Les visiteurs des pays du Golfe se font encore désirer

Tourisme Le mois de juillet a été particulièrement calme pour cette clientèle, dont la venue est espérée en août.

La popularité de la destination se joue sur Instagram et Snapchat au Moyen-Orient. Invitées par l’Office du tourisme, des blogueuses comme Noha (en haut à d.), Lama (en bas à dr.) ou Taim Al Falasi (auteure du cliché ci-dessus) ont partagé leurs photos avec leurs fans.

La popularité de la destination se joue sur Instagram et Snapchat au Moyen-Orient. Invitées par l’Office du tourisme, des blogueuses comme Noha (en haut à d.), Lama (en bas à dr.) ou Taim Al Falasi (auteure du cliché ci-dessus) ont partagé leurs photos avec leurs fans.

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«Que les dieux de l’hôtellerie soient avec nous», psalmodie un hôtelier. Avec la fin du ramadan tout début juillet, les touristes du Golfe ont la voie libre pour venir à Genève cet été. A la même saison en 2015, ils étaient sur la plus haute marche du podium en termes de nuitées. Les statistiques officielles pour 2016 ne tomberont que dans plusieurs semaines, mais on sent déjà une déception chez tous les professionnels. Certains avancent que les touristes du Moyen-Orient sont environ un tiers de moins qu’en juillet dernier. Ils attribuent ce creux à plusieurs facteurs, de la suppression des pré-Fêtes au Brexit, en passant par la menace terroriste, jusqu’à un mariage royal au Maroc qui fait de l’ombre à Genève.

«On va vivre un été difficile, projette Xavier Collange, directeur du Bristol. On s’attendait à un taux d’occupation de 80%, nous sommes à 65%. Pourtant, les compagnies aériennes nous annoncent de bons taux de remplissage vers Genève. Alors où vont-ils? Lucerne? Interlaken? Chamonix?» Et encore, selon un directeur de palace, «la catégorie des hôtels 4 étoiles semble mieux profiter de ce marché que les 5 étoiles, en raison de la conjoncture économique (faible cours du pétrole et gaz) et de tarifs très agressifs pratiqués par cette catégorie».

«Les boutiques ont faim!»

Une directrice des relations publiques nous confie que «les boutiques de luxe de la rue du Rhône vont même jusqu’à nous appeler pour organiser des cocktails privés avec nos clients du Golfe. On sent qu’elles ont faim!» Le président de la Société des hôteliers genevois (SHG), Thierry Lavalley, confirme avec une touche d’optimisme. «Le démarrage est beaucoup plus difficile que d’habitude. Mais il y a une montée en puissance. On devrait avoir un très bon mois d’août.»

Pourquoi un mois de juillet aussi calme? De nombreux hôteliers pointent la suppression des pré-Fêtes. «Faute d’animation, il n’y a pas eu de grosses délégations, plutôt des clients individuels», remarque Thierry Lavalley. Xavier Collange affirme qu’«en ce moment Genève est triste, les Genevois sont en vacances, il n’y a pas de pré-Fêtes. Les avoir annulées nous fait énormément de mal.» Ce n’est pas l’avis de Genève Tourisme. «Peut-être qu’il y a un impact pour ceux qui reviennent chaque année, mais ceux-là sont rares, commente Vincent Dubi, responsable marketing. Les pré-Fêtes s’adressaient beaucoup plus aux Genevois qu’aux touristes.» Jurgen Baumhoff, directeur de l’Intercontinental, n’est pas non plus convaincu. «Peut-être que les séjours seront plus courts, c’est tout.»

La plupart évoquent la concurrence de Londres. «Ce sont les premières conséquences du Brexit, la livre s’est dévaluée, donc le pouvoir d’achat des touristes augmente sur place.» Thierry Lavalley n’y croit pas. «La clientèle du Moyen-Orient est très attentive à la sécurité. Le Royaume-Uni est une région à risque potentiel, je ne suis pas sûr qu’il bénéficie d’une grande attractivité touristique cette année.»

D’ailleurs, la montée du terrorisme a-t-elle joué un rôle? Genève tourisme et la SHG n’ont pas le même regard. Pour Vincent Dubi, «ces touristes ne viennent pas en Suisse, ils viennent en Europe. Donc pas d’Europe, pas de Suisse.» Autrement dit, le circuit n’est plus le même. Thierry Lavalley note pour sa part que «les touristes éclairés sont capables de faire la différence entre la Suisse et l’Europe». Une responsable marketing atteste que les attentats dans les pays d’origine ont aussi une influence. «Les récents événements en Arabie saoudite et en Turquie ont incité certains clients à rester dans leur pays et à ne pas voyager du tout», sachant que l’aéroport d’Istanbul est un hub régional. Azad Hassen, directeur de Leaders limousines, confie que «ce qui faisait l’attrait de Genève, c’est qu’on pouvait se balader sans gardes du corps. Aujourd’hui même si la menace n’est pas concrète, le ressenti sur la sécurité a changé.» Hier, les contrôles renforcés à l’aéroport de Genève à la suite d’une fausse alerte à la bombe faisaient la une du site Web du Gulf Times.

Azad dénonce aussi «l’inanité du canton dans le démarchage des touristes. Regardez à Interlaken, on se croirait à Riyad, l’horizon est couvert de voiles noirs.» Pourtant, Genève Tourisme dit n’avoir pas ménagé ses efforts en ce sens (lire ci-dessous).

La peur de Donald Trump

Les Etats-Unis bénéficieraient aussi d’une attractivité nouvelle due à l’élection présidentielle à venir. «De grandes familles en profitent pour voyager à Los Angeles avant l’arrivée potentielle de Donald Trump, chuchote un hôtelier aguerri. Ensuite, les tracasseries administratives deviendraient des obstacles pour eux.»

Enfin un événement extraordinaire peut avoir influencé le cours des choses. Selon Alexandre Nickbarte Mayer, CEO de l’hôtel Beau-Rivage, «cette année est un peu différente car le fils du roi d’Arabie saoudite se marie au Maroc. Des chambres et diverses habitations sont réservées sur plusieurs semaines à Tanger et beaucoup de familles qui viennent d’habitude à Genève (ou ailleurs en Europe) sont invitées au mariage.»

Tout espoir n’est pas perdu pour autant. La plupart de nos interlocuteurs évoquent la tendance de réservations à la dernière minute. «Beaucoup de voyageurs, souvent les nouvelles générations, arrivent même dans les hôtels sans réservation préalable (ndlr: en anglais, les «walk-in»)», témoigne Tamara Tawil. L’été est encore long.

Créé: 27.07.2016, 19h15

Campagnes inédites de promotion

Ce printemps, Genève tourisme a utilisé des moyens nouveaux pour cibler les «GCC», c’est-à-dire les touristes du Gulf Cooperation Counsil, composé de l’Arabie saoudite, de Bahreïn, d’Oman, ainsi que du Qatar, des Émirats Arabes Unis et du Koweït. «Notre stratégie est de les inspirer via des campagnes ciblées dans leur langue, notamment sur les réseaux sociaux, avance Vincent Dubi, responsable marketing. On n’a jamais fait autant pour ce marché, donc on les attend.» Tamara Tawil, responsable de ce secteur, constate qu’«ils voient Genève comme une ville de business, ennuyeuse. Notre challenge est de changer cette perception et de leur montrer que c’est une ville amusante et animée.»

En mai, une campagne intitulée Mum Relax a été lancée pour cette clientèle. Un concours permettait à une famille de quatre personnes de gagner un séjour à Genève. «Nous avons ciblé les mères, car ce sont souvent elles qui prennent la décision concernant la destination de vacances. Nous leur avons suggéré des activités soit pour passer du temps en famille, soit prendre du temps pour soi en envoyant les enfants profiter de camps de vacances. Nous avons collecté 25 000 inscriptions. La gagnante est pile dans notre cible, 35 ans, deux enfants, vivant à Abou Dhabi.»

Des blogueuses influentes, comme Taim Al Falasi (2 millions d’abonnés sur Instagram) ont aussi été invitées à Genève et ont couvert leur séjour sur les réseaux.

Le compte Instagram Geneva tourismar, en arabe, compte 2398 abonnés.

Des lignes aériennes renforcées au départ et à l’arrivée

Les compagnies aériennes ont mis les bouchées doubles pour chouchouter la clientèle du Golfe. Emirates a lancé un second vol direct quotidien reliant Genève et Dubaï, il y a maintenant un départ à 21h45 et une arrivée à 19h50.

Qatar Airways a inauguré au début du mois le premier service Dreamliner régulier au départ de Genève. Ce nouvel appareil Boeing est censé offrir «un niveau exceptionnel de confort et de performance aux passagers du vol quotidien Genève – Doha, opéré jusqu’ici à bord d’un Airbus A320 (...) La mise en service du Dreamliner multiplie presque par deux la capacité quotidienne de Qatar Airways au départ de Genève.»

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