Abuja

Le médecin suisse (Me Lüscher demande aux représentants des « gazettes » de ne pas divulguer son nom) a fait deux voyages à Abuja. Le 23 juillet et le 26 septembre. Le premier, pour établir un certificat constatant que les douleurs aux cervicales présentées par Abba Abacha étaient compatibles avec un accident de la circulation et qu’effectivement, au mois de juillet, il ne lui était pas possible de voyager. Le second pour informer qu’encore aujourd’hui il n’est pas en état de le faire. « J’espère qu’on ne va pas nous dire que ce médecin a été payé par le Nigeria, lâche Me Lüscher. Je trouverai inadmissible qu’on vienne le critiquer. »

Des pièces qui se contredisent

Mais le dossier et le certificat médical présentés par la défense ont été examinés à leur tour par un autre médecin. Un professeur celui-là, un expert, mandaté cette fois par le tribunal. Ce qui fait dire au procureur Zanni : « Nous voilà à nouveau avec des pièces qui se contredisent .» Parce que si le médecin suisse actionné par la défense affirme qu’Abba Abacha ne peut pas encore voyager et qu’il le pourra peut-être dans six à huit semaines. Cette durée-là paraît « excessive et davantage dictée par des raisons de confort personnel » à l’expert suisse désigné par le tribunal. « Je ne veux pas me substituer aux médecins, avance le procureur, mais enfin le coup du lapin ! On est dans le confort quasi extrême ! A mon avis il n’y a aucune raison de penser que le tribunal serait dans l’arbitraire s’il constate qu’Abba Abacha fait défaut sans être valablement excusé. » Des milliards placés en Suisse

Me David Bitton en arrive à la même conclusion. Le médecin suisse qui a ausculté le prévenu au mois de juillet, lui a préconisé de faire de la physiothérapie pour guérir ses douleurs aux cervicales et être en mesure de voyager. Il ne l’a pas fait alors qu’il en avait la possibilité, c’est donc bien de sa faute s’il ne se présente pas aujourd’hui devant ses juges. Et la condamnation de 2009 doit entrer en force. Il avait été condamné à l’époque, par ordonnance, à un an de prison avec sursis. Il avait été reconnu coupable de participation à une organisation criminelle pour avoir, avec sa famille, pillé le pays alors que son père était au pouvoir entre 1993 et 1998. Les milliards détournés avaient été placés dans divers comptes à l’étranger. En Suisse notamment.

Selon Me Bitton, si Abba Abacha avait suivi les conseils du docteur genevois, pris ses médicaments et fait des séances de physiothérapie, « il pourrait à nouveau galoper comme à la belle époque où il ouvrait des comptes à l’étranger et déposait les millions gagnés bien sûr à la sueur de son front. » Mais il ne l’a pas fait. Il s’agit, selon l’avocat d’un « mauvais prévenu et d’un mauvais patient, de quelqu’un d’indiscipliné qui ne veut ni guérir ni comparaître ». A ses yeux, le tribunal ne devrait donc faire preuve d’aucune « indulgence ».

Me Lüscher crie au scandale. La partie plaignante serait « lâche » parce qu’elle ne demande pas l’audition du médecin genevois à titre de témoin. L’avocat demande au juge de ne pas se fier aux « deux médecins improvisés, Zanni et Bitton. »

Décision du tribunal à 17h45 (TDG)

Créé: 04.10.2012, 14h39

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