Les femmes veulent investir l’espace public

ÉgalitéRas le bol de se sentir mal dans la rue! La Ville de Genève et Les Créatives entendent rendre la cité à la gent féminine.

Le 9 août, 200 personnes avaient manifesté après l’agression de cinq femmes à la sortie d'une boîte de nuit.

Le 9 août, 200 personnes avaient manifesté après l’agression de cinq femmes à la sortie d'une boîte de nuit. Image: Laurent Guiraud

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Le 24 novembre, les femmes occuperont la rue. Dans le cadre du festival Les Créatives et en association avec la Ville de Genève, une marche se déroulera au centre-ville dès 15 heures (départ d’Uni Mail). Elle est organisée pour marquer la Journée internationale contre les violences faites aux femmes, qui se déroulera le lendemain.

«Historiquement, l’espace public a été conçu par des hommes pour les hommes»

En tête de cortège, la fanfare afro-féministe 30 nuances de Noir(es) rythmera la cadence. L’événement, qui est ouvert aux hommes, clôturera le festival dont l’un des projets est intitulé «La rue est à nous toutes», faisant écho à des problématiques désormais très médiatisées, telles que le harcèlement de rue ou les agressions gratuites contre des femmes.

Un usage différencié

Présenté mardi, ce projet a le plein soutien de la conseillère administrative Sandrine Salerno et de la Ville de Genève, qui a empoigné ce problème il y a plusieurs années: «Historiquement, l’espace public a été conçu par des hommes pour les hommes, commente-t-elle. Cette conception patriarcale de la société perdure et se manifeste dans un usage très différencié de l’espace public.»

Un exemple? «Si les hommes flânent et s’arrêtent volontiers dans la rue, les femmes, elles, sont plus fréquemment en mouvement, répond la conseillère administrative. Car l’espace public peut être ressenti comme hostile par elles. Et ce n’est pas une question d’âge! Déjà dans les préaux d’école, filles et garçons n’utilisent pas l’espace de la même manière. Les garçons investissent plutôt le centre en jouant par exemple au football, alors que les filles restent davantage en périphérie.»

La violente agression dont ont été victimes cinq femmes cet été à la sortie d’une boîte de nuit prouve, pour Sandrine Salerno, que «nous n’inventons pas un problème».

Une démarche aussi politique

Si Les Créatives sont un festival féministe et féminin qui met en valeur les femmes artistes, elles ne veulent pas être que cela. Ses deux codirectrices actuelles, Anne-Claire Adet et Dominique Rovini, ont également un message politique à faire passer: «Les Créatives sont une fête, mais aussi un cri, disent-elles. Une célébration de la création artistique féminine et un cri d’alerte pour plus d’égalité.»

Et quoi de mieux pour porter le message que d’occuper le domaine public? «Du 13 au 25 novembre, six illustratrices travailleront aux arrêts de tram de Plainpalais, de Bel-Air et d’Uni Mail, ornant ces lieux de dessins de corps et de visages féminins, explique Dominique Rovini. C’est un lieu sensible pour les femmes car, immobiles, elles risquent d’être harcelées. Elles sont en effet supposées être disponibles. Les femmes qui restent immobiles, ce sont les prostituées…»

Le mercredi 14 novembre, le Théâtre Saint-Gervais accueillera également, dès 18 h 30, une table ronde: «Comment rendre la ville aux femmes?» Tenteront de donner des pistes de réponse Chris Blache, anthropologue urbaine, cofondatrice de Genre et ville, plateforme d’innovation urbaine, Grace Ly, blogueuse et vidéaste, et Héloïse Roman, chargée de projets égalité de la Ville de Genève.

La 14e édition des Créatives ne se résume toutefois pas à ce projet. Une cinquantaine d’événements très divers sont proposés entre le 13 et 25 novembre.

Plan de prévention promis

Sur le plan politique cette fois, Sandrine Salerno a rappelé mardi qu’elle travaille actuellement avec son collègue Guillaume Barazzone à l’élaboration d’un plan d’action municipal de prévention du sexisme et du harcèlement dans l’espace public. Ce plan avait été demandé au Conseil administratif dans une motion de la gauche acceptée par le Conseil municipal le 7 mars 2017 (45 oui, 13 non et 10 abstentions).

Autre projet à l’étude: la mise au point d’une présentation du budget de la Commune, qui permettrait de savoir qui profite le plus des dépenses de la Ville. Les hommes ou les femmes?

«Notre objectif général est clair, a conclu l’élue. Il s’agit de restituer l’espace public aux femmes, leur permettre d’y évoluer de manière sereine et d’en faire l’usage quand et comme elles le veulent.» (TDG)

Créé: 30.10.2018, 19h39

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