Les partis réagissent au retrait de Pierre Maudet de la présidence du Conseil d'État

GenèvePierre Maudet renonce provisoirement à la présidence du gouvernement, reprise par Antonio Hodgers. La police passe à Mauro Poggia, l'Aéroport à Serge Dal Busco. Revivez notre direct.


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Réuni in corpore, l'Exécutif genevois vient de s'adresser au public pour annoncer de nouvelles mesures à l'égard du conseiller d'État en charge de la Sécurité et président du gouvernement, Pierre Maudet. Ces mesures font suite aux révélations sur le voyage du libéral-radical aux Émirats arabes unis en novembre 2015.

Pierre Maudet renonce à la présidence du gouvernement, reprise par Antonio Hodgers, a indiqué ce dernier, jusqu'ici vice-président, une fonction qui passe à Anne Emery-Torracinta. Mauro Poggia, suppléant pour les affaires sécuritaires, devient responsable de la police. Serge Dal Busco, ministre des Infrastructures, reprend l'Aéroport. Ces mesures sont prises à titre provisoire «et dans une logique de réversibilité», a indiqué Antonio Hodgers, précisant que les décisions ont été prises à l'unanimité.

«Il s'avère que M. Maudet a donné des informations erronées au Conseil d'État à plusieurs reprises, tant lors de la précédente législature que durant l'actuelle, a déploré Antonio Hodgers. Il en résulte qu'il a violé les règles en matière protocolaire et d'acceptation de cadeaux.»

Le Vert a évoqué une «confiance ébranlée», tout en souhaitant que le gouvernement continue à aller de l'avant. Suite à une question de la presse, il a déclaré que l'éventuelle démission de Pierre Maudet n'avait pas été évoquée par le collège. Selon Antonio Hodgers, la décision de retirer l'entière responsabilité de la police à son titulaire est liée à une information nouvelle pour l'Éxécutif, à savoir le fait que la police judiciaire travaille sur les investigations concernant Pierre Maudet.

Quant au transfert de l'Aéroport, il se ferait «par gain de paix», selon l'écologiste, sans que de nouveaux éléments ne soient apparus au sujet de l'attribution de marchés aéroportuaires. «J'ai mesuré à quel point il y avait besoin, dans l'exemple de l'Aéroport, de prendre de la distance même si rien n'a étayé l'ombre du quart d'un soupçon, a expliqué Pierre Maudet. Je suis serein sur le déroulement de l'enquête.»

Le libéral-radical conserve son Département de la sécurité, bien que passablement amputé. Ce dicastère se voit remplumé par des attributions telles que la surveillance des communes et le développement économique (tous deux issus du Département présidentiel), ainsi que par l'aide aux entreprises, détachée des Finances.

Le 5 septembre, le gouvernement avait annoncé une première série de «mesures organisationnelles» restreignant la marge d’action de Pierre Maudet, même si ce libéral-radical demeurait président du Conseil d’État ainsi que ministre de la Sécurité et de l’Économie. La direction du collège gouvernemental et sa représentation extérieure avaient été confiées au vice-président, Antonio Hodgers (Verts). Suppléant de Pierre Maudet pour les aspects sécuritaires, Mauro Poggia (MCG) avait repris sous sa houlette les relations de l’État avec le pouvoir judiciaire ainsi que la responsabilité administrative d’une section particulière des forces de l’ordre, l’Inspection générale des services, c’est-à-dire la police de la police.

Le Grand Conseil devra se prononcer la semaine prochaine sur la levée de l'immunité de Pierre Maudet, requise par le Ministère public. Le Conseil d'État, issu des élections du printemps dernier, doit présenter ce vendredi son programme de législature.

Vous pouvez revoir l'intégralité de la conférence de presse ci-dessous :


Les partis réagissent aux décisions

Nous avons demandé aux principales formations politiques de commenter à chaud les décisions du Conseil d'État.

Ana Roch (présidente, MCG): «Ces décisions sont sages. Je n’ai jamais demandé sa démission, car l’enquête est en cours, mais il n’est pas envisageable que le président du Conseil d’État, étendard du canton et des institutions, fasse l’objet de soupçons à la une des journaux tous les jours. On ne peut pas davantage imaginer que les nouveaux policiers, qui prêteront serment à Savatan la semaine prochaine, le fassent devant Pierre Maudet. Dans les faits, le Conseil d’État suit la revendication de la Commission de contrôle de gestion du Grand Conseil.»

Céline Amaudruz (présidente, UDC): «Tous ses titres lui étant retirés, il est payé à ne rien faire. Ce n’est pas aux citoyens de salarier un ministre sans portefeuille! Ce sera à la justice d’apprécier les actes de Pierre Maudet, mais politiquement, il est fini et n’a plus de crédibilité. Le PLR suisse l’a lâché et la section genevoise le fera bientôt. Les libéraux-radicaux doivent prendre leurs responsabilités et lui dire rapidement de partir. Une élection partielle au Conseil d’État me semble inévitable et elle risque d’être remportée par la gauche, ce qui m’inquiète.»

Alexandre de Senarclens (président, PLR): «Les autres conseillers d’État ont manifestement cédé à la pression de leurs partis respectifs. Je suis surpris par ces décisions en deux temps du gouvernement et ne comprends pas quels faits justifient ce nouveau dépeçage des attributions de Pierre Maudet. Je souhaite que ces mesures ramènent un peu de sérénité dans l’immédiat – même si elles ne sont pas tenables à long-terme – et qu’elles permettent à Pierre Maudet de prouver son innocence à la justice. Le fait que les partis adverses lancent des appels à la démission fait partie du jeu politique, mais je les appelle à respecter la séparation des pouvoirs et la présomption d’innocence.»

Vincent Maitre (futur président, PDC): «Je ne peux que prendre acte de ces décisions en espérant qu’elles seront propres à stabiliser les institutions, ce qui est loin d’être garanti puisqu’il s’agit d’un véritable chamboulement à la tête de l’État. J’attends de voir pour en juger.»

Nicolas Walder (président, Verts): «Ces mesures sont les meilleures que le Conseil d'État pouvait prendre pour fonctionner ces prochaines semaines, en libérant Pierre Maudet de presque toutes ses fonctions. On apaise ainsi les choses du côté de la police et on s’évite des quolibets en lui retirant la présidence. Le gouvernement semble préférer laisser à Pierre Maudet la liberté de démissionner de lui-même, ce qui est la seule décision qui s’impose aujourd’hui. Ce départ est inévitable alors que chaque petite connexion nouvellement découverte vient renforcer les soupçons.»

Carole-Anne Kast (présidente, PS): «Les mesures du Conseil d’Etat constituent le minimum de ce qu’on pouvait attendre. Pierre Maudet n’en doit pas moins démissionner, tant les suspicions sur son absence d’intégrité rendent impossible le travail du gouvernement. Je doute qu’il ait renoncé de lui-même à la présidence alors qu’il n’a par exemple pas dit la vérité spontanément. Cette affaire montre que les cadeaux ne doivent jamais être admis, tant leur acceptation nourrit forcément les soupçons de partialité, ce qui est intenable pour nos institutions. On voit aussi la fragilité de notre système qui doit maintenant réfléchir aux moyens de se doter d’outils pour, dans certains cas, pouvoir suspendre ou révoquer un élu.»

Pierre Vanek (député, Ensemble à gauche): «Nous demandons depuis trois mois que Pierre Maudet soit éloigné de la police ce qui survient avec un retard considérable. Nous avions dit à ses collègues qu’ils étaient fous de lui donner la présidence, avec les casseroles qu’il traînait, et il nous avait été répondu qu’il n’y avait pas de demi-conseiller d’Etat, mais aujourd’hui, Maudet en est un à 10 ou 20% avec ce qui lui reste. Je suis choqué par les contorsions d’Antono Hodgers quand il explique qu’ils ne lui ont pas demandé de démissionner. Les a-t-il hypnotisés ? Il est doué mais maintenant la farce est finie.»

(TDG)

Créé: 13.09.2018, 15h25

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