Maudet ne dirigera plus que 30 fonctionnaires

PolitiqueLe Conseil d’État a finalisé sa réorganisation. Il l’a imposée à Pierre Maudet qui ne conserve pratiquement plus que la Direction du développement économique.

Le magistrat PLR n’a récupéré aucun service supplémentaire.

Le magistrat PLR n’a récupéré aucun service supplémentaire. Image: GEORGES CABRERA

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Le domaine de Pierre Maudet n’arrête pas de rétrécir. Mercredi, son département d’origine a été éparpillé, façon puzzle, entre ceux de ses différents collègues, comme annoncé la semaine passée.

L’ancien président du Conseil d’État perd définitivement la Police, la Détention, l’Office de la population, la Protection de la population, les Poursuites et Faillites, et les Communes. Il perd aussi la présidence, qui revient à son détenteur provisoire depuis septembre, le Vert Antonio Hodgers.

Contrairement à ses espoirs, le magistrat PLR n’a récupéré aucun service supplémentaire. Il doit mettre une croix sur l’Office cantonal de l’emploi, qui aurait pu lui revenir pour compenser ses pertes, et dont le gain lui aurait presque permis de recomposer l’ancien Département de l’économie publique de Jean-Philippe Maitre. Selon nos décomptes, Pierre Maudet ne dirige plus qu’un département croupion comprenant moins de 30 fonctionnaires. Il conserve toutefois la haute surveillance de certains organismes importants, comme Palexpo, les Ports Francs ou Genève Tourisme, qui s’administrent eux-mêmes via des Conseils et regroupent tout de même plusieurs centaines de personnes.

Il n’empêche, la décision de la majorité du Conseil d’État est un camouflet infligé par six voix sur sept. Seul Pierre Maudet s’est opposé aux changements. Sa collègue Nathalie Fontanet l’aurait donc lâché? Questionnée, elle explique: «La situation est humainement difficile pour Pierre Maudet. Mais j’ai pour mandat de servir la population et de suivre les dossiers qui me sont confiés.»

Poggia chargé

Dans la salle surchauffée qui accueille la presse pour l’occasion, le président du Conseil d’État, Antonio Hodgers, lit un communiqué rédigé pour l’occasion: «Le gouvernement, dit-il, a pris acte de la volonté de Pierre Maudet de poursuivre son mandat. Cela étant, il considère que sa capacité à porter des projets et des politiques publiques tant à l’intérieur des institutions qu’à l’extérieur se trouve réduite, en particulier pour conduire des politiques à caractère régalien.»

En conséquence, le MCG Mauro Poggia, qui hérite largement des services de Pierre Maudet, disposera d’un département mammouth, le Département de la sécurité, de l’emploi et de la santé. Les communes partent au Département de la cohésion sociale de Thierry Apothéloz. Quant à Nathalie Fontanet, elle hérite des Poursuites et Faillites. Ces dispositions sont conformes dans leurs grandes lignes aux éléments discutés dimanche par les cinq magistrats réunis, dont la «Tribune de Genève» s’est fait l’écho mardi. Le président du Conseil d’État a toutefois refusé d’en confirmer ou d’en infirmer l’existence, avant de signaler que le compte rendu contenait des erreurs sans expliquer lesquelles.

Désaccord de Maudet

Que pense Pierre Maudet de son sort? Il n’est pas ravi évidemment: il n’écarte d’ailleurs pas la perspective d’un recours auprès de la justice contre la restructuration: «J’examinerai dans un avenir proche si cette possibilité est à utiliser.» Pour le reste, il poursuit: «Je n’adhère ni aux décisions prises ni à la manière dont elles sont arrivées sur la table. Mais je vais m’investir avec l’énergie que vous connaissez dans cette nouvelle fonction.» Pas question de diminuer d’une minute «les quinze heures journalières» consacrées à son activité.

Une démission serait-elle d’actualité? Pas question! «Je reste conseiller d’État comme les autres et participerai en tant que tel à la gestion du canton et du collège: j’aurai un peu plus de temps que d’autres pour m’occuper de certaines questions transversales…» Il rappelle que l’économie n’est pas un domaine mineur, que la valeur d’un département n’est pas lié à son nombre de fonctionnaires, mais aux impulsions données. Il ajoute qu’en 2006, en Ville de Genève, «on» lui aurait imposé le Département de l’environnement urbain et de la sécurité, mais qu’il s’en serait bien tiré. Une version du passé que d’aucuns contestent chaudement par SMS envoyés sur le vif au soussigné. Avec sa réorganisation, le Conseil d’État espère qu’il pourra commencer à tourner la page de l’affaire Maudet. C’est en partie une illusion, bien sûr, puisque jeudi déjà, le Grand Conseil est saisi d’une résolution (voir-dessous) demandant la démission du magistrat. Il fait néanmoins le pari d’un déplacement de l’attention publique vers les aspects judiciaires de l’affaire.


La présidence de cinq ans supprimée?

Le Conseil d’État ne souhaite pas poursuivre l’expérimentation d’une présidence du collège pour la législature entière. Mercredi, Antonio Hodgers a promis le dépôt d’un projet de loi constitutionnelle visant le retour à un modèle de présidence annuelle, «à l’instar de ce que pratiquent le Conseil fédéral et la majorité des Cantons suisses». Si le Grand Conseil donne son aval, c’est le peuple qui aura le dernier mot.

Inaugurée par François Longchamp en 2013, la présidence au long cours est une innovation introduite par la Constitution validée par le peuple en octobre 2012. Lors de cette première législature, le Conseil d’État avait fait le choix de créer un Département présidentiel, s’occupant notamment des liens avec la Genève internationale et des contacts avec les acteurs du Grand Genève. Cette option avait été critiquée par ceux qui estimaient que le président aurait dû assumer davantage de tâches. En juin 2018, le nouveau Conseil d’État avait choisi de confier la présidence à Pierre Maudet tout en lui laissant la charge de son département. En septembre, c’est Antonio Hodgers qui a pris le relais – en raison des ennuis judiciaires de l’élu PLR – tout en conservant son Département du territoire.

Mercredi, Antonio Hodgers a plaidé en faveur du retour d’un modèle plus favorable à la collégialité, «principe fondamental dans une démocratie consensuelle telle que la nôtre». En revanche, il n’a dit mot sur la surcharge de travail que constitue la présidence unique pour un chef de département. Enfin, le président a assuré que «le Conseil d’État contribuera de manière constructive aux travaux parlementaires sur les différents projets de loi visant à introduire un mécanisme de destitution des conseillers d’État». Il en ira de même avec les projets de cadrage des cadeaux reçus par les membres des Exécutifs.

Eric Budry (TDG)

Créé: 23.01.2019, 19h36

Épisode suivant

Pierre Maudet devra continuer à faire le dos rond cette fin de semaine. Après la cure d’amaigrissement de son département imposé par le Conseil d’État, c’est vraisemblablement le Grand Conseil qui lui donnera une volée de bois vert vendredi.

Résolution

Jeudi, une majorité devrait accepter de traiter en urgence le lendemain une résolution demandant la démission du conseiller d’État. Déposée par Ensemble à Gauche, elle a obtenu une majorité en commission grâce à l’abstention des commissaires de droite.

Sans effet?

Un oui ne devrait toutefois pas changer le cours de l’histoire. C’est du moins en substance ce qu’a dit mercredi Antonio Hodgers. E.BY

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