Les rapports avec la police, principale préoccupation des Roms

GenèveDes chercheuses ont recueilli les récits de dizaines de Roms. Les échanges avec la police sont décrits comme «violents».

Les chercheuses ont publié aux éditions ies «Roms en Cité. Témoignages, participation et politiques publiques».

Les chercheuses ont publié aux éditions ies «Roms en Cité. Témoignages, participation et politiques publiques». Image: Pascal Frautschi/Tribune de Genève

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«On peut affirmer que ce qui caractérise les relations entre Roms migrants et police est la violence au sens large du terme.» Ainsi débute le troisième chapitre de «Roms en Cité»*, ouvrage présenté le mois dernier par les Editions ies (Haute Ecole de travail social), qui résulte d’une étude consacrée aux migrants saisonniers roms à Genève.

Menée sous l’égide du Centre d’études de la diversité culturelle et de la citoyenneté dans les domaines de la santé et du social, ce travail a été élaboré suivant une méthode particulière: les quatre chercheuses – une anthropologue de l’Université de Genève, deux professeurs de la Haute Ecole de travail social et une travailleuse sociale – ont proposé à une cinquantaine Roms rencontrés dans la rue de s’exprimer librement sur leur situation. «Nous leur avons promis de porter leur parole», explique l’anthropologue d’origine roumaine Iulia Hasdeu.

Saisies systématiques

Au sommet des préoccupations des Roms: les relations avec la police. «Ils sont venus avec les lampes de poche, ils sifflent au beau milieu de la nuit, je ne comprenais pas ce qui se passait», témoigne une femme. Ces relations constituent le contact principal, voire exclusif, entre les Roms et le système politico-administratif genevois, écrivent les chercheuses. «Dans les lieux où les personnes dorment durant la nuit, des saisies systématiques d’objets personnels et d’argent par les policiers sont évoquées, lit-on dans l’étude. De manière générale, un sentiment de ne rien avoir le droit d’avoir sur soi est largement diffus.»

Les séjours au poste de police sont décrits «avec des termes qui révèlent des situations particulièrement traumatisantes», constate Roms en Cité. «La police me connaît mais elle m’embarque, prend mon argent, m’emmène dans le poste de police, ils me gardent trois heures, ils me déshabillent, ils jettent les habits par terre et les bousculent avec les pieds. Pourquoi? On vole? On attaque les gens?» demande un Rom. D’autres récits font état de méthodes «axées sur l’intimidation et la dissuasion à rester sur le territoire». Des Roms racontent avoir été laissés en rase campagne.

«L’intimidation, la construction d’un climat de peur, se retrouve aussi dans les échanges lors d’interventions en présence d’enfants», écrivent les chercheuses. «La police est venue nous dire que l’enfant n’a pas le droit de dormir dehors. Ils nous ont dit qu’on n’est pas des bons parents pour cet enfant et que si l’on continue, ils vont nous l’enlever», dit une femme.

«Les Roms évoquent un fort sentiment d’injustice, qui se trouve renforcé par l’impression d’être discriminés sur un plan ethnique», analysent les auteures. Certains Roms évoquent en outre une discrimination fondée sur les actes de quelques-uns. «Il y a des gens qui volent, mais on met tout le monde dans le même pot», dit un participant. «Le sujet de délits commis par des Roms n’a pas fait l’objet de véritables discussions entre eux. La prostitution non plus n’a pas été évoquée, car elle est taboue, ce qui dans ce cas explique leur silence», relève la politologue Monica Battaglini.

Manque d’encadrement

Au fond, quel crédit les chercheuses apportent-elles à ces récits? «Ce qui leur donne de la crédibilité, c’est que des mêmes éléments reviennent de groupes en groupes, avec des personnes différentes, avance Monica Battaglini. La recherche n’a pas mis en place de moyens pour prouver des dires, mais a consisté à enregistrer des préoccupations.»

Au final, les chercheuses concluent à l’absence d’une politique coordonnée vis-à-vis de cette population. «En clair, ni les objectifs ni les instruments d’une politique d’encadrement de la migration de ces groupes n’ont été explicités. En conséquence, c’est au niveau des metteurs en œuvre, c’est-à-dire des agents de terrain (dans ce cas les agents de police) qu’il revient implicitement de poser les objectifs et les instruments pour les atteindre.»

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Projets mis en place par la police et les autorités

Les Editions ies indiquent avoir transmis l’ouvrage Roms en Cité aux autorités de la Ville de Genève et du Canton, notamment au conseiller d’Etat chargé de la Sécurité, Pierre Maudet. Contacté, ce dernier n’a pas souhaité commenter les effets de la loi de 2007 sur la mendicité: «L’Etat n’a pas à porter d’appréciation sur une loi en force, il l’applique», tranche sa porte-parole.

«A plusieurs reprises, la police a été confrontée à des allégations non factuelles ni temporellement définies sur des comportements inappropriés de policiers, réagit Jean-Claude Cantiello, porte-parole de la police. Toutes les allégations portées à notre connaissance ont fait l’objet de démarches visant à objectiver la véracité des propos, notamment par le biais d’enquêtes conduites par l’IGS (ndlr: Inspection générale des services).» Or, selon le porte-parole, aucune d’entre elles n’a pu mettre en exergue des manquements dans le comportement des policiers. «Il faudrait une plainte formelle, avec un lieu, une heure, ce qui est difficile pour des gens vivant dans la rue et qui sont préoccupés d’abord par leur survie. Et les Roms ont peur de la police», indique l’avocate Dina Bazarbachi.

Dans ce type de problématique, la médiation est citée par les travailleurs sociaux comme une approche efficiente. La police rapporte avoir formé plusieurs collaborateurs à une approche de médiation interculturelle, en partenariat avec la Ville de Genève. En outre, elle travaille depuis plusieurs années avec un officier de la police roumaine, détaché et affecté à la police cantonale. Celui-ci est présent pour assister les policiers genevois, «notamment pour une meilleure compréhension de la culture Rom et de ses particularités», indique Jean-Claude Cantiello.

Les agents de la police municipale participent eux aussi à la répression de la mendicité, mais à la Ville, le Département de l’environnement urbain et de la sécurité «n’entend pas commenter des allégations dont on ne sait pas qui elles visent précisément». Une réflexion avait été lancée en 2011 par ce département, en collaboration avec la HETS, pour évaluer diverses mesures, telle la possibilité d’offrir aux Roms des consignes afin d’éviter la perte d’objets personnels lors d’évacuations de campements sauvages. Ce projet est au point mort.

En revanche, le Département de la cohésion sociale et de la solidarité indique avoir contribué à la formation de plusieurs médiateurs de la communauté rom, aujourd’hui engagés dans un projet de Caritas intitulé «Roms à Genève, comment se projeter dans le futur». «Une rencontre est prévue prochainement avec les auteures de l’étude pour un tour d’horizon», indique la magistrate et maire de Genève, Esther Alder. St.H. (TDG)

Créé: 29.11.2015, 18h54

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