Les géants si discrets du nettoyage genevois sont en plein remue-ménage

Services Les poids lourds du nettoyage étoffent leurs services comme jamais. Les petites structures doivent s’adapter ou disparaître.

Les entreprises de nettoyage ont désormais étendu leurs activités à la conciergerie, la distribution de courrier ou même le placement de personnel temporaire.

Les entreprises de nettoyage ont désormais étendu leurs activités à la conciergerie, la distribution de courrier ou même le placement de personnel temporaire. Image: Enrico Gastaldello

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La société de nettoyage Messerli Services, jadis présentée comme «la haute horlogerie de la propreté», fête ses soixante ans. Pour marquer le coup, 150 personnes se sont réunies au sommet de la tour de la FER Genève, une organisation patronale, à la fin de septembre. La façade de l’entreprise, longtemps située sur un axe fréquenté en face du centre commercial de MParc La Praille, n’est pourtant plus. La PME familiale a déménagé dans les locaux d’un concurrent au troisième étage d’un immeuble glauque des Acacias, loin des projecteurs.

Le groupe Integraal l’a rachetée il y a un an, ce qui n’a pas fait couler l’encre. Une discrétion à l’image du secteur, qui ne brasse pas les millions et qui voit les nettoyeurs travailler à l’aube ou de nuit pour ne pas déranger leurs clients. «Vous ne nous voyez jamais, mais si un jour vous ne deviez plus nous voir, ça se verrait», relève William Schmitt, directeur du groupe Integraal. Ce secteur méconnu est un grand pourvoyeur d’emplois. Il est en bouleversement.

Deux mots anglais

Une révolution résumée en un anglicisme que personne ne prend la peine de traduire: «facility service». Les grands noms du nettoyage se sont mis à «faire tout ce que les gens au sein d’une entreprise ne veulent pas faire», résume à sa façon William Schmitt.

L’éventail va bien au-delà de la propreté: les nouveaux tentacules touchent la conciergerie, le tri et la distribution de courriers, mais aussi le placement de personnel temporaire, le gardiennage, en passant par la maintenance, le jardinage, le transport, voire la sous-traitance informatique. Une offre «all-inclusive» qui doit engendrer des économies d’échelles. «Les volumes croissent mais les marges s’évaporent. Il faut avoir les reins solides pour régater», indique Pascal Raemy, président de l’Association genevoise des entrepreneurs de nettoyage et de services (AGENS).

Pour ce faire, il faut suivre la tendance initiée par les leaders mondiaux, qui rachètent à tout va pour étoffer leurs services. «La concentration a toujours existé, mais ces cinq dernières années, le mouvement est devenu plus conséquent», estime Pascal Raemy. «A moyen terme, on aura des grandes structures et des toutes petites, pour les particuliers. La couche du milieu va disparaître.» Des grands noms régionaux ont été absorbés récemment.

Rachats en masse

Le groupe basé à Plan-les-Ouates, Dosim, a repris la PME Arbosa, basée dans la même commune. En 2013, Dosim s’était emparé d’UNS Services. Vebego Services et Swiss Servicepool ont fusionné en 2015, pour fonder Vebego SA, qui a ensuite repris le genevois Cleaning Services. Orgapropre a racheté Briltounet ce printemps. En 2013, Integraal absorbait la société Casalys, à Morges. D’autres groupes étoffent leur offre, de Top­Net à MPM Facility Services.

Le poids lourd en Suisse romande, ISS, présent dans 75 pays et employant près de 500 000 personnes, dont 1556 dans le canton, dit miser sur une croissance organique. Sa dernière grande acquisition en Suisse remonte à 2006, quand le géant reprenait Edelweiss FM, le nettoyeur d’UBS. En Suisse romande, le groupe a vu son effectif croître de 22% (de septembre 2016 à septembre dernier) et ses ventes sont passées de 165 millions de francs en 2014 à 180 millions l’an dernier. La firme, cotée en Bourse, est bien la seule à donner des indications précises.

Même recenser les autres principales entreprises du secteur, pourtant riches en personnel, est un défi, alors qu’au sein de l’Agens, l’association faîtière à Genève, pourtant, on dit ne pas savoir précisément. Pour tenter d’y voir clair, la Tribune de Genève a contacté les noms qui revenaient le plus souvent (voir infographie).

Combien de travailleurs occupent ce secteur? Personne ne semble savoir non plus. Seul Unia, principal syndicat du secteur avec SIT et Syna, se risque à articuler un chiffre: 9000 à Genève. «L’immense majorité des employés sont à temps partiel, beaucoup de maçons sont nettoyeurs à l’aube ou le soir pour arrondir leurs fins de mois», indique Camila Aros, secrétaire syndicale chez Unia. «Ce qui exacerbe les tensions, c’est la concentration et l’externalisation du secteur», selon Camila Aros. Ces dernières années, Unia a dénoncé de nombreux abus.

Tricheries et récidives

MPM facility services et Nettoie’Net, deux nettoyeurs actifs à Genève Aéroport, ont été épinglées ce printemps pour «violation crasse de la CCT» et travail au noir. Avant l’intervention d’Unia, un employé de la seconde entreprise effectuait 55 heures par semaine, du lundi au dimanche, jour où il terminait sa journée à 2 heures du matin, avant de reprendre le lundi à l’aube. Les deux sociétés avaient déjà été sanctionnées par la Commission paritaire genevoise du secteur du nettoyage (CPPGN), ce qui ne les a pas empêchés de récidiver. En septembre dernier, Nettoie’Net a été éjectée de l’aéroport. Cet hiver, Unia a dénoncé des abus similaires au sein de deux autres entreprises du secteur dans le canton.

A Genève, deux inspecteurs sillonnent le canton. «Les amendes tombent souvent car de nombreuses entreprises ne respectent pas la CCT et certaines récidivent», ajoute Camila Aros. Certains voient le verre à moitié vide – il en faudrait davantage pour limiter les abus – d’autres le verre à moitié plein. Dans le canton de Vaud, les contrôles sont beaucoup moins drastiques et les mesures pour protéger les employés moins élaborées qu’au bout du lac.

Pour se démarquer, les patrons d’Integraal entendent procéder à d’autres emplettes et veulent gagner le label B Corp, une certification sociétale et environnementale de référence. La robotisation effrénée de nos sociétés, quant à elle, n’aurait pour l’instant aucun effet sur les emplois du secteur.

(TDG)

Créé: 05.11.2017, 20h02

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